Rapport du CPI

Le Centre d’information palestinien

Jour et nuit, à l’aube comme à la nuit tombée, les incursions sionistes en Cisjordanie sont devenues une routine quotidienne et systématique, menées par des véhicules militaires et accompagnées de raids, d’arrestations et de destructions d’infrastructures civiles. L’entité génocidaire présente ces actions comme des mesures de sécurité de routine. Mais les Palestiniens vivant dans les camps, les villages ou les villes savent que la situation est bien plus complexe. Nous sommes confrontés à une politique continue visant à fracturer la société palestinienne, à épuiser ses ressources et à imposer un climat permanent de peur et de contrôle.

À Jénine, Tulkarem, Naplouse, Hébron et Ramallah, le même schéma se répète, avec des variations dans le calendrier et l’intensité. Les forces d’occupation n’interviennent pas seulement pour arrêter des personnes recherchées, comme elles le prétendent, mais plutôt pour rappeler aux Palestiniens que leur vie entière est sous surveillance constante et menacée par la force. 

Des perquisitions sont menées la nuitet, à chaque incursion, les forces d’occupation détruisent des infrastructures. Les arrestations deviennent à la fois un instrument de punition collective et un message politique. Par conséquent, selon les experts, comprendre cette escalade implique de ne pas considérer chaque raid comme un incident isolé, mais plutôt comme faisant partie d’une stratégie plus vaste en Cisjordanie.

Une remarquable intensification des incursions

L’occupation tente de justifier ses raids en poursuivant les résistants et en empêchant la formation de structures de combat cohérentes dans les villes du nord et du centre, mais cette justification est réfutée par les faits liés à la nature des raids et aux attaques qui les accompagnent.

D’après les experts, les forces d’occupation reconnaissent que la Cisjordanie connaît depuis des années de profonds bouleversements au sein de l’opinion publique et que de larges pans de la population rejettent désormais la logique d’une administration civile déguisée ou d’un contrôle militaire à bas coût. C’est pourquoi l’entité recourt à l’escalade lorsqu’elle sent son emprise s’éroder et lorsqu’elle constate que le modèle des camps de résistance pourrait s’étendre et gagner un soutien populaire et politique plus large.

Il existe également une dimension sioniste interne qu’il est impossible d’ignorer. Les gouvernements d’occupation génocidaire successifs, en particulier les plus extrémistes, utilisent la Cisjordanie comme un terrain d’expression pour apaiser l’opinion publique de droite et les colons. Chaque incursion d’envergure, chaque assassinat et chaque démolition de maison sont présentés, dans le contexte sioniste, comme une démonstration de détermination et de force. Cela signifie que la situation en Palestine est transformée en un instrument d’instrumentalisation politique interne, et non plus seulement en un enjeu de sécurité.

Ainsi les incursions israéliennes se transforment en un processus systématique visant à remodeler de force la sphère publique palestinienne.

En mars, les forces d’occupation ont mené 1 680 raids et incursions dans des villes, des villages et des camps de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, au cours desquels elles ont vandalisé des habitations et des biens. Ces raids ont conduit à l’arrestation de 1 037 Palestiniens, tandis que les bulldozers de l’occupation ont démoli 234 maisons et bâtiments, dont 23 maisons entièrement détruites.

« Pendant le mois de mars : il y eut 1 680 raids et incursions, l’arrestation de 1 037 Palestiniens, 234 maisons et bâtiments démolis, dont 23 maisons entièrement détruites. »

Impact des incursion sur la vie des gens

Parler des incursions en Cisjordanie uniquement en termes de chiffres ne rend pas compte à la réalité. Il y a des martyrs, des blessés et des détenus, dont le nombre varie quotidiennement ; mais l’impact le plus profond se manifeste dans les innombrables détails du quotidien. Un enfant est réveillé par le bruit de sa porte de sa maison qui explose. Un patient est empêché d’atteindre l’hôpital à cause des points de contrôle. Un étudiant manque l’université parce que la ville est assiégée. Un commerçant perd ses moyens de subsistance après la destruction d’une rue ou la fermeture de l’entrée principale de sa ville.

