Membres du régiment spécial de la police néonazie ukrainienne Azov en 2014.
(Mon News24, CC BY 3.0, Wikimedia Commons)

Par Craig Murray

Le vote ukrainien contre la résolution de l’ONU contre le Nazisme a été motivé par la sympathie pour l’idéologie des Nazis actifs historiques et génocidaires. C’est aussi simple que cela, écrit Craig Murray.

Source : Consortium News, Craig Murray
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Ce texte est tiré du rapport officiel de la scéance plénière de l’Assemblée générale de l’ONU du 16 décembre :

« L’Assemblée a ensuite examiné le rapport sur « l’élimination du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance qui y est associée », contenant deux projets de résolution.

« Par un vote enregistré de 130 voix pour, 2 contre (Ukraine, États-Unis) et 49 abstentions, l’Assemblée a ensuite adopté le projet de résolution I : « Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée. » Il poursuit :

« Selon ses termes, l’Assemblée s’est déclarée profondément préoccupée par la glorification du mouvement nazi, du néonazisme et des anciens membres de l’organisation Waffen SS, notamment par l’érection de monuments et de mémoriaux, l’organisation de manifestations publiques au nom de la glorification du passé nazi, du mouvement nazi et du néonazisme, et la déclaration ou la tentative de déclaration de ces membres et de ceux qui ont combattu la coalition antihitlérienne, collaboré avec le mouvement nazi et commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité comme « participants aux mouvements de libération nationale. »

En outre, l’Assemblée a demandé instamment aux États d’éliminer toutes les formes de discrimination raciale par tous les moyens appropriés, y compris par la voie législative, et les a exhortés à faire face aux menaces nouvelles et émergentes que représente la multiplication des attentats terroristes incités par le racisme, la xénophobie et d’autres formes d’intolérance, ou au nom de la religion ou de la conviction. Elle invite les États à veiller à ce que les systèmes éducatifs développent le contenu nécessaire pour fournir des comptes rendus exacts de l’histoire, ainsi que pour promouvoir la tolérance et d’autres principes internationaux relatifs aux droits humains. De même, elle condamne sans réserve tout déni ou tentative de déni de l’Holocauste, ainsi que toute manifestation d’intolérance religieuse, d’incitation, de harcèlement ou de violence à l’encontre de personnes ou de communautés sur la base de l’origine ethnique ou de la croyance religieuse. »

Marche aux flambeaux en l’honneur de l’anniversaire de la naissance de Stepan Bandera, leader fasciste ukrainien pendant la guerre, Kiev, 1er janvier 2015 (VO Svoboda/cc-by-3.0/Wikimedia Commons).

En Ukraine, le soutien aux divisions nationalistes ukrainiennes qui ont combattu aux côtés des Nazis est devenu, au cours des huit dernières années, l’idéologie fondatrice de l’État ukrainien moderne de l’après-2013 (qui est très différent de l’État ukrainien diversifié qui a brièvement existé de 1991 à 2013). La résolution complète sur le nazisme et le racisme adoptée par l’Assemblée générale est longue, mais les États-Unis et l’Ukraine en particulier ont voté contre ces dispositions :

« Souligne la recommandation du rapporteur spécial selon laquelle « toute célébration commémorative du régime nazi, de ses alliés et des organisations apparentées, qu’elle soit officielle ou non, devrait être interdite par les États », souligne également que de telles manifestations font injure à la mémoire des innombrables victimes de la Seconde Guerre mondiale et ont une influence négative sur les enfants et les jeunes, et souligne à cet égard qu’il est important que les États prennent des mesures, conformément au droit international des droits humains, pour contrecarrer toute célébration de l’organisation nazie SS et de toutes ses parties intégrantes, y compris la Waffen SS ;

Se déclare préoccupé par les tentatives récurrentes de profanation ou de démolition de monuments érigés à la mémoire de ceux qui ont combattu le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que d’exhumation ou de déplacement illicites des dépouilles de ces personnes et, à cet égard, exhorte les États à s’acquitter pleinement des obligations qui leur incombent en la matière, notamment en vertu de l’article 34 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1949 ;

Condamne sans réserve toute négation ou tentative de négation de l’Holocauste ;

Se félicite de l’appel lancé par le Rapporteur spécial en faveur de la préservation active des sites de l’Holocauste qui ont servi de camps de la mort, de camps de concentration, de camps de travail forcé et de prisons aux Nazis, ainsi que de son encouragement aux États à prendre des mesures, notamment législatives, répressives et éducatives, pour mettre fin à toutes les formes de déni de l’Holocauste. »

Comme le rapporte le Times of Israel, des centaines de personnes ont participé à une manifestation à Kiev en mai et à d’autres dans toute l’Ukraine, en l’honneur d’une division spécifique des SS. Ce n’est qu’une marche et une division – la glorification de son passé nazi fait partie intégrante de la culture politique ukrainienne.

Manifestants à Kiev avec des symboles néo-nazis – drapeaux de la division SS-Volontaire « Galicia » et Patriot of Ukraine, 2014. (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

En 2018, une lettre bipartisane de 50 représentants américains a condamné de multiples événements commémorant les alliés nazis organisés en Ukraine avec le soutien officiel du gouvernement ukrainien.

