Par Alain Marshal
Résumé : En juin 2026, l’armée israélienne a disséminé des explosifs ayant l’apparence de jouets au sud-Liban. L’information est passée inaperçue, sans surprise. Cette pratique est pourtant documentée depuis 1997, a fait l’objet d’une plainte du Liban à l’ONU en 1999, de dépêches de l’AFP et d’un article du Time, et a été réitérée à Gaza, où des boîtes de conserve piégées ont mutilé des enfants affamés. Mediapart, qui avait salué l’attentat des bipeurs de septembre 2024 comme un « coup de génie tactique » (avant de corriger discrètement ce propos apologétique), ne souffle mot de ces jouets piégés, un crime de guerre d’une extraordinaire gravité et d’une grande perfidie.
Ce silence n’est pas un oubli : il prolonge une ligne éditoriale constante depuis le 7 octobre 2023, qui mobilise la rhétorique de l’horreur pour les crimes fictifs du Hamas et exige prudence et nuances pour ceux d’Israël, les plus atroces étant invariablement passés sous silence. Et pour cause : la seule aspiration de Mediapart face au génocide à Gaza n’est pas de documenter les faits, mais de réaliser une OPA sur la cause palestinienne pour sauvegarder tout ce qui, dans le projet sioniste, peut encore l’être. Derrière les postures progressistes et humanitaires, Mediapart pratique un sionisme de gauche non assumé, traçant scrupuleusement les lignes rouges de la critique autorisée d’Israël. Un soutien à Israël feutré que mon blog Mediapart documentait et dénonçait, avant d’être censuré arbitrairement il y a plus de cinq mois. Plus de 300 signataires de cette pétition réclament la restauration de mes droits participatifs.
Note : Invitation à une rencontre-débat sur la Palestine ce 4 juillet à Saint-Quentin (Aisne), avec la présence de Laurent de Wangen, Raphaël et Salah / Alain Marshal

Par Alain Marshal
L’information est passée totalement inaperçue : à la mi-juin 2026, l’armée israélienne a disséminé des explosifs en forme de jouets au sud-Liban, comme l’a rapporté le quotidien libanais Al-Nahar. L’UNICEF Liban a diffusé une vidéo d’avertissement, indiquant qu’il ne faut en aucun cas toucher ou approcher ces objets suspects, souvent brillants et aguicheurs, façonnés pour attirer l’attention des enfants : en pleine coupe du monde, quoi de plus irrésistible qu’un objet en forme de ballon de football ?



Cette pratique est documentée de longue date : l’AFP, citée par le quotidien libanais francophone L’Orient-Le Jour, en relatait déjà les ravages en avril 1997 : Mariam Boustani, 9 ans, avait eu la main déchiquetée par une jeep en plastique vert pomme trouvée près de son village de Deir Aames ; Khadijé Mouzannar, 12 ans, avait eu le corps mis en lambeaux quelques secondes après avoir crié « J’ai trouvé une poupée ! » Time, l’un des plus anciens et des plus influents magazines d’actualité américains, y a également consacré un article en 2007, intitulé Les « jouets » qui tuent au Liban. Ces deux articles, qui ne sauraient être taxés de complotistes même par les chiens de garde les plus zélés (le fact-check grotesque de France 24 s’est bien gardé de dire que l’article de L’Orient-Le-Jour provenait d’une dépêche AFP, et n’a pas dit un mot de l’article du Time), sont intégralement reproduits en Annexe.
Cette pratique a fait l’objet d’une plainte formelle du Liban auprès de l’ONU en 1999 :
« Des avions de combat israéliens ont également tenté de tuer des enfants en larguant des milliers de jouets piégés sur des villages et des localités libanais. Les forces d’occupation israéliennes ont eu recours à cette méthode au fil des années et continuent de le faire. L’exemple le plus récent est celui où des jouets piégés ont été largués sur la ville de Nabatiyé, tuant et blessant des enfants et en défigurant d’autres de manière permanente. »
Un mémorandum officiel présenté le 29 septembre 2000 par le ministère britannique des Affaires étrangères à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des communes a confirmé ce point :
« Les engins explosifs non explosés demeurent un problème dans l’ensemble du Liban. Les morts et les blessés continuent de s’accumuler, les victimes étant frappées par des mines, des obus, des bombes israéliennes à sous-munitions non explosées ou même des jouets piégés, qui auraient été largués par l’aviation israélienne à proximité de villages libanais jouxtant la prétendue « zone de sécurité ». »
Israël a récidivé à Gaza durant le génocide, comme le documente un rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU du 18 juin 2026 intitulé « L’essence même de l’enfance a été détruite » : le ciblage délibéré des enfants palestiniens par Israël dans le Territoire palestinien occupé depuis le 7 octobre 2023 :
« Dans un cas documenté par la Commission, le 24 octobre 2025, des jumeaux de sept ans, une fille et un garçon, ont été grièvement blessés par un engin explosif non explosé après l’avoir pris pour un jouet près de leur domicile, dans la ville de Gaza. Les deux enfants ont été admis à l’hôpital Al-Shifa, où la main droite du garçon a dû être amputée, tandis que la fillette a subi une fracture à la jambe, faisant craindre qu’elle ne doive également être amputée. Un médecin a qualifié leurs blessures de « potentiellement mortelles ». »
On peut voir deux enfants touchés quasiment en direct sur cette vidéo. Ames sensibles s’abstenir.
