Emmanuel Macron passe en revue les troupes lors de sa visite à la base navale de sous-marins nucléaires
de l’Île Longue à Crozon, en France, le lundi 2 mars 2026. [AP Photo/Yoan Valat]
Par Alexandre Lantier
La guerre israélo-américaine contre l’Iran s’étend rapidement à de multiples fronts, devenant un conflit régional, voire mondial. A présent les puissances impérialistes européennes rejoignent ce conflit qui embrase le Moyen-Orient.
Au Moyen-Orient, Israël a étendu ses opérations au-delà de l’Iran, jusqu’au Liban, menant des frappes à travers le pays, notamment contre le centre de Beyrouth et des quartiers résidentiels densément peuplés. Plus de 800.000 personnes ont été contraintes de fuir, il y a au moins 600 morts et 1.444 blessés. Le conflit ébranle déjà les marchés mondiaux, alimentant les flambées des prix, et le détroit d’Ormuz, par lequel transite une grande partie du pétrole mondial, est devenu une poudrière.
Les puissances impérialistes européennes agitent la bannière fallacieuse de la «protection des routes maritimes» et de la «défense des bases» pour justifier leur entrée en guerre.
Mardi, Emmanuel Macron a débarqué sur le porte-avions Charles de Gaulle pour annoncer que la France prendrait la tête d’un groupe naval européen au Moyen-Orient. Moins d’une semaine après avoir avoué que la guerre américano-israélienne contre l’Iran était «menée en dehors du cadre du droit international», il a engagé la France et ses alliés européens dans ce conflit illégal.
Macron ayant déclaré la guerre illégale, on aurait pu s’attendre à certaines déclarations pertinentes. Mais a-t-il annoncé que la France s’y opposait? A-t-il condamné les crimes commis par les forces américaines et israéliennes contre les Iraniens—le massacre de 160 écolières lors du bombardement de Minab, les bombardements d’hôpitaux et la pollution du ciel iranien par les bombardements de dépôts de carburant? A-t-il annoncé la fermeture des bases aériennes françaises à l’aviation américaine? Non, absolument pas.
Non, il a dit qu’aux côtés des navires de guerre espagnols, néerlandais, italiens et grecs, le porte-avions français mènerait «une manœuvre plus large.. totalement pacifique et défensive, mais qui est notre responsabilité, qui est dans ce cadre très désorganisé, de pouvoir préserver la liberté de navigation et participer à la sûreté maritime». Cette opération viserait dans un premier temps la Méditerranée et la mer Rouge, a-t-il ajouté, mais à terme à «restaurer, quand les conditions seront permises, la circulation et l’ouverture calibrées dans le détroit d’Ormuz».
C’est une déclaration de guerre qui ne dit pas son nom de Macron contre l’Iran. L’envoi de navires européens vise d’abord à protéger Israël et les bases de l’OTAN au Moyen-Orient des représailles iraniennes suite aux bombardements américano-israéliens, mais à terme l’objectif est de préparer une intervention dans les eaux iraniennes du détroit d’Ormuz.
Face à l’agression américano-israélienne et à l’envoi de la marine américaine dans l’océan Indien pour bloquer ses exportations de pétrole, l’Iran a imposé un blocus du détroit d’Ormuz. Bombardant des bases américaines dans le golfe Persique, l’Iran coupe cette voie maritime vitale par laquelle transitent 20 pour cent du pétrole et du gaz, ainsi qu’un tiers des engrais au monde. Les forces iraniennes ont frappé au moins une douzaine de navires qui tentaient de forcer le blocus, en tirant des missiles depuis des bases le long des côtes iraniennes.
Dans un discours expéditif de sept minutes aux marins du Charles de Gaulle, Macron n’a répondu à aucune des questions soulevées par ses propos. Il n’a pas tenté d’expliquer pourquoi, quelques mois après que l’administration Trump a imposé des droits de douane à l’Europe et menacé d’envahir le Groenland, territoire danois, les pays européens se rangent derrière une nouvelle guerre illégale de Trump.
Macron n’a pas non plus dit quand il enverrait le Charles de Gaulle forcer le passage du détroit d’Ormuz. En partie, c’est que ses propos visaient à apaiser la panique des marchés financiers suite à la fermeture du détroit – qui avait brièvement fait grimper le prix du pétrole à plus de 100 dollars le baril – en laissant croire à une réouverture prochaine du détroit.