Bien que les forces d’occupation mènent des raids à différentes heures de la journée, les raids nocturnes et matinaux sont les plus violents car ils ont lieu pendant que les citoyens dorment, ceux-ci étant réveillés de force au milieu d’intimidations psychologiques et physiques.

Les militants des droits humains affirment qu’il ne s’agit pas de simples effets secondaires, comme l’occupation tente de le présenter, mais bien d’une composante intrinsèque de l’oppression elle-même. Lorsque l’occupation paralyse l’activité économique, épuise psychologiquement la population et contraint la société à vivre dans un état d’alerte permanent, les incursions deviennent un instrument de perturbation du quotidien des Palestiniens sous la contrainte. L’occupation ne cible pas seulement des individus ; elle s’attaque aux fondements mêmes de la vie normale.

« pas un simple raid passager, mais une guerre d’usure »

Dans les camps, la situation prend une tournure encore plus dramatique. Les ruelles étroites se transforment en champs de bataille, les réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement sont régulièrement détruits, et les habitants sont livrés à eux-mêmes face aux conséquences. Là se révèle une autre facette de l’incursion : non pas un simple raid passager, mais une guerre d’usure menée contre le territoire, la mémoire et la capacité même de survivre.

Objectifs politiques sous pretexte de sécurité

L’occupation brandit l’étendard de la sécurité, mais sur le terrain, elle met en œuvre des pratiques bien plus sinistres. Si l’objectif était véritablement axé sur la sécurité et était maîtrisé, nous n’assisterions pas – selon les défenseurs des droits humains – à cette généralisation des châtiments collectifs, à cet usage excessif de la force, ni à cette insistance sur l’humiliation quotidienne aux points de contrôle et lors des raids. La réalité indique que le véritable but est d’instaurer un rapport de force politique selon lequel tout environnement capable de résistance devra payer un lourd tribut collectif.

Cette approche n’est pas nouvelle, mais elle est aujourd’hui plus marquée. L’entité génocidaire cherche à empêcher que la Cisjordanie ne devienne un foyer de tensions permanent et se livre donc à une course contre la montre avec des frappes préventives et des incursions quasi quotidiennes. Cependant, cette logique recèle une contradiction, plus la répression est brutale, plus les motifs de colère se généralisent et plus la punition collective est sévère, plus la conviction se renforce que l’occupation ne comprend que le langage de la force et de la confrontation.

C’est là un facteur souvent négligé par les analyses sécuritaires sionistes : la société palestinienne n’est pas une masse passive qu’on peut soumettre indéfiniment. Si le peuple paie un lourd tribut et est pleinement conscient du déséquilibre flagrant des pouvoirs, l’expérience historique démontre également qu’une répression excessive n’engendre pas une stabilité durable. Elle peut certes instaurer un calme temporaire dans une région, mais elle sème les germes de l’explosion ailleurs.

Les camps des réfugiés,particulièrement visés

Ce n’est pas un hasard si les camps de réfugiés de Jénine, Nur Shams, Tulkarm et Balata ont été successivement au cœur des conflits. Dans la conscience palestinienne, un camp n’est pas simplement une zone résidentielle densément peuplée, mais un réservoir de mémoire nationale et un foyer de vives tensions face à l’occupation. Par conséquent, le cibler revêt une dimension autant symbolique que militaire.

Lorsque les forces d’occupation prennent d’assaut le camp, elles ne se contentent pas de poursuivre les résistants ; elles cherchent aussi à détruire le contexte même qui confère à la résistance son importance sociale et populaire. Elles veulent transformer le camp, symbole de la lutte pour le droit au retour et la dignité nationale, en un lieu misérable où seul compte la survie quotidienne. Or, cette tentative se heurte souvent à une réalité inverse : chaque agression d’envergure repolitise la société, rappelant aux jeunes générations la cause et l’essence du conflit.

Cela ne signifie pas que le prix à payer soit négligeable ni que la situation puisse être abordée sous le seul angle de l’émotion. Dans certains cas, les incursions parviennent à infliger des dommages considérables, à démanteler les réseaux locaux et à créer de profondes divisions socio-économiques. Mais même lorsque l’occupation obtient des gains limités sur le terrain, elle demeure incapable de légitimer véritablement sa présence ni de convaincre les Palestiniens que le maintien du statu quo est une voie sans danger.

