Un épais panache de fumée s’élève d’un dépôt pétrolier touché par une frappe américano-israélienne à Téhéran,
en Iran, le dimanche 8 mars 2026. [AP Photo/Vahid Salemi]

Par Andre Damon

Dimanche, les États-Unis et l’Iran ont annoncé un accord de cessez-le-feu dans la guerre déclenchée par l’administration Trump le 28 février. Malgré le massacre de plus de 3 000 Iraniens et le déclenchement d’une crise alimentaire et énergétique mondiale, les États-Unis n’ont pas atteint les objectifs qui les avaient poussés à s’engager dans ce conflit.

Un « mémorandum d’entente » a été signé électroniquement dimanche, et une cérémonie de signature officielle est prévue vendredi en Suisse. Ce cadre de 60 jours prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée du blocus naval américain et la suspension immédiate des opérations militaires, y compris au Liban. Il engage les deux parties à des négociations ultérieures sur le programme nucléaire iranien, les sanctions et la sécurité régionale.

Il demeure incertain si cet accord va durer. Le texte intégral n’a pas été rendu public. L’Iran affirme que quelque 25 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés ont été dégelés, ce que les États-Unis contestent. Trump a réaffirmé que « l’Iran ne possédera jamais l’arme nucléaire » et a averti que les États-Unis « pourraient attaquer à nouveau l’Iran si les négociations échouent ». Israël, non signataire de l’accord, l’a rejeté et a poursuivi ses frappes sur le Liban le même jour.

Quoi qu’il en soit, ce résultat constitue un fiasco retentissant pour l’impérialisme américain. C’est comme si une brute de cour d’école cherchait la bagarre et s’en sortait avec un œil au beurre noir. Le gouvernement iranien reste au pouvoir. Son programme nucléaire est intact. Le résultat le plus concret est la réouverture du détroit d’Ormuz, un retour au statu quo d’avant-guerre.

Il existe un gouffre monumental entre la fanfaronnade avec laquelle la guerre a été lancée et la réalité de son issue. Trump avait promis que la guerre prendrait fin avec la « capitulation sans condition » de l’Iran. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré le 2 mars que les États-Unis menaient « la campagne aérienne la plus meurtrière de l’histoire », sans « règles d’engagement absurdes ». Quelques jours plus tard, il promettait aux journalistes « la mort et la destruction venues du ciel, toute la journée ».

Après avoir passé l’année à tenter de renverser le gouvernement iranien et avoir appelé les Iraniens en février à « prendre le pouvoir », Trump a déclaré dimanche au Wall Street Journal : « Je ne me suis jamais soucié du changement de régime. »

Les médias regorgent de commentaires sur la défaite de l’impérialisme américain. Le Wall Street Journal parle d’un « repli stratégique qui n’a pas permis d’atteindre ses objectifs de guerre ». C’est la démonstration opérationnelle, aux yeux du monde entier, que la période de domination américaine incontestée, qui a débuté avec la dissolution de l’URSS en 1991, est révolue.

La dimension politique de la réaction de la classe dirigeante américaine est bien illustrée par l’éditorial du New York Times, qui se fait le porte-parole du Parti démocrate, sous le titre « Le président Trump a perdu cette guerre ». Le Times ne s’inquiète pas tant du fait que la guerre ait été menée par des massacres et des assassinats, mais plutôt de son échec.

« M. Trump a commis une terrible erreur en déclenchant cette guerre », affirme l’éditorial. « Il l’a menée de façon inconsidérée et au mépris flagrant du droit. Les États-Unis en sortent affaiblis – militairement, diplomatiquement et économiquement – et en subiront les conséquences stratégiques pendant des années. » Le Times déplore que « tout bien considéré, l’Iran sort vainqueur stratégique de cette guerre de quatre mois ». L’armée américaine « s’est montrée incapable de vaincre un adversaire bien plus faible, alors même qu’elle a épuisé une grande partie de son arsenal de missiles de précision à longue portée et d’intercepteurs. Ce résultat compromet la capacité du pays à dissuader d’autres adversaires potentiels. »

La solution proposée par l’éditorial se résume à ceci : « Le Pentagone devra lui aussi se moderniser et se préparer aux guerres futures. »

Les guerres futures. Le Times tient pour acquis le cadre d’une confrontation impériale permanente, notamment avec la Chine et la Russie, pour lequel le Pentagone doit « se moderniser et se préparer ». Seule la compétence avec laquelle ce cadre est appliqué est remise en question.