Les soldats de l’occupation ne se contentent pas de piéger des jouets : un bulletin du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) de mai 2024, signale qu’ils piègent également des boîtes de conserve, un crime particulièrement ignoble au vu de la famine de masse délibérément imposée à la population de Gaza :
« Le 29 avril, le Bureau des médias du gouvernement (GMO) a indiqué qu’un garçon de 14 ans avait été grièvement blessé et avait subi des amputations de membres après avoir ouvert une boîte de conserve piégée qu’il avait trouvée en recherchant ses effets personnels dans sa maison, qui avait été bombardée par les forces israéliennes à Khan Younès. Le GMO a indiqué que de nombreuses personnes avaient récemment été blessées par l’explosion de boîtes de conserve piégées, appelant la population à faire preuve de la plus grande prudence. »
Il s’agit là de crimes de guerre d’une extraordinaire gravité et, parce qu’ils ciblent les enfants d’une manière particulièrement perfide, d’une indicible « vilénie morale », pour paraphraser Mediapart au sujet des crimes fictifs du Hamas, pris pour argent comptant. Mais ces crimes ne méritent guère d’article à part entière dans la presse dite « libre » ou « progressiste » ; et lorsqu’ils y sont mentionnés, aucun effort n’est fait pour en souligner le caractère délibéré et illégal, pour en dénoncer la bassesse, ni pour en documenter la récurrence.
Mohammed Safa, représentant d’une ONG libanaise accréditée auprès de l’ONU, a commenté à ce sujet :
« Quand j’avais 6 ans, Israël a largué des bombes déguisées en jouets sur nous au Liban. De nouveaux rapports révèlent qu’Israël a laissé derrière lui des bombes déguisées en jouets à Gaza. Aujourd’hui, une bombe à sous-munitions en forme de petit ballon de football a été découverte dans le sud du Liban. Mais continuez à dire qu’Israël ne cible pas les enfants. »
Cette complaisance médiatique envers les pires atrocités d’Israël n’est malheureusement pas une exception. Au moment où l’interview abjecte de l’ex-directeur du Mossad par Guillaume Pley suscite, à juste titre, l’indignation, il convient de rappeler certains faits.
L’attentat des bipeurs : crime de guerre, acte terroriste de masse ou « coup de génie » ?
En septembre 2024, des milliers de bipeurs et de talkies-walkies ont explosé simultanément au Liban : des appareils électroniques de la vie courante, modifiés pour contenir des explosifs, ont détoné dans des supermarchés, des rues résidentielles, des voitures, des appartements, entrainant des scènes d’apocalypse. Le bilan est terrible : plus de 40 morts (dont plusieurs enfants), et près de 3 000 blessés, parmi lesquels des centaines de mutilés souffrant d’amputations des mains et d’énucléations. La proportion effarante de blessures oculaires s’explique par le fait que les appareils émettaient un signal avant d’exploser, incitant leurs utilisateurs à les porter à hauteur de visage pour en lire le message. Un ophtalmologue de l’Hôpital universitaire du Mont-Liban déclarait : « En vingt-cinq ans de carrière, je n’ai jamais retiré autant d’yeux qu’hier. » Selon le ministère libanais de la Santé, environ 300 personnes ont perdu les deux yeux et plus de 500 ont subi de graves lésions oculaires. Les médias occidentaux n’avaient pu cacher leur exultation.

A gauche, La Une de la honte : le New York Post célébrant un attentat terroriste de masse. A droite, la réponse d’un journal iranien durant la guerre israélienne contre le Liban, quand un drone du Hezbollah a frappé des soldats de l’unité d’élite Golani le 13 octobre, en tuant 4 et en blessant plusieurs dizaines (une attaque en règle contre des soldats agresseurs dans leurs baraquements, mais condamnée par la France comme une attaque terroriste, un vocable impensable pour caractériser l’attentat des bipeurs…). Civilisation contre barbarie, mais où est vraiment la barbarie ?
Mediapart n’a pas fait exception, qualifiant cette opération de « coup de génie tactique ». L’expression a ensuite été discrètement amendée en « succès stratégique », sans explication, sans mea culpa, sans la moindre « boîte noire » informant les lecteurs d’une modification éditoriale. Cette correction furtive est doublement révélatrice : elle trahit à la fois la conscience inavouable de son caractère apologétique, et une ineptie journalistique confondant allègrement tactique et stratégie.

Capture d’écran de la version originale de l’article
Amnesty International avait pourtant conclu sans ambiguïté que ces attaques, qui préfiguraient « un sinistre cauchemar dystopique », constituaient des attaques aveugles au regard du droit international humanitaire et devaient être « investiguées comme des crimes de guerre ». Le rapport d’experts du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme était tout aussi explicite :
« Au moment des attaques, il n’existait aucun moyen de savoir qui détenait chacun de ces appareils ni qui se trouvait à proximité. Des attaques simultanées au moyen de milliers d’appareils violeraient inévitablement le droit international humanitaire, en raison de l’impossibilité de vérifier chaque cible et de distinguer les civils protégés des personnes qui pourraient éventuellement être attaquées parce qu’elles participent directement aux hostilités.
