WikiLeaks founder Julian Assange arrives at the Westminster Magistrates Court, after he was arrested in London, Britain, April 11, 2019. Reuters Photographer Hannah McKay: "We had been waiting for Julian Assange to leave the Ecuadorian embassy for seven years. Every now and then there would be a rumour that he was leaving and we would scramble to Knightsbridge (the neighborhood where the embassy is located), but nothing. When the news broke that Assange had been taken into custody I was in Downing Street. I rushed to Westminster MagistratesÕ Court in case he was taken there. A Reuters colleague got an exclusive image of him leaving the police station, and let me know that Assange would be in the second van in the convoy. When the police vans arrived it was pandemonium. The photographers and TV crews surged forward as police tried to hold us back. One officer lunged towards me. I darted to the left and shot a few frames. To be honest, I was quite surprised that I got the shot. Shooting through tinted glass is a bit of a skill. You had to jam your lens as close to the window of the moving vehicle as possible and fire the flash to illuminate through the glass. I've been told that the picture is reminiscent of an oil painting. That's partly due to the colour of the tinted window, and partly because the image isnÕt entirely sharp!" REUTERS/Hannah McKay/File Photo SEARCH "POY STORIES 2019" FOR THIS STORY. SEARCH "WIDER IMAGE" FOR ALL STORIES. TPX IMAGES OF THE DAY - RC26TD97Z7SQ

Par Caitlin Johnstone

Grâce à lui, nous savons ce que vaut réellement le prétendu soutien des dirigeants occidentaux à la liberté de la presse.

Source : RT, 18 juin 2022

Traduction : lecridespeuples.fr

La ministre britannique de l’Intérieur, Priti Patel, a autorisé l’extradition du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, vers les États-Unis pour qu’il y soit jugé en vertu de la loi sur l’espionnage. Cette affaire vise à créer un précédent juridique pour la poursuite de tout éditeur ou journaliste, où que ce soit dans le monde, qui rapporte des vérités dérangeantes sur l’empire américain.

L’équipe juridique d’Assange va faire appel de la décision, avec, semble-t-il, des arguments qui incluront le fait que la CIA l’a espionné et a ourdi son assassinat.

« Ce sera probablement quelques jours avant la date limite (d’appel de 14 jours) et l’appel comprendra de nouvelles informations que nous n’avons pas été en mesure de présenter aux tribunaux précédemment. Des informations sur la façon dont les avocats de Julian ont été espionnés, et sur la façon dont il y a eu des complots au sein de la CIA pour enlever et tuer Julian », a déclaré Gabriel Shipton, le frère d’Assange, à Reuters vendredi.

Et Dieu merci, la volonté d’Assange de résister aux tentatives d’extradition de Washington nous profite à tous, depuis qu’il a obtenu l’asile politique à l’ambassade d’Équateur en 2012 jusqu’à ce que la police britannique l’ait fait sortir de force en 2019, jusqu’à ce qu’il ait combattu les procureurs américains au tribunal, bec et ongles, pendant son incarcération à la prison de Belmarsh.

Le combat d’Assange contre l’extradition aux Etats-Unis nous profite non seulement parce que la guerre de l’empire contre la vérité nuit à toute notre espèce et non seulement parce qu’il ne peut pas bénéficier d’un procès équitable en vertu de l’Espionage Act, mais aussi parce que son refus de s’incliner et de se soumettre oblige l’empire à se révéler davantage au grand jour et à nous montrer à tous son visage hideux.

Washington, Londres et Canberra sont de connivence pour emprisonner un journaliste qui dit la vérité : Washington avec ses tentatives actives d’extradition, Londres en facilitant docilement ces tentatives, et Canberra avec sa complicité silencieuse en permettant qu’un journaliste australien soit enfermé et persécuté pour avoir pratiqué le journalisme. En refusant de s’incliner et en les forçant à le poursuivre sans relâche, Assange a mis en lumière de dures réalités qui avaient soigneusement été cachées au public.

Le fait que Londres et Canberra se plient si docilement à l’ordre du jour de Washington, alors même que leurs propres grands médias dénoncent l’extradition et que tous les grands groupes de défense des droits de l’homme et de la liberté de la presse du monde occidental affirment qu’Assange doit être libéré, montre qu’il ne s’agit pas de nations souveraines distinctes, mais d’États membres d’un seul et même empire mondial centralisé autour du gouvernement américain. Parce qu’Assange a tenu bon et s’est battu contre eux, on attire davantage l’attention sur cette réalité.

