Lutte pour le retour…La diaspora éternellement attachée au retour à la Palestine

Par le CPI

Dans la maison de Mohammed Ezzat, réfugié palestinien de 45 ans, située dans le camp d’Al-Wehdat en Jordanie, la Palestine semble présente même si le propriétaire ne l’a jamais vue.

Mohammed est un Palestinien qui n’a jamais mis les pieds sur le sol palestinien, mais il en conserve une carte chez lui, et il a choisi le nom « Bisan » pour sa fille, l’une des villes palestiniennes qu’il connaît par mémoire et par récit, et non par expérience personnelle.

Mohammed confie à notre correspondant qu’il ne peut oublier la Palestine même s’il ne l’a jamais vue, car elle est présente dans les détails de sa vie quotidienne.

Il suit de près l’actualité palestinienne et s’intéresse à la situation à Gaza et en Cisjordanie. Il tient également à faire découvrir la Palestine à ses enfants, à leur parler de ses villes et de ses villages, afin qu’elle reste présente dans leur mémoire collective et ne devienne pas, au fil des générations, un simple nom du passé.

La Palestine dans nos cœurs

Au Koweït, l’histoire se répète sous une autre forme avec Lamia Al-Bairam, issue d’une famille palestinienne ayant quitté la Palestine pendant la Nakba.

Bien qu’elle n’ait jamais vécu en Palestine, elle affirme que cette terre est restée présente dans sa conscience et dans les détails de sa vie.

Lamia déclare : « Ma famille a quitté la Palestine pendant la Nakba, mais la Palestine est toujours restée dans nos cœurs. » Elle ajoute : « La Palestine est dans nos cœurs, nous suivons l’actualité palestinienne et nous nous intéressons à ce qui s’y passe. »

Son lien avec la Palestine ne se limite pas au suivi de l’actualité, car sa famille tient à préserver certains aspects du patrimoine palestinien, notamment la gastronomie.

Elle explique : « Nous préparons même des plats palestiniens et les conservons, car ils font partie de la Palestine que nous portons en nous. »

Pour Lamia, préserver la cuisine palestinienne n’est pas qu’une simple tradition familiale, mais un moyen de préserver la mémoire et l’identité et de les transmettre aux enfants. Elle résume son lien avec la Palestine ainsi : « Nous sommes peut-être loin de la Palestine, mais la Palestine n’est jamais loin de nous. »

Une identité qui résiste à l’oubli

Ali Huwaidi, directeur de la Fondation 302 pour la défense des droits des réfugiés palestiniens, estime que la continuité de ce lien entre les Palestiniens et la Palestine, de génération en génération, témoigne de l’échec des tentatives sionistes de dissoudre l’identité palestinienne et d’effacer la question de la conscience des générations successives.

Huweidi explique à notre correspondant que le ciblage de l’identité et de l’appartenance palestiniennes accompagne les politiques de déplacement depuis la Nakba, dans le but de déraciner le peuple palestinien de sa terre et de rompre son lien avec celle-ci, mais les enfants et petits-enfants des réfugiés restent fermement attachés à leur appartenance à la Palestine et à leur droit au retour.

Il souligne que le nombre de Palestiniens dans le monde atteint environ 15 millions, insistant sur le fait que la continuité de l’identité palestinienne à travers les générations reflète la force du lien à la terre.

Selon Huwaidi, cet attachement se manifeste non seulement dans les prises de position politiques, mais aussi dans les détails de la vie quotidienne. L’un des symboles les plus marquants associés à l’identité palestinienne et au droit au retour est la « clé du retour », qui demeure présente dans les foyers et lors des événements liés à la Nakba et aux déplacements de population.

Les familles palestiniennes ont également conservé les biens que leurs ancêtres avaient emportés avec eux lors de leur déplacement, tels que de la verrerie, de la poterie et d’autres objets, à transmettre de père en fils et petits-fils, emportant avec eux le souvenir du lieu.

Huweidi cite des modèles institutionnels pour préserver cette mémoire, notamment le Musée du patrimoine palestinien dans le camp de réfugiés palestiniens d’Al-Maashouq au Liban, tandis que la carte palestinienne, des images de Jérusalem et du Dôme du Rocher, des broderies et des vêtements palestiniens restent présents dans les foyers palestiniens et les camps de réfugiés.