Il n’y a pas deux façons de le dire. Le vote ukrainien contre la résolution de l’ONU contre le nazisme a été motivé par la sympathie pour l’idéologie des Nazis actifs historiques et génocidaires. C’est aussi simple que cela.

Les États-Unis affirment que leur vote contre était motivé par le souci de la liberté d’expression. Nous avons l’explication du vote que les États-Unis ont donnée au stade de la commission :

« La Cour suprême des États-Unis a constamment affirmé le droit constitutionnel à la liberté d’expression et les droits de réunion et d’association pacifiques, y compris par des Nazis avoués. »

Cela semble bon et noble. Mais considérez ceci : pourquoi le gouvernement des États-Unis croit-il que les Nazis déclarés ont la liberté d’expression, mais que Julian Assange ne l’a pas ? Vous pouvez avoir la liberté d’expression pour prôner le meurtre de juifs et d’immigrants, mais pas pour révéler les crimes de guerre des États-Unis ?

Intérêts impériaux

Membres d’un bataillon de volontaires ukrainiens avec le symbole néo-nazi Wolfsangel, le 24 juillet 2014. (CC BY 3.0, Wikimedia Commons)

Pourquoi le gouvernement américain ciblait-il les journalistes lors de l’invasion de l’Irak ? Les États-Unis croient en la liberté d’expression lorsqu’elle sert leurs intérêts impériaux. Ils ne le font pas autrement. C’est la pire des hypocrisies, celle qui aide à défendre les Nazis en Ukraine.

La deuxième raison invoquée par les États-Unis est que la Russie a tout inventé :

« Un document remarquable pour ses tentatives à peine voilées de légitimer les campagnes de désinformation russes dénigrant les nations voisines et promouvant le récit soviétique déformé d’une grande partie de l’histoire européenne contemporaine, sous le prétexte cynique de mettre fin à la glorification des Nazis. »

Le problème ici est qu’il est très difficile de présenter le Times of Israel ou 50 représentants bipartisans du Congrès américain comme une campagne de désinformation russe. Il n’y a aucun doute historique quant au soutien actif des forces nationalistes ukrainiennes au nazisme et à leur participation au génocide, non seulement des Juifs et des Roms, mais aussi des Polonais et des minorités religieuses. Il n’y a aucun doute sur la glorification moderne en Ukraine de ces personnes maléfiques.

Croix commémorative marquant le lieu de la mort de Juozas Luksa dans le district de Kaunas en Lituanie. (Vilensija, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Bien entendu, il n’y a pas que l’Ukraine. En Estonie, en Lettonie et en Lituanie, le bilan de la collaboration avec les Nazis, de la participation active aux combats pour les Nazis et de la participation active au génocide est extrêmement accablant. Dans toute l’Europe de l’Est, ces « nations victimes » ne parviennent pas à regarder l’histoire en face et à admettre ce qui s’est passé – un échec que les États-Unis promeuvent en fait comme « une campagne contre la désinformation russe. »

Je vous recommande le site web Defending History [Défendre l’histoire, NdT], dirigé par l’admirable David Katz, qui constitue une ressource importante et précieuse sur ce site web, d’un point de vue juif lituanien, et qui ne peut pas du tout être considéré comme de la propagande russe ou de gauche. La page d’accueil présente actuellement le projet de décembre 2021 de donner à une place de la capitale le nom du « combattant de la liberté » lituanien Juokas Luksa « Daumantas », un homme qui a commencé le massacre des Juifs de Vilnius avant l’arrivée des forces allemandes.

C’est précisément le genre de commémorations contre lesquelles la résolution s’élève. Il y a eu une vague de destruction de monuments de guerre soviétiques et même de tombes de guerre, et l’érection de commémorations, sous diverses formes, des Nazis dans tous les États baltes. C’est à cela que font référence les paragraphes 6 et 7 de la résolution, et la véracité de ces événements ne fait aucun doute. Il ne s’agit pas de « désinformation russe. »

Cependant, l’Union européenne, en soutien à ses membres baltes et à leur désir d’oublier ou de nier la vérité historique et de construire un nouveau mythe national expurgeant leur rôle actif dans le génocide de leurs populations juives et roms, n’a pas voulu soutenir la résolution de l’ONU sur le nazisme. Les pays de l’UE se sont abstenus, tout comme le Royaume-Uni. La vérité, bien sûr, c’est que l’OTAN a l’intention d’utiliser les descendants des racistes d’Europe de l’Est contre la Russie, un peu comme l’a fait Hitler, du moins dans un contexte de Guerre froide.

Vous ne trouverez pas cela dans l’explication du vote.

Craig Murray est un auteur, un diffuseur et un militant des droits humains. Il a été ambassadeur britannique en Ouzbékistan d’août 2002 à octobre 2004 et recteur de l’université de Dundee de 2007 à 2010. Son activité est entièrement dépendante du soutien des lecteurs. Les abonnements permettant de maintenir ce blog en activité sont les bienvenus.

Source : Consortium News, Craig Murray, 23-12-2021
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Source : Les Crises
https://www.les-crises.fr/…

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