Rapport du CPI

Centre Palestinien de l’Information

La réouverture de la colonie de Sanur par l’occupation sioniste ne se limitait pas à quelques bâtiments perchés sur une colline isolée du nord de la Cisjordanie. Il s’agit plutôt d’une décision porteuse d’un message politique clair : ce qui avait été évacué sous la pression de calculs antérieurs peut désormais être rétabli par la force des armes et l’imposition de la loi sur le terrain. Par conséquent, Sanur ne doit pas être perçu comme un simple fait divers local concernant uniquement Jénine, mais comme une illustration frappante d’une phase sioniste plus agressive, visant à transformer la politique de colonisation, d’une expansion progressive, en un projet manifeste de remodelage de la géographie palestinienne par le contrôle, l’isolement et la fragmentation du territoire occupé.

Sanur ne peut être dissociée de la vague plus large d’expansion des colonies sionistes, puisque les autorités d’occupation ont approuvé un nombre sans précédent en une seule année.

Ces deux dernières années, la Cisjordanie et Jérusalem ont connu une escalade sans précédent de la colonisation, simultanément  8 691 attaques sont recensées de colons contre des Palestiniens et leurs biens. Durant cette même période, l’approbation de milliers de nouveaux logements dans les colonies s’est accélérée, de même que la déclaration de dizaines de milliers de dounams comme « terres domaniales », dont plus de 26 000 dounams déclarés depuis fin 2022 – une superficie équivalente à environ la moitié des terres confisquées par ce mécanisme depuis les accords d’Oslo.

Sanour se situe au sud de Jénine, dominant une zone palestinienne sensible qui regroupe des villes et des villages reliés par un réseau agricole et de transport essentiel. Cette colonie était l’une des quatre colonies du nord de la Cisjordanie évacuées en 2005 dans le cadre du plan de désengagement, avec Homesh, Kadim et Ganim.

Aujourd’hui, Sanur est de nouveau sous les feux des projecteurs car le mouvement de colonisation sioniste n’a jamais considéré son évacuation comme une décision définitive. Au contraire, il a toujours perçu cette décision comme une « erreur » qu’il convenait de corriger. D’où le danger que représente toute discussion sur la réouverture de la colonie de Sanur : cela révèle une volonté systématique de discréditer toute décision, même antérieure, sioniste, si elle entre en conflit avec le projet d’annexion et d’expansion.

Avant son démantèlement en 2005, Sanur comptait environ 43 familles de colons, soit plus de 100 colons, ce qui fait de sa renaissance aujourd’hui un message politique qui dépasse sa taille démographique réelle.

Le gouvernement sioniste actuel représente l’adoption la plus extrême et la plus explicite du programme des colons ; en effet, l’extrême droite sioniste gouverne et contrôle désormais les décisions de l’occupation. Ce qui était auparavant mis en œuvre progressivement, ou sous de vagues prétextes sécuritaires et juridiques, est maintenant présenté comme faisant partie d’un projet d’annexion et de déplacement de population. En effet, les colonies évacuées du nord de la Cisjordanie sont devenues des cibles relativement faciles pour le mouvement des colons, qui cherche à établir une équation simple : pas de retrait des terres occupées, et pas de gel d’un projet de colonisation qui considère chaque pouce de Cisjordanie comme un champ de bataille à conquérir.

La réouverture de Sanour est indissociable d’un projet visant à isoler les gouvernorats palestiniens les uns des autres, les transformant en cantons assiégés au sein de zones géographiques isolées. C’est pourquoi la colonisation s’accompagne d’incursions accrues, d’un renforcement des points de contrôle et de la mise en place d’une ceinture de colonies qui contrôlent les routes, la circulation et l’accès aux terres. Dans ce contexte, une colonie n’est pas un simple quartier résidentiel, mais un point de contrôle militaire et un instrument politique permettant d’imposer durablement une réalité sur le terrain.