De telles attaques constitueraient des crimes de guerre, notamment le meurtre, les attaques dirigées contre des civils et le lancement d’attaques indiscriminées, en plus de constituer une violation du droit à la vie.
Le droit international humanitaire interdit en outre l’emploi de pièges explosifs dissimulés sous l’apparence d’objets portatifs apparemment inoffensifs lorsqu’ils sont spécialement conçus et fabriqués pour contenir des explosifs — ce qui pourrait inclure un bipeur civil modifié. Un piège explosif est un dispositif destiné à tuer ou à blesser, qui se déclenche de manière inattendue lorsqu’une personne accomplit un acte apparemment sans danger, comme répondre à un téléavertisseur.
Le fait de commettre des actes de violence destinés à semer la terreur parmi la population civile, notamment pour l’intimider ou la dissuader de soutenir un adversaire, constitue également un crime de guerre. Un climat de peur imprègne désormais la vie quotidienne au Liban.
Il ne s’agissait d’ailleurs nullement d’une attaque ciblée contre des combattants du Hezbollah. Le Hezbollah n’est pas seulement un groupe armé : c’est une institution qui emploie des dizaines de milliers de civils, et administre des écoles, des hôpitaux, des services sociaux et caritatifs, etc. Ses réservistes, personnels administratifs et travailleurs sociaux ont été attaqués dans leur vie civile, qui est clairement protégée par le droit international : faire exploser une bombe contre un militaire non mobilisé alors qu’il se trouve dans son domicile aux côtés de sa famille, à l’école ou au supermarché constitue, au regard du droit des conflits armés, un acte aussi grave que de cibler un civil ordinaire qui n’a jamais porté les armes, et n’a aucun lien avec le Hezbollah. Mais le droit international ne semble guère compter aux yeux de Mediapart.

Enfants libanais défigurés par le « coup de génie » d’Israël
L’expression « coup de génie » n’est pas la seule faute grave de cet article, intitulé avec une insolente nonchalance Explosions en chaîne au Liban : un coup tactique pour Israël, et après ? : on a beau scruter à la loupe la prose de Gwenaelle Lenoir et Joseph Confavreux, on n’y trouve aucune condamnation de cet acte terroriste de masse, autrement plus grave que le 11 septembre 2001 non par le nombre de victimes, mais par ses implications, chaque objet de la vie quotidienne pouvant être transformé en arme létale, indétectable, susceptible d’exploser à n’importe quel moment : la panique au Liban a été telle que des mères débranchaient précipitamment leurs babyphones, ce qui est la définition même du terrorisme. Mais sous la plume de Lenoir et Confavreux, ces considérations sont totalement absentes. On y trouve en revanche des passages qui vantent méthodiquement les mérites de cette opération, et réalisent l’exploit de placer la peur côté israélien :
« L’humeur est à la fois à la joie et à la fierté, sur le mode “nous sommes les plus forts, nous tuons les terroristes”, et à la confusion et la peur car tout le monde s’attend à des représailles », raconte Ori Goldberg, commentateur politique israélien, depuis Herzliya, au nord de Tel-Aviv.
L’opération de mardi, succès stratégique des militaires et espions israéliens, cherche à laver l’affront du 7 octobre 2023. Elle parvient à diminuer les capacités de combat du Hezbollah puisqu’on estime que jusqu’à 20 % de ses membres auraient pu être touchés dans les explosions simultanées. Elle entrave la stratégie de communication du Hezbollah, fondée sur l’usage de moyens rudimentaires censés être à l’abri des interceptions et des repérages du voisin israélien ; et installe une insécurité générale à l’intérieur du « Parti de Dieu », tant le renseignement nécessitant des moyens à la fois humains et numériques, de l’État hébreu, s’avère précis.
Il faut aller en toute fin de l’article de Mediapart pour y lire la suggestion timide qu’il pourrait s’agir d’une attaque terroriste :
Sur les réseaux sociaux libanais, de nombreuses voix, bien au-delà des soutiens du Hezbollah, ont dénoncé les événements de mardi comme du « terrorisme ». La chercheuse Erminia Chiara Calabrese, autrice notamment d’un ouvrage intitulé Militer au Hezbollah. Ethnographie d’un engagement dans la banlieue sud de Beyrouth (Karthala) a, elle, écrit sur Facebook : « L’attaque d’Israël n’est pas une cyberattaque ou un piratage du système du Hezbollah. Israël a transformé aujourd’hui des centaines de personnes dans la capitale libanaise et dans le sud du pays en explosifs humains, n’importe où où ils se trouvaient : à la maison, dans un bus, un taxi, au supermarché, à l’entrée d’une école, dans un café… Vivant à Beyrouth. Nous avons eu seulement de la chance aujourd’hui ; d’autres ne l’ont pas eu, dont une petite fille de 10 ans. »
En donnant largement la voix aux apologistes du terrorisme israélien tout au long de son article, et en noyant l’idée qu’il s’agirait d’un crime dans les derniers paragraphes, à la faveur d’un post Facebook nullement appuyé sur le droit international ou endossé par les journalistes, Mediapart a fait son choix. Ce choix n’est pas isolé, mais s’inscrit dans une ligne éditoriale cohérente.