Depuis janvier 2025, l’occupation a lancé une campagne militaire ciblant les villes, les camps et les villages de Cisjordanie.

« Cette campagne, toujours en cours, se concentre sur les villes de Jénine et de Tulkaram, et a entraîné le déplacement de milliers de citoyens, expulsés de force par l’armée. »

La Cisjordanie sous la pression militaire

La Cisjordanie d’aujourd’hui est bien différente de ce qu’elle était il y a quelques années. La fréquence des incursions, la multiplication des points de contrôle, l’expansion des colonies et l’escalade des attaques des colons sont autant de phénomènes interdépendants, et non isolés. Les incursions militaires facilitent l’installation des colons, qui bénéficient de la protection militaire, tandis que les communautés palestiniennes sont poussées vers un isolement et une fragmentation accrus.

En effet la géographie elle-même devient une cible. Les villes sont isolées de leurs villages par l’occupation, les villages sont coupés de leurs terres et les camps de réfugiés sont assiégés militairement et économiquement. L’objectif n’est pas seulement de répondre à un acte de résistance immédiat, mais de redessiner le paysage palestinien de manière à servir un contrôle à long terme. Par conséquent, ces incursions semblent s’inscrire dans un projet plus vaste visant à gérer une population sous le joug, plutôt qu’à apaiser véritablemen les tensions.

Il est important de ne pas simplifier à l’excès la situation. Toutes les régions de Cisjordanie ne subissent pas le même type d’incursion, et les formes de résistance populaire varient d’un endroit à l’autre en fonction des circonstances locales, organisationnelles et économiques. Cependant, un constat demeure clair : l’occupation cherche à maintenir sa domination sur le terrain en toutes circonstances et rejette tout espace palestinien hors de son contrôle direct.

Quelle est la prochaine étape ?

Les indicateurs ne laissent pas présager un déclin imminent. Tant que le gouvernement d’occupation restera prisonnier de l’illusion d’une action décisive et du recours à la force, et tant que les colons continueront d’attiser l’extrémisme, la Cisjordanie demeurera un terrain propice à des incursions fréquentes et peut-être même plus étendues. Le danger réside non seulement dans le nombre d’opérations militaires, mais aussi dans leur banalisation dans les médias et les sphères politiques, au point qu’elles apparaissent comme une réalité permanente que personne ne remet en question.

Mais il ne faut pas négliger le fait que cette normalisation même se heurte à une résistance palestinienne renouvelée. La société vivant sous occupation apprend elle aussi à préserver sa mémoire, à documenter les violations et à reproduire les outils de la résistance sous de multiples formes : soutien populaire, initiatives locales et défense du récit national face à la distorsion. Et c’est là que réside l’une des forces fondamentales des Palestiniens : l’occupation peut envahir le lieu, mais elle ne peut en contrôler le sens.

D’après les experts, la gestion des incursions sionistes en Cisjordanie ne saurait se limiter au simple suivi de l’actualité et au décompte des blessés et des arrestations, aussi importants soient-ils. Ils estiment qu’une analyse plus large est nécessaire pour appréhender le lien entre le terrain et la politique, entre la répression quotidienne et le projet de colonisation, entre le ciblage des camps, des villes et des villages et la tentative de briser la volonté collective palestinienne. Sans cette compréhension, le tableau restera souvent incomplet ou fragmenté.

Ce dont la Cisjordanie a besoin aujourd’hui dépasse le simple suivi des actions de l’occupation ; il lui faut réaffirmer sans cesse que cette agression n’est ni un phénomène naturel ni une mesure de sécurité exceptionnelle, mais bien la manifestation directe d’un projet colonial qui tente de s’imposer par la force. Chaque fois que l’occupation croit que la puissance de feu suffit à obtenir sa soumission, les Palestiniens lui rappellent que la terre envahie quotidiennement continue de produire ceux qui défendront son récit et ses droits.

Source : CPI
https://french.palinfo.com/…

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