Les prénoms, la nourriture et la carte

Le processus de préservation de l’identité ne se limite pas aux possessions, mais s’étend aux noms. Muhammad a nommé sa fille « Bisan », tandis que Huwaidi souligne la présence continue des noms de villes et de villages palestiniens dans les prénoms d’enfants, tels que Yafa et Bisan, ainsi que dans les noms de quartiers et de ruelles au sein des camps de réfugiés, tels qu’Al-Damoun et Saffuriya.

Les noms associés à la Palestine sont également restés présents dans les institutions et les écoles, tandis que les Palestiniens ont continué à préserver leur cuisine, leurs coutumes et leurs dialectes, faisant partie intégrante de la mémoire transmise de génération en génération.

Huweidi souligne que l’identité ne se transmet pas à la nouvelle génération uniquement par les livres et les programmes scolaires, mais aussi par la famille : par les récits du grand-père, le nom du fils, la carte accrochée au mur, la vieille clé, la nourriture et les conversations quotidiennes sur la patrie.

Identité purement palestinienne

Pour sa part, Sami Hammoud, directeur de l’Organisation Thabet pour le droit au retour, a déclaré que plus de 78 ans se sont écoulés depuis la Nakba et que des générations entières de Palestiniens sont nées hors de Palestine, mais qu’elles n’ont pas réussi à rompre le lien du Palestinien avec sa patrie, soulignant que la jeunesse palestinienne, dans les camps et dans tous les pays, conserve une identité palestinienne forte, même si la plupart des deuxième et troisième générations n’ont jamais foulé le sol palestinien.

Hammoud a expliqué dans une déclaration à notre correspondant que la Palestine demeure une partie essentielle de la personnalité, de la conscience et de la culture de ces jeunes, et que leur identité palestinienne est évidente dans les détails de leur vie quotidienne, à travers leur connaissance des noms des villes et villages palestiniens, et la présence des noms de Jérusalem, Haïfa, Yafa, ‘Akka, Safad et autres dans les écoles, les clubs, les rues et les équipes sportives, en plus de la préservation de la langue arabe, du dialecte, des coutumes, des traditions, de la nourriture, des vêtements et du patrimoine palestinien.

Il a souligné que la présence de la Palestine dans la conscience des jeunes ne se limite pas aux manifestations culturelles et patrimoniales, mais s’incarne également dans leur suivi constant de ce qui se passe dans les territoires palestiniens et dans leur interaction avec les événements, notamment ceux liés à Jérusalem et à la bande de Gaza.

Il a ajouté que les universités, les associations, les clubs et les initiatives culturelles jouent un rôle important dans la préservation de l’identité palestinienne, en organisant des expositions, des soirées, des événements et des activités nationales qui ravivent la mémoire palestinienne, reproduisent le récit national et renforcent le sentiment d’appartenance chez les nouvelles générations.

Hammoud a souligné que l’identité palestinienne ne se limite plus à la mémoire et à la culture, mais qu’elle est désormais liée, pour une large partie de la jeunesse, à l’idée de lutte, de résistance et d’adhésion au droit au retour. Il a fait remarquer que les jeunes Palestiniens des camps ont participé, à différents moments, à des activités nationales et de résistance, et qu’ils étaient en première ligne de la Grande Marche du Retour qui s’est déroulée aux frontières de la Palestine en 2011.

Il a également noté que les jeunes Palestiniens étaient sortis en grand nombre, après le 7 octobre, lors de marches, de sit-in et d’événements de solidarité avec la bande de Gaza, soulignant que cette participation reflétait le lien continu des nouvelles générations avec la cause palestinienne et leur interaction avec ce qui se passe dans la patrie.

Hammoud a également noté la participation de jeunes Palestiniens des camps du Liban aux affrontements sur le terrain avec l’occupation dans le cadre de ce qui était connu sous le nom de bataille de soutien à Gaza, soulignant qu’un certain nombre de martyrs palestiniens étaient tombés, la plupart d’entre eux appartenant à la jeunesse.