Deux poids, deux mesures
Car lorsque des crimes sont imputés au Hamas, comme on a pu le voir le 7 octobre, Mediapart n’a pas fait dans la demi-mesure, mobilisant sans délai une rhétorique de l’horreur calibrée pour provoquer la sidération : titre-choc (Massacres dans deux kibboutz : « Ils ont assassiné de sang-froid des enfants, des gens âgés »), mise en garde au lecteur (« Cet article fait état de récits détaillés de violences, sa lecture peut être choquante »), immersion sensorielle (« une odeur de mort régnait »), citations chargées d’émotion accusant le Hamas de « carnage », de « massacres », de « décapitations ». Un propos de Joe Biden, qualifiant l’attaque du 7 octobre de « mal à l’état pur », formule déshumanisante s’il en est, se voyait promu au rang de titre de section : peut-on imaginer une seule seconde Mediapart reprenant à son compte les formules officielles de l’Axe de la Résistance pour désigner Israël (« Une tumeur cancéreuse » ou « L’entité usurpatrice temporaire ») en guise de titre de section ? Certes non. Des universitaires étaient convoqués pour souligner les « degrés dans l’horreur » et dénoncer « la cruauté, le sadisme avec lequel les miliciens du Hamas se sont comportés », sans contextualisation quant au fait que les auteurs de ces récits étaient les soldats d’une puissance occupante qui avait de longue date perdu toute crédibilité du fait de ses crimes et de ses falsifications. Quid de la cruauté, du sadisme, du « mal à l’état pur » que constituent le recours à des jouets, boîtes de conserve ou bipeurs piégés ? Surtout quand les perpétrateurs de ces actes terroristes s’en vantent ouvertement, quand le Hamas nie vigoureusement les crimes qui lui sont imputés sans aucune preuve (voir Norman Finkelstein : les accusations de crimes sexuels contre le Hamas sont infondées) ?

Le bipeur en or offert par Netanyahou à Trump : sur l’écran, on peut lire « Appuyez des deux mains »
Puis vint le temps de la relativisation. Après un an d’extermination à Gaza, Joseph Confavreux a osé écrire :
« Certes, d’un point de vue anthropologique, le théâtre de la cruauté déployé par le Hamas durant les massacres d’octobre dernier n’est pas similaire, terme à terme, avec les actes commis par l’armée israélienne depuis un an. Et le principe inaliénable qu’une vie vaut une vie n’est pas incompatible avec l’idée que la seule balance macabre des cadavres de l’un et de l’autre camp ne suffit pas à saisir les souffrances en jeu. »
Décortiquons cette perle de déshumanisation : l’argument avancé est qu’un décompte purement arithmétique des morts ne suffirait pas à « saisir les souffrances en jeu », sous-entendant que la qualité des crimes palestiniens, leur caractère plus « cruel », plus « sadique », plus « barbare », compenserait ou nuancerait leur infériorité en quantité. En d’autres termes : certes plus de morts du côté palestinien, mais plus de morts qui comptent du côté israélien. C’est précisément ce que Confavreux appelle les « degrés dans l’horreur ». Le raisonnement ne tient pas une seconde face aux faits : à ce stade, les crimes israéliens avaient déjà, tant en quantité qu’en qualité (« théâtre de la cruauté », « façons de mettre à mort », raffinement de « sadisme »), infiniment surpassé toutes les atrocités alléguées du 7 octobre, quand bien même tous les mensonges auraient été vrais.
Dans tous ces articles, il s’agissait pour Mediapart de marteler, plus ou moins explicitement, que les crimes palestiniens seraient en quelque sorte plus graves que ceux d’Israël, et que loin de viser à parachever le projet d’épuration ethnique consubstantiel au sionisme, le génocide en cours n’était qu’une « guerre de riposte au 7-octobre », comme on pouvait encore le lire en toutes lettres en août 2025 sous la plume de l’inénarrable Edwy Plenel.
Rappelons que le terme de génocide n’a fait son apparition que très tardivement sur Mediapart, qui est allé jusqu’à accuser ceux qui l’avaient utilisé dès le début comme ayant cédé à un « réflexe pavlovien » plus ou moins antisémite, et à se gargariser de son aveuglement, présenté comme une saine prudence :
Certaines critiques radicales du projet sioniste n’y verront qu’un accomplissement, et rappelleront à quel point les espoirs de paix ont été sabordés de longue date par la colonisation et le refus persistant de créer les conditions d’un État viable, y compris par des dirigeants travaillistes de centre-gauche. Mais le sionisme est un projet trop pluriel et contradictoire, et l’invocation de « l’essence » d’un État beaucoup trop douteuse, pour décréter qu’une politique génocidaire serait la « vérité » de cet État – ce qui conduirait d’ailleurs à exonérer les donneurs d’ordre actuels de leur responsabilité propre.
