Par Nasser Kandil

D’après le quotidien Le Monde, « les rebelles Houthis du Yémen soutenus par l’Iran ont saisi le samedi (18 novembre) le ‘Galaxy Leader’, un cargo transportant des automobiles, qu’ils présentent comme un navire israélien, ce que l’État hébreu dément, précisant que le bateau était exploité par une société japonaise » [1].

Mais l’État hébreu a fini par admettre que le navire battant pavillon des Bahamas appartenait, entièrement ou partiellement, à un homme d’affaires israélien, Abraham Rami Unger, domicilié en Israël [2], et que le navire se dirigeait d’un port du sud de la Turquie vers un port de l’ouest de l’Inde.

De leur côté, les résistants yéménites ont annoncé qu’ils ne menaçaient que les navires appartenant à Israël ou à des Israéliens, en soutien à la population de Gaza soumise à des massacres inhumains perpétrés par l’« ennemi israélien ». Des massacres qu’ils ont connus, des enfants qu’ils ont perdus, des privations qu’ils ont vécues depuis la dernière guerre lancée contre eux, en mars 2015.

Une guerre « essentiellement américano-sioniste ; certaines de ses étapes ayant été confiées au royaume saoudien dans le cadre d’un jeu de rôles au sein du Système de l’hégémonie coloniale sioniste », comme l’a expliqué M. Ghaleb Kandil, notamment dans deux articles de 2018 que le lecteur pourrait lire ou relire pour constater à quel point son analyse était pertinente et prémonitoire. [3][4].

Ce qui rend d’autant plus remarquable l’entrée en première ligne de la Résistance yéménite aux côtés de la Résistance palestinienne, depuis le début de l’opération « Déluge d’al-Aqsa » le 7 octobre dernier. Certes, les vagues de missiles lancées depuis le Yémen vers Israël n’ont pas atteint leur but, mais elles ont dit aux Palestiniens qu’ils n’étaient pas seuls, en dépit de la distance qui les sépare, ainsi que des difficultés de la guerre qui les a frappés et qui continue d’une manière ou d’une autre.

C’est ainsi que leur capitale Sanaa s’est replacée au cœur du Monde et non seulement au cœur de son environnement régional. Et, c’est ainsi que l’opération des « Ansar Allah » yéménites ont lié la guerre contre Gaza à la sécurité internationale, comme nous l’affirme M. Nasser Kandil, ancien député libanais et rédacteur en chef du quotidien Al-Binaa, alors que ce 20 novembre 13300 Palestiniens ont perdu la vie, dont 5600 enfants martyrs, et que l’armée israélienne assiège l’Hôpital indonésien de la ville de Gaza. [NdT].

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Malgré tout le vacarme visant à embarrasser l’Axe de la résistance en poussant à douter de son rôle dans la guerre contre Gaza, l’Axe a poursuivi son chemin comme il l’avait prévu afin de lier la sécurité et la guerre de Gaza à la sécurité régionale, puis à la sécurité internationale.

En effet, pendant que la participation du Hezbollah sur le front libanais était directement liée aux équilibres de la guerre et aux mécanismes contrôlant ses sentiers, ouvrant la voie à diverses possibilités ; la Résistance irakienne liait la guerre de Gaza à la sécurité régionale en s’attaquant au dossier des bases américaines en Syrie et en Irak, ripostant ainsi au soutien américain à l’entité occupante et établissant l’équation qui signifie : l’arrêt de telles opérations est conditionné par l’arrêt de l’agression.

Mais l’Américain qui dirige la guerre contre Gaza a reçu le message et a entendu que cette équation signifie que la négociation sur l’arrêt de la guerre contre Gaza est désormais liée à la négociation sur l’avenir de la présence militaire américaine en Syrie et en Irak.