La réaction des démocrates au Congrès s’inscrit dans ce même cadre. Le sénateur Chris Murphy a qualifié l’accord de « capitulation face à l’Iran ». Le représentant Seth Moulton l’a décrit comme « un acte de capitulation de Donald Trump au guide suprême iranien ». Le sénateur Jack Reed a déploré que les États-Unis obtiennent «moins que ce que nous avions avec le JCPOA », l’accord nucléaire de l’ère Obama. Les démocrates ont soutenu la guerre dès son déclenchement. Ils ne s’en plaignent aujourd’hui que parce qu’elle s’est terminée sans que l’Iran soit anéanti.

L’opposition populaire à la guerre était immense, mais elle n’a trouvé aucune expression dans le cadre de la politique officielle.

La fin de cette phase du conflit ne signifie pas la fin de la guerre. L’impérialisme américain préparera de nouvelles guerres pour asseoir sa domination. L’accord de Vienne de 2015, établi sous Obama, a été dénoncé par Trump en 2018, ouvrant la voie à la guerre de 2026. Le cessez-le-feu de 2026 préparera lui-même le terrain pour la guerre qui suivra.

Cependant, les conséquences les plus importantes de ce fiasco se feront sentir aux États-Unis.

La guerre a été déclenchée, en partie, pour tenter d’enrayer le déclin structurel du capitalisme américain. La Banque centrale européenne a annoncé ce mois-ci que l’or a dépassé l’euro pour devenir la deuxième réserve mondiale, représentant 27 % des réserves mondiales, contre 20 % un an auparavant. La dette fédérale a franchi la barre des 100 % du PIB en mars pour la première fois depuis 1946. L’échec de la guerre a accéléré la chute du dollar et aggravé la crise structurelle que le conflit était censé résoudre.

La guerre a été déclenchée dans un contexte de tensions sociales croissantes. Dans les semaines précédant le début des hostilités, les manifestations de masse contre l’ICE se sont intensifiées après le meurtre de Renée Nicole Good, une poétesse de 37 ans, et d’Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, par des agents fédéraux à Minneapolis. Le déclenchement de la guerre par l’administration Trump visait, entre autres, à canaliser cette opposition grandissante vers un élan patriotique belliciste.

L’opposition sociale va désormais s’amplifier et se concentrer de plus en plus au sein de la classe ouvrière. Les ouvriers de l’usine de pièces automobiles American Axle se sont mis en grève ce mois-ci. Des cheminots, des employés d’abattoirs, des enseignants et des infirmières ont également débrayé. Wall Street a progressé dimanche suite à l’annonce de l’accord, mais les prix des carburants et des denrées alimentaires restent bien supérieurs à leurs niveaux d’avant-guerre. L’inflation des dépenses de consommation personnelle (PCE) a atteint 3,8 %, son rythme le plus rapide depuis 2021. Le moral des consommateurs est au plus bas, pire qu’au moment de la Grande Récession ou de la pandémie.

Les travailleurs ont absorbé le coût de la guerre par la hausse des prix, tandis que les grandes entreprises en ont profité. L’impact économique alimentera les conflits de classes pour les années à venir, aux États-Unis comme à l’international. La même crise qui engendre la guerre est à l’origine d’un mouvement mondial de la classe ouvrière contre elle.

L’administration Trump répondra à l’aggravation de l’opposition sociale par les méthodes qu’elle a déjà employées : rafles de l’ICE, infrastructures de détention de masse, déploiement de la Garde nationale contre les manifestations intérieures, criminalisation de l’opposition politique et consolidation du pouvoir d’État autoritaire. La défaite en Iran n’infléchira pas cette trajectoire, mais l’intensifiera. La classe dirigeante américaine, confrontée à l’échec de son offensive impérialiste à l’étranger, se retournera avec une violence renouvelée contre la classe ouvrière aux États-Unis.

La tâche consiste à construire un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière, international dans sa portée, socialiste dans son programme et politiquement conscient dans ses objectifs.

Source : WSWS
https://www.wsws.org/fr/…

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