En tenant bon et en les combattant, Assange a également démasqué le mensonge selon lequel les soi-disant démocraties libres du monde occidental soutiennent la liberté de la presse et défendent les droits de l’homme. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie s’entendent pour extrader un journaliste qui expose la vérité, alors même qu’ils prétendent s’opposer à la tyrannie et à l’autocratie, qu’ils prétendent soutenir la liberté de la presse dans le monde et qu’ils dénoncent haut et fort les dangers de la désinformation parrainée par les gouvernements.

Parce qu’Assange a tenu bon et les a combattus, il y aura toujours une odeur d’hypocrisie quand des présidents américains comme Joe Biden disent des choses comme « La presse libre n’est pas l’ennemi du peuple, loin de là. Au mieux, vous êtes les gardiens de la vérité. »

Parce qu’Assange a tenu bon et s’est battu contre eux, les gens sauront toujours que les premiers ministres britanniques comme Boris Johnson mentent lorsqu’ils disent des choses comme : « Les organisations médiatiques devraient se sentir libres d’apporter des faits importants dans le domaine public. »

Parce qu’Assange a tenu bon et s’est battu contre eux, un plus grand nombre d’entre nous comprendront qu’ils sont trompés et manipulés lorsque des premiers ministres australiens comme Anthony Albanese disent des choses comme « Nous devons protéger la liberté de la presse dans la loi et veiller à ce que chaque Australien puisse faire entendre sa voix » et « Ne poursuivez pas les journalistes qui font simplement leur travail ».

Parce qu’Assange a tenu bon et s’est battu contre eux, les secrétaires d’État américains comme Antony Blinken auront beaucoup plus de mal à vendre leur baratin lorsqu’ils diront des choses comme « En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, les États-Unis continuent de défendre la liberté de la presse, la sécurité des journalistes dans le monde entier et l’accès à l’information en ligne et hors ligne. Une presse libre et indépendante garantit l’accès du public à l’information. La connaissance, c’est le pouvoir. »

Parce qu’Assange a tenu bon et s’est battu contre eux, les ministres de l’intérieur britanniques comme Priti Patel seront considérés comme les imposteurs qu’ils sont lorsqu’ils disent des choses comme « La sécurité des journalistes est fondamentale pour notre démocratie. »

Voir Le sort de Julian Assange démontre l’imposture des ‘valeurs’ de l’Occident

Extrader un journaliste étranger pour avoir dénoncé vos crimes de guerre est un programme aussi tyrannique que possible. La collusion entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie à cette fin nous montre qu’il s’agit d’États membres d’un seul empire dont les seules valeurs sont la domination et le contrôle, et que toutes ses déclarations sur les droits de l’homme ne sont que pure façade. Assange ne cesse de dévoiler le vrai visage du pouvoir.

En fait, il y a de bonnes raisons de penser que même toutes ces années après les fuites de 2010 pour lesquelles il est actuellement poursuivi, Assange accomplit son travail le plus important à ce jour. Aussi importantes qu’aient été et soient ses publications sur WikiLeaks, aucune d’entre elles n’a autant exposé la dépravation de l’empire que le fait de le forcer à nous regarder dans les yeux et à nous dire qu’il extradera un journaliste pour avoir dit la vérité.

Assange y est parvenu en mettant les pieds dans le plat et en disant « Non », même si toutes les autres options possibles auraient été plus faciles et plus agréables. Même quand c’était difficile. Même quand c’était terrifiant. Même lorsque cela signifiait être enfermé, réduit au silence, sali, haï, incapable de se défendre contre ses détracteurs, incapable de vivre une vie normale, incapable de tenir ses enfants dans ses bras, incapable même de sentir la lumière du soleil sur son visage.

Sa vie même jette la lumière sur tous les domaines où elle est le plus cruellement nécessaire. Nous avons tous une énorme dette envers cet homme. Le moins que nous puissions faire est de faire de notre mieux pour le libérer.

Voir notre dossier sur l’Affaire Assange.