À l’inverse, à l’autre bout du spectre idéologique, certaines voix ont décrété qu’il était impossible d’utiliser le mot « génocide » à propos des massacres commis à Gaza, en déplorant que cela reviendrait à « nazifier » Israël. Certes, l’inversion de la culpabilité, à l’égard de juifs transformés en bourreaux ultimes, est un trope antisémite bien connu – raison pour laquelle l’utilisation du mot « génocide » nécessitait prudence et argumentation, plutôt que réflexe pavlovien. Mais lorsque les indices constitutifs de ce crime international sont documentés, le problème est qu’Israël en soit responsable, pas que les choses soient nommées.
Quand les crimes israéliens sont devenus trop massifs pour être minimisés, Mediapart a réussi la pirouette ultime, à savoir en présenter non pas les Palestiniens, mais Israël lui-même comme victime. Dans un article intitulé La tragique complaisance envers Nétanyahou, Fabien Escalona déplorait dès l’en-tête de l’article :
La politique guerrière du premier ministre israélien est indéfendable. En se refusant à la condamner clairement en Iran, ou à y réagir concrètement à Gaza, les responsables européens rendent le pire service possible au peuple israélien, et vont contre leurs propres intérêts à long terme.
Et de continuer :
Certes, les attaques terroristes du Hamas se sont révélées, en plus d’une vilenie morale, un fiasco stratégique pour le supposé « axe de la résistance » dans lequel le mouvement islamiste s’inscrivait. Mais la fuite en avant d’Israël, dans son usage de la force nue, pourrait lui offrir une terrible victoire symbolique, à retardement.
Il faut relire ce passage lentement pour en mesurer toute la portée. Le génocide de Gaza y est déploré non du point de vue de ses victimes, mais du point de vue des risques qu’il fait peser sur l’avenir d’Israël, le seul dont Mediapart semble se soucier. Ce n’est pas Israël qui se rend coupable d’un crime ; c’est Israël qui se fait du tort. La souffrance palestinienne disparaît complètement du cadre moral, et n’est mentionnée qu’en filigrane, comme effet secondaire regrettable d’une stratégie israélienne contre-productive.
Voir Mediapart est-il l’ami de la Palestine ?
C’est la une paraphrase parfaite de l’ignoble déclaration attribuée à Golda Meir, « Nous pouvons pardonner aux Arabes de tuer nos enfants, nous ne pouvons pas leur pardonner de nous obliger à tuer les leurs », chutzpah suprême qui transforme les bourreaux en victimes, et inversement. Dans une interview d’Ilan Pappé à Mediapart, cette citation a été décryptée comme il se doit :
« C’est une phrase qui montre l’hypocrisie, la prétention à la vertu et l’incapacité des Israéliens à accepter que les Palestiniens soient des victimes, qui jugent que seul Israël peut être victime. C’est comme une personne qui en bat une autre très violemment, au point de presque la tuer et qui lui dit : « C’est de ta faute. Tu m’as tellement mis en colère que j’ai failli te tuer. Et je ne te pardonnerai jamais de m’avoir poussé à presque te tuer. » Je suis très surpris que votre ministre [Jean-Noël Barrot] ait évoqué cela pour justifier une vision positive d’Israël. »
Mais cette critique ne doit-elle pas être adressée à Mediapart, qui reprend le propos de Golda Meir tant dans la lettre que dans l’esprit ?
Du silence à la censure
Lorsqu’Israël transforme des bipeurs en bombes aveugles, Mediapart parle de « coup de génie ». Et lorsqu’Israël largue des jouets explosifs destinés à mutiler des enfants, Mediapart ne parle pas.
