Rapport du CPI
Centre palestinien de l’information
Les positions de Nikolay Mladenov – qui entretient des relations exceptionnelles avec les administrations américaine et celle de l’entité génocidaire– ne constituent toujours pas un changement significatif dans la nature des médiations internationales relatives à la bande de Gaza, d’autant plus qu’elles ne sont plus pratiquées comme des outils neutres pour atténuer les crises, mais plutôt utilisées comme moyens de pression au service d’agendas politiques, notamment dans les contextes américain et sioniste.
Le rôle de Mladenov apparaît comme un modèle de cette transformation, car l’analyse révèle son passage de la position de médiateur à celle d’acteur contribuant à la gestion de la crise en instrumentalisant les besoins humanitaires comme monnaie d’échange, aggravant ainsi les souffrances de la population au lieu de s’efforcer de les résoudre.
Gérer la crise au lieu de la résoudre

Le chercheur et analyste politique Wissam Afifa a confirmé que le comportement de Nikolay Mladenov dans le dossier de Gaza ne relève plus seulement d’un parti pris politique traditionnel, mais reflète plutôt un changement fonctionnel clair : d’une gestion d’un processus de désescalade censé commencer par des préoccupations humanitaires, à une gestion d’une crise dans laquelle les besoins fondamentaux sont utilisés comme moyen de pression.
Il a ajouté que le problème n’est plus le manque de solutions, mais plutôt l’obstruction à l’utilisation de celles qui sont facilement accessibles. Il a expliqué que des dossiers logistiquement complets existent sur le terrain et n’attendent qu’une « décision politique ». Il a souligné que la centrale électrique de Gaza est prête à fonctionner, que les lignes électriques sont en place et que le besoin est évident, mais que la décision reste reportée, non pas pour des raisons techniques, mais parce que la question n’a pas été utilisée de manière « appropriée » dans le cadre des négociations, perpétuant ainsi les coupures d’électricité comme moyen de pression.
Dans le dossier relatif aux déchets, Afifa a décrit une situation plus grave, indiquant que le secteur devrait mobiliser 50 camions par jour pendant seulement six mois pour évacuer l’accumulation catastrophique, compte tenu de la disponibilité des terrains et des plans. Cependant, l’accès aux décharges, notamment à « Sufa », reste perturbé par une décision politique non déclarée, créant un terrain propice aux épidémies et transformant le dossier humanitaire en un outil de chantage silencieux.
Il a souligné que les Nations Unies, pour leur part, tentent de se coordonner avec Mladenov et son équipe de technocrates dans une marge étroite, notant que leur plan humanitaire pour 2026, d’un montant de 4 milliards de dollars, n’a reçu que 18 % de son financement, ce qui signifie que les interventions actuelles relèvent de la « gestion de crise » plutôt que de la « résolution de crise ».
Utiliser les droits à des fins politiques
Il a expliqué que les priorités, au lieu de s’orienter vers la mise en œuvre des exigences de la première phase du cessez-le-feu, telles que l’électricité, le carburant, les déchets et les secours, se sont tournées vers des dossiers politiques, notamment le désarmement de la résistance.
«Réarrangement de l’ordre des priorités, de « sauver des vies » à « repenser une réalité sécuritaire et politique ».
Il a expliqué que ce changement ne semble pas être aléatoire, car des sources sur le terrain indiquent un schéma récurrent fondé sur des retards délibérés dans le traitement des dossiers humanitaires, contrairement à une pression accrue sur les questions politiques sensibles, ce qui revient à utiliser le « besoin humanitaire » comme levier pour imposer des concessions politiques.
Afifa a conclu que la nature du rôle a changé, le médiateur n’étant plus un médiateur au sens traditionnel du terme, mais plutôt une partie qui redéfinit les règles du jeu en reportant ce qui peut être accompli immédiatement et en présentant ce qui est censé être fait plus tard, compte tenu d’une réalité dans laquelle Gaza traverse une phase de « gestion de la pression lente », durant laquelle l’électricité, le carburant et même les déchets sont utilisés comme monnaie d’échange, ce qui soulève la question de savoir qui profite du maintien de la crise non résolue.
Les buts américano- sionistes façonnent la diplomatie à Gaza

Pour sa part, l’écrivain et analyste politique Fayez Al-Suwaiti estime que le rôle de Nikolay Mladenov dépasse le cadre de la médiation traditionnelle, jusqu’à adopter des approches politiques reflétant les orientations américaines et celle de l’entité sionistes dans la conduite des négociations.
Il ajoute que Mladenov n’agit pas en médiateur neutre entre les parties, mais s’inscrit plutôt dans un système politique plus large, soulignant que « les idées avancées en son nom sont préparées dans les cercles politiques de Tel-Aviv, puis présentées sur les plateformes internationales ou onusiennes sous des titres diplomatiques ».
Il poursuit en affirmant que les déclarations attribuées à Mladenov, qui évoquent notamment la possibilité d’un retour de l’entité génocidaire à la guerre si le Hamas n’accepte pas de remettre les armes de la résistance, constituent une forme de pression politique directe sur les factions palestiniennes, dans le but de les pousser à faire des concessions substantielles sur des questions que la résistance considère comme essentielles à tout règlement potentiel.
Réformer l’équilibre des négociations
Dans ce contexte, Al-Suwaiti souligne que ce discours est indissociable d’une tentative de remodeler l’équation des négociations, en imputant l’impasse à une seule partie tout en occultant le rôle de l’occupation dans l’obstruction à la mise en œuvre des engagements antérieurs et le retardement de l’application du cessez-le-feu. Il note également que les factions palestiniennes abordent ces négociations avec une extrême prudence, conscientes des intentions cachées qui sous-tendent certaines propositions internationales. Ceci les contraint à adopter une politique flexible, fondée sur des manœuvres politiques, visant à préserver leur levier d’influence, notamment la question des armes, qu’elles considèrent comme un élément stratégique dans tout futur accord.
Al-Suwaiti conclut que de telles déclarations, malgré leur effet d’accroître la pression politique et médiatique sur la résistance, n’entraîneront pas nécessairement un changement radical dans les positions des factions qui, selon lui, disposent encore d’atouts capables de contrôler le rythme de la gestion de toute escalade potentielle, que ce soit au niveau politique ou sur le terrain.
Il convient de noter que les positions et déclarations de Mladenov révèlent une tendance à exercer des pressions partiales, en retardant la résolution des problèmes humanitaires fondamentaux au profit de la promotion d’objectifs politiques et sécuritaires. Ceci témoigne d’une adoption d’approches conformes à la vision américaine et sioniste de la gestion du conflit.
Au lieu de contribuer à l’apaisement de la crise, cette médiation, selon cette perspective, la reproduit sous une forme plus complexe en instrumentalisant des besoins essentiels comme l’électricité et l’aide humanitaire à des fins de chantage politique. Ce faisant, elle perpétue la réalité de la « gestion de crise » et expose les souffrances à Gaza à une escalade inéluctable.
Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…
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