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En France, Le Monde et Mediapart sont de beaux exemples de cette fausse gauche atlantiste, qui a soutenu les groupes terroristes en Syrie, diffamé Assange et porte le folliculaire Navalny aux nues. Cf. par exemple cet éditorial du Monde suite à l’arrestation d’Assange et à son inculpation par les Etats-Unis, développements qui lui donnaient entièrement raison : au lieu de faire son mea culpa, Le Monde s’enfonce ignominieusement :

« Julian Assange est un justiciable comme les autres. Ses démêlés avec la police ont commencé parce qu’il a refusé de se rendre à une convocation de la police suédoise qui souhaitait l’entendre après les plaintes de deux femmes pour agression sexuelle, au motif fantaisiste, à l’époque, qu’il craignait que la Suède ne le livre à la CIA. Il a eu tort de refuser de s’expliquer sur ces graves accusations. »

Comme l’établit le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils MELZER, lorsqu’il était réfugié à Londres, la Suède a refusé d’interroger Assange à l’ambassade d’Equateur ou via vidéo (alors que durant la même période, de tels interrogatoires de suspects entre la Suède et l’Angleterre ont eu lieu dans 44 autres cas) et de lui garantir qu’il ne serait pas extradé :

« Assange n’a pas cherché à se cacher de la justice. Par l’intermédiaire de son avocat suédois, il a proposé aux procureurs plusieurs dates possibles d’interrogatoire en Suède. Cette correspondance existe. Ensuite, les événements suivants se sont produits : Assange a eu vent du fait qu’une affaire criminelle secrète avait été ouverte contre lui aux États-Unis. À l’époque, cela n’a pas été confirmé par les États-Unis, mais aujourd’hui nous savons que c’était vrai. À partir de ce moment, l’avocat d’Assange a commencé à dire que son client était prêt à témoigner en Suède, mais il a exigé l’assurance diplomatique que la Suède ne l’extraderait pas aux États-Unis. [Ce risque était tout à fait réel, car] quelques années auparavant, le personnel de sécurité suédois avait livré à la CIA deux demandeurs d’asile, tous deux enregistrés en Suède, sans passer par la moindre procédure judiciaire. Les abus ont commencé à l’aéroport de Stockholm, où ils ont été maltraités, drogués et transportés par avion en Égypte, où ils ont été torturés. Nous ne savons pas s’il s’agit des seuls cas de ce type. Mais nous sommes au courant de ces deux cas car les hommes ont survécu. Tous deux ont par la suite déposé plainte auprès des agences des droits de l’homme de l’ONU et ont obtenu gain de cause. La Suède a été obligée de payer à chacun d’eux un demi-million de dollars en dommages et intérêts. Les avocats d’Assange affirment que pendant les près des sept ans au cours desquels leur client a vécu à l’ambassade d’Équateur, ils ont fait plus de 30 offres pour organiser la visite d’Assange en Suède, en échange d’une garantie qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis. La Suède a refusé de fournir une telle garantie en faisant valoir que les États-Unis n’avaient pas fait de demande formelle d’extradition. »

Voir également l’infâme article de Mediapart Julian Assange, l’histoire d’une déchéance, qui prend au sérieux les accusations de viol et valide sans l’ombre d’une preuve la thèse de la collusion avec la Russie :

[…] Depuis Londres, le fondateur de WikiLeaks annonce qu’il refuse de se rendre en Suède au motif que cette procédure n’est qu’un prétexte. Selon lui, dès qu’il foulera le sol suédois, les États-Unis demanderont son extradition pour être jugé pour espionnage, crime passible de la peine capitale. Sous le coup d’une procédure d’extradition accordée par la justice anglaise, Julian Assange va tout d’abord mener une bataille juridique pour en obtenir l’annulation. Une fois tous les recours épuisés, il se réfugie, le 19 juin 2012, dans les locaux de l’ambassade de l’Équateur qui lui accorde l’asile politique. Il y restera cantonné dans une pièce de l’immeuble sans pouvoir sortir au risque d’être immédiatement interpellé par les policiers britanniques qui le surveillent en permanence.

Avec ces accusations sexuelles, Julian Assange tombe de son piédestal. Son image de chevalier blanc se fissure et, même au sein de WikiLeaks, des langues se dénouent, dévoilant un tout autre visage. De nombreux témoignages décrivent un homme égocentrique, intransigeant et exigeant de ses collaborateurs une obéissance absolue.