Plus fondamentalement, toutefois, Macron évitait d’exposer ses calculs sur la levée du blocus d’Ormuz de peur que cela ne révèle le caractère criminel de sa politique. Actuellement, les navires de guerre américains se tiennent à des centaines de kilomètres du détroit pour éviter d’être frappés par les missiles iraniens. Ils ne pourraient pénétrer dans le détroit, à quelques kilomètres des côtes iraniennes, que si les bombardements massifs américano-israéliens de l’Iran avaient totalement anéanti la résistance militaire de l’Iran.
L’affirmation de Macron selon laquelle cette politique est «pacifique et défensive» insulte l’intelligence des Français et de toute l’humanité. Alors que l’Iran lance salve après salve de missiles sur des cibles américaines et israéliennes à travers la région, il est clair qu’écraser l’Iran exigerait une violence barbare.
Contre l’Iran, les puissances impérialistes de l’OTAN appliquent les méthodes du génocide de Gaza à l’échelle régionale, voire mondiale. Les bombardements incessants d’Israël au Liban sont menés sous la protection antiaérienne des marines américaine et européennes. La promesse de Macron d’envoyer le Charles de Gaulle en mer Rouge évoque un projet de reprise des bombardements au Yémen, où les milices houthies ont riposté à la guerre contre l’Iran en frappant Israël.
L’impérialisme américain déclenche une troisième guerre mondiale impérialiste pour préserver son hégémonie globale, visant d’abord la Chine et la Russie. Ayant enlevé le président vénézuélien Nicolás Maduro et exigé que le Venezuela lui livre son pétrole, le gouvernement américain est de nouveau en guerre contre un pays allié de la Russie et de la Chine, et fournisseur d’énergie crucial pour cette dernière.
Cette guerre est indissociable d’une guerre de classe livrée à la classe ouvrière internationale. En lançant une agression qui bloque le commerce de l’énergie et des engrais, l’impérialisme menace de provoquer un effondrement mondial de l’activité industrielle, de la production alimentaire et de l’activité économique. Les principales victimes seraient les travailleurs et les opprimés du monde entier.
L’exemple de la France illustre une réalité essentielle: il est impossible d’enrayer la crise du capitalisme par des politiques menées uniquement au niveau national. Les gouvernements et les bourgeoisies européennes sont, bien entendu, conscients de leurs conflits économiques et stratégiques avec Washington. Mais de Gaza au Venezuela et en passant par l’Iran, ils se rangent du côté de Washington qui tente d’affirmer par la violence son hégémonie mondiale affaiblie.
Les intérêts matériels sous-tendant cette politique ont été exposés lors du webinaire organisé ce week-end par le World Socialist Web Site (WSWS). L’objectif de la guerre, a dit David North, président du comité éditorial international du WSWS lors du webinaire, est « d’abolir le XXe siècle – d’effacer toutes les conséquences des luttes nationales démocratiques et socialistes du XXe siècle, de faire comme si tout cela n’avait été qu’une grave erreur, et de restaurer la domination coloniale et de rétablir l’impérialisme ». Par là même, l’impérialisme dit aux travailleurs du monde: «Vous étiez esclaves, vous le serez toujours.»
Surtout depuis le début de la guerre OTAN-Russie en Ukraine en 2022, les pays européens attaquent sans relâche les travailleurs afin de se réarmer. Macron supprime les acquis sociaux obtenus par les travailleurs après la chute du nazisme en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale, afin de détourner des centaines de milliards d’euros des dépenses sociales vers la guerre. En 2023, malgré une opposition écrasante et des grèves de masse, il a sabordé les retraites, s’appuyant sur les bureaucraties syndicales et les partis du Nouveau Front populaire pour brader la lutte.
Demeurant pour l’heure trop faibles militairement pour affronter Washington, les régimes européens répondent aux guerres américaines par une complicité lâche, poursuivant leurs intérêts impérialistes sous l’égide américaine et leur guerre sociale contre les travailleurs. Craignant le mécontentement explosif de leurs populations, ils sont profondément alarmées par la large opposition à la guerre en Iran au sein de la classe ouvrière américaine et mondiale.
L’alternative, comme l’expliquait le webinaire du WSWS, est de construire un mouvement anti-guerre international et socialiste au sein de la classe ouvrière:
La classe ouvrière n’est pas impuissante et elle réagira en opposition à la guerre, à la crise économique et aux attaques contre son niveau de vie, et contre la montée du fascisme et de l’autoritarisme aux États-Unis, en Europe et ailleurs. Mais ce mouvement, qui se développera et se développe déjà à l’échelle mondiale, requiert une direction politique qui doit être internationale et doit se fonder sur les leçons des luttes révolutionnaires de toute l’histoire.
Source : WSWS
https://www.wsws.org/fr/…
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