Par nos journalistes

Samedi, des milliers de personnes ont défilé dans le centre de Paris contre l’assaut israélien sur Gaza et le soutien de Macron à cette campagne génocidaire. Vendredi soir, des centaines de personnes s’étaient également rassemblées place de la République lors d’une manifestation propalestinienne improvisée. 

Cette répression intervient alors que les manifestations en faveur de Gaza se poursuivent en Europe et dans le monde. Samedi, d’importantes mobilisations ont eu lieu à Londres, Berlin, Rome, Copenhague et Stockholm. Dimanche, des milliers de personnes ont défilé à Madrid. 

Si le Conseil d’État a annulé l’interdiction de toute manifestation pro-palestinienne proposée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, les préfets peuvent encore les interdire à leur guise, en déclarant qu’elles menacent l’ordre public. Même lors de manifestations légales, les manifestants risquent toujours d’être accusés d’ «apologie de terrorisme» du simple fait de porter un drapeau palestinien.

Néanmoins, une manifestation propalestinienne a été organisée à Châtelet, dans le centre de Paris, samedi à 14h30. Les organisateurs ont dû déposer un rencours en justice contre une première interdiction du préfet Laurent Nunez jeudi. Dans une tentative flagrante de justifier la répression prévue de la manifestation, le tribunal de Paris a annoncé que l’interdiction de la manifestation serait maintenue seulementune heure avant qu ’elle ne commence.

Forte d’une justification fabriquée de toutes pièces, la police a réprimé cette manifestation pacifique. Les forces de l’ordre ont frappé et chargé les manifestants, et les ont dispersés à l’aide de lacrymogènes ; certains ont été nassés et puis verbalisés en masse. Certains supporters internationaux de rugby présents à Paris pour la finale de la Coupe du monde de rugby samedi soir ont aussi été pris dans les cordons de police. 

En fin de soirée, 21 personnes avaient été arrêtées et 1.487 personnes avaient reçu une amende de 135 euros, soit 200.000 euros de recettes pour les flics parisiens ! Puisqu’on doit aussi présenter une pièce d’identité avec photo et une adresse personnelle en recevant une amende, toutes les personnes verbalisées seront inscrites sur les registres de la police. 

Les arrestations et les amendes de samedi s’inscrivent dans le cadre d’une campagne visant à criminaliser l’opposition politique en France et dans toute l’Europe. 

Plus de 200 personnes ont été arrêtées pour des actes d’antisémitisme non spécifiés depuis le soulèvement palestinienne du 7 octobre. Parmi elles, le responsable de l’Union juive française pour la paix pour avoir organisé une manifestation propalestinienne à Strasbourg. Le Nouveau parti anticapitaliste et Danièle Obono, députée de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, font l’objet de poursuites judiciaires pour «apologie du terrorisme» en raison de leurs critiques au soutien inconditionnel du gouvernement français à Israël. 

Darmanin a aussi menacé les ressortissants étrangers qui manifestent contre le génocide à Gaza. 

Il continue à dénoncer publiquement le footballeur français, Karim Benzéma, allant même jusqu’à remettre en cause son droit à avoir une opinion politique. En visite à Abu Dhabi mercredi, il a déclaré: «Nous pouvons nous demander ce que fait un footballeur en tweetant une opinion politique et que, lorsqu’il [Benzema] le fait, il le fait de manière sélective… Je pense personnellement qu’il cache quelque chose et que ne pas le voir, c’est être naïf». 

La semaine dernière, Darmanin a accusé le footballeur d’être lié aux Frères musulmans. Le tweet initial de Benzéma disait simplement que les bombardements israéliens n’épargnaient pas «les femmes et les enfants».

Les footballeurs originaires de pays à majorité musulmane sont pris pour cible dans toute l’Europe. Le footballeur néerlandais Anwar El Ghazi a vu son contrat avec le club allemand de Mayence résilié pour avoir refusé de s’excuser pour un post Instagram qui déclare que «[l’assaut israélien n’est] pas un conflit et ce n’est pas une guerre. Il s’agit d’un génocide et d’une destruction massive, et nous en sommes les témoins en direct».

La chasse aux athlètes qui expriment leur soutien pour le peuple palestinien vise à créer une atmosphère d’intimidation dans l’ensemble de l’Europe, alors que les gouvernements capitalistes du continent soutiennent pleinement la campagne génocidaire d’Israël dans la bande de Gaza. 

Le WSWS a interviewé des étudiants qui ont dénoncé la campagne génocidaire contre les Gazaouis et la répression des manifestations propalestiniennes. 

Sophie a dit: «Il faut que ça s’arrête, c’est un génocide là-bas. Il y a eu beaucoup d’étapes qui ont été franchies par le gouvernement israélien qui démontrent, comme leur langage d’ailleurs, que leur intention est de détruire la population de Gaza.» 

Elle a rejeté l’argument du gouvernement français selon lequel toute opposition à la guerre menée par l’État d’Israël contre le peuple palestinien est nécessairement antisémite et dictée par la haine du peuple juif. Elle a déclaré: «C’est un amalgame. On peut être contre les actions de ce gouvernement sans être antisémite et en étant solidaire des deux peuples».

Pedro, un scientifique espagnol travaillant à Paris, a dit: «Je suis très déçu, beaucoup de manifestations sont interdites en France… Je suis très déçu par de nombreux pays d’Europe en ce moment, car ils n’œuvrent pas en faveur des droits de l’homme à Gaza. Lorsque j’ai visité l’Allemagne, je suis allé dans les camps de concentration et j’ai eu l’impression qu’ils n’avaient rien compris à leur histoire. Aujourd’hui, ils ne se préoccupent que de la vie des Juifs, et bien sûr, c’est important, mais beaucoup d’autres personnes meurent en ce moment ou souffrent énormément.»

«Le terrible génocide du XXe siècle ne peut pas justifier un génocide au XXIe siècle», a dit Pedro, avant d’ajouter: «L’Europe ne respecte pas ses propres valeurs. On m’a éduqué et enseigné que l’Europe était une affaire de valeurs, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce qui se passe aujourd’hui est fascisant. Tout tourne autour de la géopolitique, du pouvoir et pas du tout autour des droits de l’homme».

Il a souligné sa solidarité avec les manifestations dans le monde entier contre le génocide à Gaza: «C’est la chose la plus digne que les gens puissent faire contre les gouvernements qui se comportent de manière fascisante. Je crois en la solidarité internationale de pareils gouvernements, contre les classes dirigeantes qui ne cherchent que leur propre intérêt. Ces gouvernements ne font pas ce qui est juste, ils ne respectent pas les valeurs qu’ils disent nous enseigner, ils soutiennent l’agresseur. Je suis très déçu et très inquiet que nous ne puissions même pas manifester».

Pedro a souligné sa déception à l’égard du gouvernement de coalition espagnol entre le Parti socialiste (PSOE) et le parti de pseudo-gauche Podemos: «J’aimerais qu’ils soient plus progressistes, mais ce n’est clairement pas le cas. Je suis très déçu par ce gouvernement, par leur politique sur le Sahara occidental… Ils ne sont pas ce dont les travailleurs du monde ont besoin, ils me déçoivent beaucoup».

Les manifestations de ce week-end en Europe, au Moyen-Orient, en Inde et en Amérique du Nord montrent que l’opposition populaire à l’assaut israélien et à l’OTAN grandit. Ce mouvement doit chercher à gagner le soutien de la classe ouvrière, à la mobiliser et à mener une lutte consciente contre l’establishment politique capitaliste afin de stopper l’escalade de la guerre au Moyen-Orient.

Source : WSWS
https://www.wsws.org/fr/…