Le système de points de contrôle disséminés en Cisjordanie révèle la nature du contrôle que l’occupation exerce sur la vie quotidienne des Palestiniens. Selon le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), publié en avril 2026, au moins 925 points de contrôle sionistes ont été recensés, fragmentant la Cisjordanie et engendrant une humiliation quotidienne systématique fondée sur l’agression, les meurtres, le harcèlement, les files d’attente interminables, les fouilles, les refus arbitraires et l’entrave à l’accès aux soins médicaux, à l’éducation et à l’emploi. Il s’agit d’une structure coloniale, gérée par le béton, les portes et les armes, dont l’objectif est de transformer le territoire occupé en enclaves isolées, facilitant ainsi le contrôle de ses habitants et étouffant leur avenir.

Le vrai objectif de l’entité coloniale

L’objectif principal est de rétablir une présence dans une zone d’où les colons avaient été expulsés. Ce retour à Sanur revêt une forte valeur symbolique, car il réfute l’idée que les colonies puissent être démantelées sous la moindre pression politique ou territoriale.

Le second objectif est de contrôler les reliefs et les carrefours routiers. Les colonies en Cisjordanie ne sont pas construites au hasard, mais selon une logique de contrôle territorial, de coupure des communications entre les villages et les villes palestiniennes, et de mise sous surveillance et menaces de toute expansion urbaine ou agricole palestinienne.

Le troisième objectif est de tester les réactions. L’entité occupante sait que la réouverture des colonies évacuées du nord de la Cisjordanie se heurtera à un rejet massif de la part des Palestiniens, mais il cherche simultanément à évaluer les limites de la position internationale et la capacité de l’opinion publique palestinienne à imposer des conséquences politiques et concrètes à cette initiative. Si le cas de Sanour est accepté avec un minimum de pression, il pourra servir de modèle et être reproduit ailleurs.

Toute discussion sur la réouverture de la colonie de Sanur se traduit concrètement par de nouvelles restrictions imposées aux Palestiniens vivant à proximité. L’expérience des colonies en Cisjordanie confirme ce même schéma : tout commence par un avant-poste de colonisation ou un retour symbolique, suivis de routes militaires, de restrictions d’accès aux terres agricoles, d’une escalade des attaques de colons, puis de l’imposition sur le terrain d’une situation de plus en plus difficile à inverser avec le temps.

Les villages environnants seront confrontés à une double menace. D’une part, le risque de confiscation des terres ou d’interdiction de les exploiter sous prétexte de sécurité. D’autre part, le quotidien se transforme en un cycle d’usure : barrages routiers, fouilles, fermetures soudaines et attaques saisonnières récurrentes pendant la récolte des olives, le pâturage et autres périodes d’élevage. Il ne s’agit pas d’effets secondaires, mais bien d’une composante intégrante du processus de colonisation, conçu comme un outil d’expulsion progressive des Palestiniens de leurs terres.

De plus, la région sud de Jénine est particulièrement sensible en raison de son lien avec une vaste zone agricole et vitale. Toute activité de colonisation y affectera les déplacements internes entre les villes, l’accès des habitants à leurs terres et le sentiment général de sécurité, dans un contexte où les armes des colons sont souvent utilisées sous la protection de l’armée d’occupation, et non de manière indépendante.

D’après les données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), environ 1 680 attaques perpétrées par des colons contre des Palestiniens en Cisjordanie ont été recensées en 2025, faisant des victimes et causant des dégâts matériels – un des taux les plus élevés enregistrés depuis le début du suivi par l’ONU. Cette escalade s’est poursuivie à un rythme soutenu en 2026, avec plus de 580 nouvelles attaques recensées début avril dans plus de 190 localités palestiniennes. Ces attaques comprenaient des fusillades, des incendies criminels de maisons et de véhicules, la destruction de terres agricoles et le déplacement forcé de populations dans de vastes zones rurales.

Les gouvernements israéliens tentent généralement de dissimuler leurs activités de colonisation sous un amas de décisions administratives et de lois locales. Or, ces formulations ne changent rien à une vérité fondamentale : la colonisation des territoires palestiniens occupés est illégale au regard du droit international . Paradoxalement, l’entité utilise fréquemment son propre droit interne pour contester la légitimité internationale, puis présente cette contestation comme une simple question de réglementation administrative ou de débat interne au parti.