Il a déclaré que ces données confirment que, pour les deuxième et troisième générations de réfugiés, la Palestine n’est pas seulement une patrie qu’ils n’ont jamais vue, mais bien une identité, une mémoire, une culture, une cause et un parcours de vie. Il a expliqué que les années de réfugié, avec leurs privations, leurs restrictions et les crises économiques et sociales qui les accompagnent, n’ont pas transformé les camps en une alternative à la patrie, ni poussé la jeunesse palestinienne à renoncer à son appartenance ou à son droit au retour.

Hammoud a conclu en disant que « la génération de la Nakba a vécu en Palestine puis l’a perdue, tandis que les deuxième et troisième générations ont hérité de la Palestine à travers la mémoire de leurs familles, leur culture et leur récit national, et l’ont préservée et transmise aux nouvelles générations. »

Soixante-dix-huit ans après la Nakba, l’histoire de Mahomet et de Lamia semble être un modèle pour une génération qui n’a pas vu la Palestine de ses propres yeux, mais qui ne s’en est pas séparée.

Muhammad connaît Bissan grâce à l’histoire de sa famille, et c’est pourquoi il a choisi ce nom pour sa fille. Il suit l’actualité de Gaza et de Cisjordanie et en parle à ses enfants, tandis que Lamia porte la Palestine dans son cœur et l’évoque à travers ses nouvelles, sa cuisine et ses souvenirs de famille.

Ainsi, les enfants de la diaspora ne connaissent peut-être pas les rues de Palestine par expérience personnelle, mais ils connaissent les noms de ses villes, se souviennent de ses plats, portent ses symboles et entendent ses histoires au sein de leurs foyers.

Dans l’espace entre la Palestine qu’ils n’ont pas vue de leurs propres yeux et celle qu’ils connaissent à travers les récits de leurs pères et grands-pères, la mémoire persiste et le sentiment d’appartenance demeure présent de génération en génération.

Des millions de Palestiniens hors de Palestine mais l’identité transcende les frontières.

L’histoire des Palestiniens qui n’ont pas vu la Palestine de leurs propres yeux ne se limite pas à des cas individuels, mais s’inscrit dans une vaste réalité démographique avec laquelle le peuple palestinien vit depuis la Nakba.

Selon les dernières estimations du Bureau central palestinien des statistiques, le nombre de Palestiniens dans le monde atteignait environ 15,5 millions fin 2025, dont environ 7,4 millions vivaient en Palestine historique, tandis qu’environ 8,1 millions vivaient en dehors de ce territoire, au sein de la diaspora.

Dans l’État de Palestine, le nombre de Palestiniens a atteint environ 5,6 millions, dont environ 3,43 millions en Cisjordanie et environ 2,13 millions dans la bande de Gaza, tandis que le nombre de Palestiniens dans les territoires occupés en 1948 est estimé à environ 1,86 million.

Ces chiffres signifient que des millions de Palestiniens vivent depuis des générations hors de Palestine, en Jordanie, au Liban, en Syrie et dans d’autres pays arabes, ainsi qu’en Europe, en Amérique, en Turquie, dans les pays du Golfe et ailleurs. Parmi eux, des générations entières sont nées loin des villes et des villages que leurs parents et grands-parents ont quittés, sans jamais avoir eu l’occasion de les voir ni d’y vivre.

Mais la distance géographique n’impliquait pas nécessairement une rupture des liens. Pour de nombreux membres de la diaspora, la Palestine est passée d’un lieu à un souvenir ; des rues, des maisons et des champs aux noms des villes qu’ils choisissent pour leurs enfants, aux aliments qu’ils conservent et aux histoires que leur racontent leurs pères et leurs grands-pères.

Ainsi, l’histoire de Muhammad Izzat et de Lamia Al-Bairam semble s’inscrire dans un tableau plus vaste : celui d’une génération qui n’a pas vu la Palestine, mais qui en a hérité la connaissance et l’a reproduite au sein de son foyer, de sa mémoire et dans les détails de sa vie quotidienne, de sorte que la Palestine reste présente même pour ceux qui n’ont jamais foulé son sol.

Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…

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