Par Manlio Dinucci
Le dramatique scénario mondial est représenté par le courant dominant politico-médiatique comme une sorte de scène où se trouvent les principaux acteurs sur la base de leurs divers caractères, avant tout Donald Trump en habit de protagoniste. Qu’arrive-t-il sous tout cela ?
Le dramatique scénario mondial est représenté par le courant dominant politico-médiatique comme une sorte de scène où se trouvent les principaux acteurs sur la base de leurs divers caractères, avant tout Donald Trump en habit de protagoniste.Et voici Trump qui attaque le Pape en le définissant comme “faible et très mauvais en politique étrangère”, épaulé par le vice-président Vance qui soutient que “le Pape devrait être prudent quand il parle de théologie”. Et voici Trump qui publie sur son réseau social Truth (Vérité) son portrait en habit de Jésus et sur un réseau de soutiens une autre image qui le représente protégé par Jésus. Le Pape Léon XIV, sans nommer directement Trump, déclare que “Dieu, déchiré par les guerres, n’est pas avec les dominateurs” et que “les disciples de Christ ne sont jamais du côté de ceux qui autrefois brandissaient l’épée et aujourd’hui larguent les bombes”. Et voici de nouveau Trump qui, quand Meloni définit comme “inacceptables” ses paroles sur le Pape, se déclare “choqué” ajoutant “je pensais que Meloni avait du courage”. Puis Trump en rajoute une dose en déclarant : “Avec ceux qui refusent notre aide nous n’avons plus le même rapport”. Trump passe sous silence le fait que Sigonella et d’autres bases en Italie sont de plus en plus utilisées par les États-Unis pour la guerre contre l’Iran.
Qu’arrive-t-il sous tout cela ? Comment explique-t-on que Trump d’abord attaque l’Iran avec l’objectif de rouvrir le Détroit d’Ormuz (bloqué par l’Iran en riposte à l’attaque étasunienne) et maintenant le même Trump bloque le Détroit d’Ormuz en bloquant le trafic maritime d’entrée et de sortie des ports iraniens et en ne laissant passer que quelques navires d’autres pays ? La réponse est donnée par un graphique, publié par le Washington Post, sur le commerce bilatéral de l’Iran de 1995 à 2025 : il démontre que quasiment tout le flux d’import et export de l’Iran, qui en 2010 dépassait amplement les 200 milliards de dollars, était dirigé vers l’Asie, et surtout la Chine, et vers l’Europe. Le blocus des ports iraniens, et en conséquence du Détroit d’Ormuz d’où transitait 21% des flux mondiaux de produits pétrolifères et 25% de ceux de gaz naturel liquéfié, touche donc non seulement l’Iran mais l’Asie et l’Europe. Il avantage en même temps les États-Unis qui, en utilisant aussi le pétrole vénézuélien dont ils se sont emparés, augmentent leurs exportations énergétiques vers l’Asie et l’Europe. Ce mécanisme est cependant en train de provoquer des effets destructeurs sur les chaînes d’approvisionnement énergétique et, donc, une crise économique mondiale.
Emblématique, en même temps, est l’épisode du navire citerne russe de GNL Arctic Metagaz qui, touché par un drone naval ukrainien le 3 mars, est à la dérive en Méditerranée centrale, poussé vers le nord-ouest entre Malte et l’Italie (Linosa). La situation du navire est critique à cause des très mauvaises
conditions météorologiques. Le navire est chargé d’environ 60.000 tonnes de GNL et de centaines de tonnes de gasoil (avec une puissance calorique explosive équivalente à celle de dizaines de bombes atomiques). Les autorités maritimes ont avisé toutes les embarcations de se tenir à une distance de sécurité d’au moins 10 miles nautiques (presque 19km) du navire naufragé. D’où est partie la catastrophique attaque ukrainienne du navire russe ? C’est démontré par une enquête documentée de Radio France Internationale : plus de 200 officiers et experts de l’armée ukrainienne sont basés en Libye, en accord avec le gouvernement de Tripoli. Ils sont stationnés à l’Académie de l’Aéronautique Militaire de Misrata. Il y a là des forces italiennes, turques et étasuniennes. Et y a en outre siège un centre de renseignement britannique. Les Ukrainiens disposent d’une seconde base équipée pour le lancement de drones aériens et navals dans la ville de Zaouïa, à environ 50 kilomètres au nord de Tripoli. Se joint à cette enquête la dénonciation documentée, faite par Moscou, que des composants des drones ukrainiens sont produits dans 12 pays, parmi lesquels Italie, Royaume-Uni, Allemagne et Israël. L’Italie est donc engagée non seulement dans la guerre contre l’Iran, mais aussi dans celle contre la Russie.
Concernant enfin la décision du Gouvernement Meloni de suspendre le renouvellement automatique de l’accord militaire entre l’Italie et Israël (en ce moment trop impopulaire pour être renouvelé) -décision en tous cas juste- il convient de garder à l’esprit que cela ne comporte pas la suspension de la collaboration croissante entre les industries miliaires des deux pays. La société Leonardo, dont le Ministère de l’Économie et des finances possède 30% de l’actionnariat, fournit armes et vélivoles au Ministère de la Défense israélien, à l’Aéronautique Militaire israélienne et à la Marine Militaire israélienne. Leonardo est le producteur du canon naval OTO 76/62 installé sur les navires de guerre israéliens utilisés pour imposer le blocus naval de Gaza. Leonardo est aussi le fournisseur des vélivoles d’entraînement M-346 de l’Aéronautique Militaire israélienne, qui sont maintenant transformés par le même Leonardo en vélivoles y compris d’attaque. Leonardo participe en outre au programme F-35 Lightning II, qui comprend la fourniture de composants clé et services logistiques pour les chasseurs F-35 d’Israël.
Bref résumé de la revue de presse internationale Grandangolo de vendredi 17 avril 2026 sur la chaîne TV italienne Byoblu
Lien vers l’émission non encore disponible :https://www.byoblu.com/category/grandangolo-pangea/
Source : M-A P.
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