Dans le cas de Sanur, il est évident que la législation israélienne est instrumentalisée au service d’un projet colonial. Au lieu de servir à endiguer les attaques de colons ou à stopper les confiscations de terres, la loi devient un outil d’expansion du contrôle et de l’agression. C’est là le fond du problème : il ne s’agit pas d’un simple conflit foncier, mais bien d’une structure d’occupation qui élabore ses propres lois pour consolider les acquis par la force.

La réouverture de la colonie de Sanur révèle que le gouvernement occupant ne dissimule plus sa politique d’annexion rampante. Les discours sur une « solution politique » ou une « gestion du conflit » ne peuvent plus masquer la réalité. Un projet est en cours pour remodeler le territoire au profit des colons, forçant les Palestiniens à se déplacer par une agression sioniste continue qui s’attaque à tous les aspects de leur vie, ou les contraignant à vivre dans des enclaves isolées, soumises à des raids constants, à une surveillance permanente et à des punitions collectives.

Cela révèle que la droite coloniale estime que le contexte politique lui est favorable. Elle agit avec une confiance accrue, confortée par une rhétorique religieuse et nationaliste extrémiste, le soutien direct du gouvernement et une faiblesse manifeste du système de responsabilité internationale.

Pas exactement. S’il est vrai que le rapport de forces sur le terrain favorise l’occupation, l’expérience palestinienne démontre que l’imposition de faits concrets ne garantit pas leur pérennité. De nombreux projets de colonisation ont été bloqués, retardés ou transformés en foyers de tensions permanents en raison de la détermination de la population locale, de sa présence continue sur ses terres, des actions juridiques et médiatiques entreprises, de la pression publique constante et de toutes les formes de résistance.

Mais ce serait également une erreur de sous-estimer la gravité de la situation. L’entité génocidaire a intérêt à créer un chaos généralisé à l’échelle mondiale, à saper le système international et à présenter la colonisation comme un problème secondaire par rapport aux questions de guerre et de sécurité régionale.

Pour une analyse palestinienne sérieuse de cette question, il est essentiel de comprendre que les colonies ne relèvent pas de négociations différées, mais constituent une atteinte quotidienne à la présence nationale. La réouverture d’une colonie précédemment évacuée signifie que l’occupation franchit un nouveau cap : non contente de ce qu’elle a confisqué, elle retourne dans les zones évacuées pour les réoccuper avec une audace encore plus grande.

Cela implique de considérer la colonisation comme un enjeu permanent d’engagement politique, médiatique et populaire. L’objectif n’est pas seulement de documenter le danger, mais d’en exposer toute la logique : transformer le colon en propriétaire légitime et le Palestinien en défendeur sur sa propre terre. Mettre en lumière l’impact de ces actions sur le quotidien des populations demeure un élément crucial de cette confrontation, car la colonisation réussit lorsqu’elle est réduite à des cartes et des statistiques, alors que sa véritable nature est une attaque directe contre les personnes, la terre et la mémoire.

Le succès de ce projet de colonisation encouragera les colons à en réclamer davantage, car la logique du mouvement de colonisation repose sur l’accumulation, et non sur la suffisance. Chaque avant-poste devient une base de départ pour un autre, chaque route militaire se transforme ensuite en corridor de colonisation, et toute interdiction temporaire d’accès aux terres palestiniennes est destinée à devenir permanente.

Par conséquent, Sanour n’est pas seulement un nom qui refait surface dans l’actualité, mais un signal d’alarme quant à ce qui est prévu pour toute la partie nord de la Cisjordanie. La réponse la plus efficace consiste à rétablir la vérité : il s’agit d’une terre palestinienne, et toute colonisation y est un acte d’agression, quelles que soient les évolutions juridiques ou gouvernementales. Ce qui est imposé par la force reste une cible à la résistance sous toutes ses formes et à la fermeté, et tant que les propriétaires terriens s’accrocheront à leurs droits, ils ne pourront être déracinés.

Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…

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