Par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias
Nous n’étions jusqu’ici ni pour ni contre.
Soit, elle a signé un appel en appui à la scélérate proposition de loi Yadan. Avait-elle pris le temps de la lire, cette loi ?
Avait-elle bien réfléchi avant de signer un texte qu’elle n’avait pas écrit ? On lui avait peut-être dit : c’est contre l’antisémitisme. Et elle avait répondu : OK. Ça n’est franchement pas malin. Quant à aller jouer au sein de la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv, dans le cadre du mois des fiertés, en juin 2025, pendant que Gaza continuait à vivre l’enfer, ça n’était sûrement pas très malin non plus.
Mais que représente, politiquement, Barbara Butch ? Qu’est-ce que ses errements personnels ont apporté à Israël ? Strictement rien. Elle en avait assez bavé avec la grossophobie, le sexisme, la LGBTphobie… et l’antisémitisme. Fallait-il en rajouter ?
Soutenir les militants #LFI de Grenoble ?
Ce genre de coup d’éclat n’a qu’un intérêt : pas celui de faire avancer la question palestinienne, juste celui de donner une visibilité momentanée à quelques militants et de provoquer un scandale aux retombées plus que douteuses.
Nous, Juifs soutiens de la cause palestinienne, sommes simplement des Juifs qui, compte tenu de leur histoire, et de l’idée qu’ils se font de leur devoir (de Juifs, mais pas seulement), exigent la justice pour les Palestiniens et la paix dans la coexistence pour les deux peuples. Nous ne sommes ni des saints, ni des justes, ni des purs.
Il y a bien sûr des personnes et des institutions avec lesquels nous refuserons de coopérer tant qu’elles afficheront leur soutien à la politique d’Israël et s’obstineront de fonder ce soutien sur une négation de la Nakba, de la réalité des massacres commis à Gaza, de la nature des exactions perpétrées en Cisjordanie.
Mais nous n’avons qu’un but : convaincre un maximum de gens, y compris… Barbara Butch. Sans renoncer à rien de ce qui nous fait juifs, qui n’est certes pas une israélophilie béate, mais pas davantage un diasporisme abstrait. C’est bien sûr plus compliqué que de balancer des bouteilles sur une scène.
Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias
Source : La page FB de l’auteur
https://www.facebook.com/jeanchristophe.attias