La liste des atrocités israéliennes interdites de mention sur Mediapart est bien longue. Citons notamment :
- la « directive Hannibal de masse » déployée le 7 octobre et les jours suivants
- les viols atroces (via des chiens, etc.) et systématiques perpétrés dans les geôles de l’occupation : si les accusations fantaisistes de viols perpétrés par le Hamas ont fait l’objet de plusieurs articles sur Mediapart (1, 2, 3, 4, 5), aucun n’a été consacré aux rapports multiples dénonçant les viols israéliens contre les Palestiniens (B’tselem 2024 & 2026, ONU 2025 & 2026, Euromed-Monitor, New York Times…), ni aux manifestations de la honte en soutien aux perpétrateurs de viols à Sde Teman
- les vols d’organes sur les Palestiniens, documentés depuis plusieurs décennies par L’Humanité, le Guardian et Euromed-Monitor
- les innombrables mises en scènes de crimes de guerre que les soldats israéliens documentent fièrement sur Tiktok, en particulier les défilés sadiques de soldats vêtus de lingerie féminine, s’amusant avec des jouets ou les exhibant en guise de trophées, parmi les décombres des maisons des femmes et enfants qu’ils ont assassinés, terrorisés et/ou expulsés, se pavanant dans les studios TV pour se vanter, sous les applaudissements, de leurs crimes les plus ignobles
- le fait que les snipers israéliens ciblent les enfants, systématiquement touchés au cœur et à la tête, comme l’ont relevé de nombreux médecins occidentaux : aucune mention de cela dans l’article de Mediapart intitulé À Gaza, la guerre d’Israël contre les enfants palestiniens, où on croirait volontiers que le grand nombre de victimes parmi les enfants ne serait dû qu’au fait que « 50 % de la population de Gaza a moins de 18 ans »
- les bébés prématurés cruellement étouffés dans leur couveuse, les nourrissons morts de froid ou dévorés par des chiens errants, ou enterrés vifs, sans même parler du nourrisson abattu d’une balle dans la tête par un fusil de sniper monté sur un drone alors qu’il était au sein de sa mère (les paragraphes 59 et 60 de ce rapport de l’ONU de juin 2026 précédemment cité attestent qu’il s’agit d’un acte délibéré)
- le jeune homme trisomique déchiqueté par un chien policier qui l’attaqua sauvagement en présence de sa famille, tenue à l’écart puis évacuée par l’armée tandis que le blessé était abandonné à une mort atroce
- les drones qui diffusent des pleurs d’enfants pour attirer des Palestiniens et les abattre
- les otages palestiniens bardés d’explosifs par l’armée israélienne et forcés d’inspecter des bâtiments,
- les dépouilles de Palestiniens en Cisjordanie profanées par des actes de mutilation ou déshabillés complètement par des colons qui se filment leur urinant dessus
Encore une fois, ce silence n’est pas un oubli. C’est un choix conscient et délibéré.
Sur Mediapart, la vie palestinienne ne mérite pas le même traitement rhétorique, la même indignation automatique, la même personnalisation/humanisation, la même mobilisation de l’horreur et du pathos. Elle mérite de la prudence, des nuances, de la relativisation, tant de prétendues vertus journalistiques dont Mediapart s’est allègrement dispensé le 7 octobre 2023, mais dont il exige l’application implacable dès qu’il s’agit de nommer les crimes d’Israël.
Et pour cause : la seule aspiration de Mediapart face au génocide à Gaza n’est pas de documenter les faits, mais de réaliser une OPA sur la cause palestinienne pour tout ce qui, dans le projet sioniste, peut l’être. Derrière les postures progressistes et humanitaires, Mediapart pratique un sionisme de gauche non assumé, traçant scrupuleusement les lignes rouges de la critique autorisée d’Israël. Faire commencer l’histoire au « 7-octobre » (sacralisé par un tiret ostentatoire), accabler le Hamas en mettant le paquet sur ses crimes allégués et sur les épithètes flétrissantes, feutrer les crimes israéliens en occultant systématiquement tout ce qui révèle la monstruosité de l’entreprise coloniale et génocidaire : telles sont les pratiques de cette rédaction atlantiste qui se proclame la conscience de la gauche française.
Est-il surprenant que mon blog, qui documentait tout ce que taisait Mediapart et dénonçait sa complicité dans les crimes israéliens, ait été censuré depuis plus de 5 mois, de manière totalement arbitraire ? Que Mediapart restaure mes droits participatifs, ce à quoi appellent plus de 300 signataires de la pétition demandant la réactivation de mon blog, dont près de 80 abonnés Mediapart, ou tombe définitivement le masque.
Mariam, rescapée d’un jouet piégé espère retourner à l’école
L’Orient-Le-Jour, le 28 avril 1997
Imperceptiblement, le pouce a bougé. Mariam Boustani, une Libanaise de 9 ans, a eu la main droite déchiquetée par un jouet piégé trouvé dans un camp au Liban-Sud. Aujourd’hui, elle espère récupérer son auriculaire et retourner à l’école.
« C’était une grande jeep en plastique vert pomme, avec six grosses roues noires. Mon frère Ali (8 ans) l’a trouvée en cueillant avec moi du thym près du village et me l’a offerte », raconte Mariam à l’AFP.
La fillette est rentrée chez elle vendredi dernier après 25 jours d’hôpital. Elle explique avoir « ressenti comme un choc électrique » avant l’explosion du jouet alors qu’elle arrivait devant la maison familiale, dans le village de Deir Aames.
La main en lambeaux, blessée aux jambes et à l’abdomen, elle a été évacuée vers l’hôpital Najm, à Tyr, où elle a subi cinq interventions chirurgicales.
« En collant les morceaux, nous avons d’abord réussi à sauver la moitié de la paume », a expliqué à l’AFP le docteur Jawad Najm. « Quinze jours plus tard, après deux opérations pour suturer les nerfs et les artères, nous avons sauvé le pouce, puis nous avons fait des greffes de peau aux jambes. Mariam a besoin d’une dernière intervention dans deux semaines pour tenter de redonner vie au doigt qui lui reste », a-t-il dit.
« On m’a promis que je pourrai tenir un crayon quand on enlèvera le bandage. L’école, c’est ce que j’aime le plus », dit la fillette pâle aux grands yeux, les cheveux cachés sous une écharpe.