Par ailleurs, dès les premiers jours de la guerre contre Gaza, les Résistants yéménites du mouvement « Ansar Allah » [connus sous le nom de Houthis] ont déclaré leur disposition à s’engager dans cette guerre et l’ont traduite par des manifestations populaires massives, suivies par le lancement de drones et de missiles balistiques vers des cibles israéliennes ; opérations révélées par les Américains en annonçant leur interception de ces engins par des destroyers américains. Ce qui a fait des Américains un partenaire dans l’équation Yémen-Israël.

Washington a ensuite mobilisé ses alliés arabes, notamment l’Égypte et l’Arabie saoudite, pour mener à bien la mission d’interception des missiles et des drones yéménites, ce qui a également fait de ces deux États des partenaires dans l’équation Yémen-Israël ; laquelle équation est ainsi devenue partie intégrante de la sécurité internationale, de la sécurité régionale et de la sécurité énergétique.

Or, en raison des obstacles rencontrés par leurs missiles, les Ansar Allah ont été obligés de pousser l’équation vers un niveau supérieur. Ils n’ont pas pris l’initiative d’une escalade contre l’Arabie saoudite en liant les corridors pétroliers à la guerre sur Gaza, ou contre l’Égypte en liant l’activité du canal de Suez à la guerre sur Gaza, quand bien même ces deux États ont pris l’initiative d’intercepter les missiles yéménites. Ils ont choisi d’arraisonner un navire israélien à Bab al-Mandeb, comme le chef du mouvement, Abdul-Malik al-Houthi, avait annoncé son intention de le faire.

En conséquence, l’opération menée avec compétence et professionnalisme signifie que le sort de la plus importante voie maritime de la région est devenu fortement lié au sort de la guerre contre Gaza.

Et le problème ne se réduit pas au détournement d’un navire israélien, mais indique plutôt l’éventuelle fermeture de la plus importante voie maritime pour la navigation internationale et la sécurité énergétique.

En effet, depuis Bab al-Mandeb, tous les échanges commerciaux en provenance de Chine et d’Inde transitent vers la Méditerranée et en particulier vers l’Europe. Et, depuis Bab al-Mandeb, le pétrole et le gaz arabes transitent vers l’Europe suite au blocage des ressources énergétiques russes.

Ce qui est arrivé au navire israélien suffit donc à provoquer la panique aussi bien des marchés commerciaux que des compagnies d’assurance et ouvre la porte à de sombres présages quant aux chances de traverser ce couloir sensible, à moins qu’un accord ne soit trouvé avec Ansar Allah ; la seule condition d’un accord étant l’arrêt de l’agression sur Gaza.

Les Israéliens sont incapables de gérer ce nouveau dossier, car c’est la tâche de l’Américain. Lequel Américain ne veut plus s’impliquer dans encore plus de guerres vouées à l’échec. Alors, que fera-t-il de la dissuasion qu’il prétend avoir apportée dans la région pour empêcher l’extension du cadre de la guerre ? Une guerre qui commence à s’étendre entraînant nécessairement l’échec de la dissuasion souhaitée, alors que les Américains se trouvent confrontés à une situation peu enviable en raison d’une profonde division interne qui produit une majorité favorable aux droits des Palestiniens.

Par conséquent, les Américains n’ont d’autre choix que de…

[Il semble que l’auteur ait laissé au lecteur averti le soin de la conclusion ; NdT]

Nasser Kandil
2023/11/20

Source : Al-Binaa
[عملية أنصار الله تربط حرب غزة بالأمن الدولي]

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1][Les rebelles Houthis du Yémen se sont emparés d’un navire commercial en mer Rouge]

 [2][Les rebelles Houthis affirment s’être emparés d’un navire appartenant à un Israélien en mer Rouge]

[3][Yémen : Le massacre des enfants et le déshonneur du silence]

[4][La guerre du Yémen est américano-sioniste]

Photo : scène de la prise de contrôle du navire israélien publié par Al-Mayadeeb / émission de minuit du 20 novembre.

Source : Mouna Alno-Nakhal