« Mariam a toujours été une des premières de sa classe », confie sa mère. « Depuis qu’elle a su qu’elle a perdu trois doigts, elle ne cesse de pleurer ».
Elle a pourtant eu plus de chance que d’autres enfants ayant manipulé les jouets piégés trouvés au fil des ans au Liban-Sud, bien au-delà de la zone occupée par Israël.
Il n’existe pas de statistiques, mais les exemples sont nombreux.
L’armée libanaise met régulièrement en garde contre « les corps suspects » qu’elle accuse l’aviation israélienne d’avoir lâché au-dessus de cette région, notamment après les offensives de juillet 1993 et d’avril 1996, qui avaient fait 350 morts.
Un officier de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a indiqué à l’AFP que ces objets étaient surtout largués par hélicoptère. « Cela peut être un jouet ou avoir la forme d’un banal caillou », précise-t-il sous couvert d’anonymat.
Directement visée par ces propos, seuls les appareils israéliens étant autorisés à survoler la zone, l’armée israélienne dément avoir déposé ces jouets piégés.
« Tsahal rejette catégoriquement ces accusations ignobles. Nous n’avons pas recours à de telles méthodes, et faisons au contraire tout notre possible pour ne pas porter atteinte à des civils innocents et à plus forte raison à des enfants », a assuré à l’AFP un porte-parole militaire à Tel-Aviv.
Durant les douze derniers mois, le Hezbollah a annoncé avoir trouvé six engins de ce type. « Ils étaient tous de couleur vive: un œuf doré, des cônes jaune-fluo, un chien Snoopy et une poupée qui parle qui devait exploser quand on tire le cordon», a-t-on appris auprès du mouvement intégriste, qui mène la plupart des attaques contre la zone occupée.
Mais ce sont des enfants qui ont trouvé une lampe-torche près de Jibchit en décembre 1991. Tout heureux, ils l’ont ramenée dans la boucherie paternelle où elle a explosé, tuant Abed et Abbas Nahhal, des frères de 10 et 11 ans, et blessant gravement deux autres enfants.
C’est aussi une lampe-torche piégée, découverte dans un bois de Aïtit le 21 novembre dernier, qui a causé des brûlures du troisième degré aux mains et aux jambes de Ali Mohsen, 12 ans.
D’autres n’ont pas survécu comme Khadijé Mouzannar, une fillette de douze ans, qui a eu le corps déchiqueté il y a deux ans à Sawwaneh, quelques secondes après avoir crié : « J’ai trouvé une poupée ! ».
Les « jouets » qui tuent au Liban
Par Nicholas Blanford
Time, 2 février 2007
Traduction Alain Marshal

Un membre d’une équipe de neutralisation des munitions marque une sous-munition BLU-63 sur une colline située à l’extérieur du village de Hallousiyé, dans le sud du Liban.
Pour Rasha Zayoun, 17 ans, le petit cylindre métallique avec un ruban fixé au sommet ressemblait à un jouet. Son père, Mohammed, l’avait trouvé en cueillant du thym sauvage dans un champ près de sa maison, dans le village du sud du Liban de Marakeh, et l’avait ramené dans son sac d’herbes.
Un soir, il y a quatre semaines, Rasha ramassa l’étrange objet et joua avec le ruban, se demandant ce que c’était. « Alors j’ai senti comme une légère décharge électrique », dit-elle. « Je l’ai jeté loin de moi et il a explosé avant de toucher le sol. »
L’explosion lui a arraché la jambe gauche et a blessé sa mère, Alia, et son frère Qassem, 21 ans, qui se trouvaient dans la pièce à ce moment-là. Le « jouet » était une sous-munition à dispersion, l’une des quelque un million de sous-munitions non explosées éparpillées dans les vallées et les collines du sud du Liban lors de la guerre de l’été dernier entre Israël et le Hezbollah. Les bombes à sous-munitions — une arme antipersonnel et antichar qui disperse des dizaines ou des centaines de sous-munitions de la taille d’une grenade sur une vaste zone — ont tué au moins 30 personnes et en ont blessé plus de 180, selon les chiffres de l’ONU, depuis le cessez-le-feu du 14 août qui a mis fin au conflit d’un mois.
La semaine dernière, le Département d’État américain a annoncé qu’une enquête préliminaire avait conclu qu’Israël avait peut-être violé ses accords avec Washington sur l’utilisation de sous-munitions d’origine américaine durant la guerre au Liban. « Le Département prend très au sérieux sa responsabilité de veiller à ce que les armes fournies par les États-Unis soient utilisées aux fins autorisées par la loi américaine », a déclaré un responsable du Département d’État. L’Arms Export Control Act [loi américaine sur le contrôle des exportations d’armements] restreint l’usage des armes fabriquées aux États-Unis à la « sécurité intérieure » et à la « légitime défense », ce qu’Israël revendiquerait certainement comme objectif de ses actions contre le Hezbollah. Mais des « restrictions d’utilisation finale » plus précises figurent dans les contrats américano-israéliens, selon un responsable du Département d’État, bien que leur formulation soit classifiée. Ces restrictions exigeraient qu’Israël s’abstienne de mettre des civils en danger dans l’utilisation de ces munitions. Des organisations de défense des droits de l’homme ont accusé à la fois Israël et le Hezbollah d’avoir commis des crimes de guerre en ciblant de manière indiscriminée des zones civiles pendant la guerre. Si la conclusion préliminaire du Département d’État est confirmée, cela pourrait pousser la Maison Blanche à sanctionner Israël, éventuellement par un gel des exportations de bombes à sous-munitions vers l’État juif.
Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Mark Regev, avait déclaré plus tôt qu’« Israël prend les préoccupations soulevées par les États-Unis extrêmement au sérieux » et avait été aussi « coopératif et transparent que possible », ajoutant qu’« Israël mène lui-même une enquête interne permanente sur l’utilisation des munitions pendant le conflit au Liban ».
Les sous-munitions à dispersion sont censées exploser à l’impact. Les fabricants revendiquent un taux de ratés d’environ 5 %, mais l’ONU estime que plus de 30 % des sous-munitions tirées dans le sud du Liban n’ont pas détoné. Lorsque des centaines de milliers de civils déplacés par les combats ont commencé à retourner dans la région, ils ont trouvé des milliers de sous-munitions dans des jardins, des maisons et des rues, des vergers d’orangers, des plantations de bananiers et des oliveraies, souvent suspendues aux branches.
Chris Clark, responsable du programme Liban du Centre de coordination des actions contre les mines des Nations Unies (MACC), a indiqué que son organisation avait recensé quelque 840 frappes individuelles de bombes à sous-munitions, couvrant une superficie de 34 kilomètres carrés. Ancien soldat britannique décoré qui supervise les opérations mondiales du Service de l’action antimines des Nations Unies et a déminé le Kosovo et le Soudan, Clark affirme que la situation des bombes à sous-munitions dans le sud du Liban est « la pire que j’aie jamais vue », ajoutant : « C’est sans précédent et incroyable. » Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Mark Regev, déclare qu’Israël « soutient pleinement les efforts de l’ONU pour dégager les munitions au Liban ».
Une carte des sites de frappes de bombes à sous-munitions dans le sud du Liban, épinglée au mur de son bureau, illustre la gravité du problème. Une nappe rouge couvre une grande partie de la carte, concentrée sur les zones au sud de Tyr, et autour des villes de Tibnine et de Nabatieh.
D’ici à la mi-février, Clark espère avoir 55 équipes sur le terrain pour collecter les sous-munitions, et espère que la zone pourra être débarrassée d’ici la fin de l’année. « Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus aucune bombe à sous-munitions, mais elles ne causeront plus de victimes quotidiennes et hebdomadaires », dit-il.
Clark affirme que sa mission est entravée par un manque de coopération de l’armée israélienne. Israël a été invité à plusieurs reprises à aider la mission de déminage en fournissant des informations telles que les coordonnées des cibles sélectionnées pour les frappes de sous-munitions, le nombre de frappes et les types de sous-munitions. Il dit que l’ONU n’a « rien » reçu d’Israël. Le porte-parole israélien Regev rétorque qu’Israël examine la demande de l’ONU pour « plus d’informations », mais affirme qu’Israël a déjà transmis à l’ONU des cartes des zones de frappes et des informations techniques « suffisantes » pour aider les efforts de déminage.
Sur une colline balayée par le vent, à l’extérieur du village de Halloussiyeh, à 16 kilomètres au nord-est de Tyr, une équipe de Bactec, une société britannique de déminage, avance pas à pas le long d’une terrasse de petits oliviers, à la recherche de sous-munitions BLU-63. La plupart des engins métalliques de la taille d’une balle de tennis sont facilement visibles, bien que certains aient commencé à s’enfoncer dans la boue crayeuse.
« Nous donnons la priorité aux terres agricoles », dit Simon Lovell, le responsable du site. Chaque sous-munition est délimitée par du ruban rouge et blanc avant d’être reliée aux autres par un cordeau détonant et détruite lors d’une explosion contrôlée. L’un des trois sites qu’il démine a livré plus de 300 de ces engins de l’ère des années 1970. Les BLU-63 trouvés dans le sud du Liban ont été fabriqués entre 1973 et 1978, selon Clark, ce qui explique leur fort taux de ratés.
« Ils ont largement dépassé leur durée de vie », dit-il. « Les Israéliens savaient quel âge ils avaient et ils savaient qu’ils n’allaient pas fonctionner. »
Que l’administration Bush choisisse ou non de réprimander Israël n’y changera pas grand-chose pour Rasha Zayoun, qui fait face à un avenir sombre. Elle passe ses journées allongée dans la chambre à coucher familiale, attendant que sa jambe guérisse avant que les médecins puissent commencer à lui fixer une prothèse.
« Je ne pense pas à mon avenir », dit-elle avec un sourire timide. « Mais je me sens bien et je n’ai aucune tristesse. J’ai un cœur solide. »
— Avec la contribution de Tim McGirk/Jérusalem et Elaine Shannon/Washington
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Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur
Source : la blog de l’auteur
https://alainmarshal.org/…
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