Dès septembre 2010, plusieurs membres de WikiLeaks quittent l’organisation en raison d’un désaccord sur la manière dont Julian Assange gère la publication des « leaks » et son refus de toute critique. Selon le site Wired, six volontaires ont quitté l’organisation à ce moment-là. Sur le tchat interne de l’organisation, Julian Assange leur aurait lancé : « Je suis le cœur de cette organisation, son fondateur, philosophe, porte-parole, codeur original, organisateur, financeur et tout le reste. Si vous avez un problème avec moi, faites chier. »

Parmi les défections, figure celle de Daniel Schmitt, porte-parole de WikiLeaks, qui annonce sa démission dans les colonnes du Spiegel. « Julian Assange réagit à toute critique avec l’allégation que je lui ai désobéi et que j’ai été déloyal vis-à-vis du projet. Il y a quatre jours, il m’a suspendu – agissant comme le procureur, le juge et le bourreau en une personne », accuse-t-il. Daniel Schmitt racontera en détail son conflit avec Assange dans un livre paru en 2011, Inside WikiLeaks. Dans les coulisses du site internet le plus dangereux du monde (Grasset, 2011).

En début d’année 2011, un autre collaborateur de WikiLeaks, Julian Ball, claque la porte de l’organisation trois mois après y être entré. Il rejoint le Guardian et décrit, dans un article publié en septembre 2011, un Julian Assange tyrannique, plus préoccupé par sa propre défense que par les idéaux de WikiLeaks. En 2014, c’est Andrew O’Hagan, l’auteur d’une Autobiographie non autorisée publiée en 2011, qui se répand dans la presse. « Il voit chaque idée comme une simple étincelle venant d’un feu dans son propre esprit. Cette sorte de folie, bien sûr, et l’étendue des mensonges de Julian m’ont convaincu qu’il était probablement un petit peu fou, triste et mauvais, malgré toute la gloire de WikiLeaks en tant que projet », affirme-t-il.

Beaucoup s’interrogent également sur la ligne éditoriale de Julian Assange. Le rédacteur en chef de WikiLeaks est notamment accusé d’être trop indulgent, voire trop proche, de la Russie, pays sur lequel l’organisation n’a publié que peu de documents. Plusieurs interventions de Julian Assange surprennent, comme lorsqu’il assure, durant quelques mois en 2012, une émission de géopolitique sur la chaîne Russia Today (RT), The Julian Assange Show. Ou lorsque, à l’occasion d’une table ronde organisée pour les dix ans de RT, il livre un discours dans lequel il appelle « à oublier le concept de liberté individuelle, qui n’existe plus ».

La question de la proximité de WikiLeaks avec la Russie va devenir centrale avec la publication, en 2016, des DNC Leaks. Le 22 juillet, trois jours avant l’ouverture de la convention annuelle du Parti démocrate, WikiLeaks publie 19 252 mails piratés dans les ordinateurs de sa direction, le Democratic National Committee (DNC). La convention doit justement entériner l’investiture d’Hillary Clinton comme candidate démocrate à l’élection présidentielle américaine. Or, les mails révèlent une collusion dans la direction du parti visant à défavoriser son principal concurrent, Bernie Sanders.

Les DNC Leaks vont empoisonner la campagne d’Hillary Clinton et faire le délice de son adversaire républicain Donald Trump qui ira jusqu’à déclarer : « I Love WikiLeaks. » Le malaise est encore accentué par les déclarations de Julian Assange qui assume avoir publié ces « leaks » afin de nuire à Hillary Clinton, qu’il voit comme « un problème pour la liberté de la presse », et reconnaît avoir volontairement fait coïncider leur publication avec la convention démocrate. […]

WikiLeaks s’isole encore plus lorsque l’enquête sur le piratage des mails de la direction du Parti démocrate révèle que celui-ci a été réalisé par un groupe de hackers, Guccifer 2.0, lié aux services secrets russes, le GRU. Julian Assange démentira formellement que sa source soit des hackers et les différentes enquêtes ne permettront pas d’établir un lien direct entre WikiLeaks et Moscou. Mais pour beaucoup, la ficelle est trop grosse. Que Julian Assange se soit rendu complice, même à son insu, d’une opération de déstabilisation russe est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. […]

Pour ne rien arranger, Julian Assange multiplie les prises de position polémiques, voire parfois difficilement compréhensibles. En septembre 2017, il affirme par exemple, chiffres à l’appui, que le capitalisme, l’athéisme et le féminisme sont responsables de la stérilité de nos sociétés qui, elle-même, est la cause de l’immigration. […]

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Source : Le Cri des Peuples
https://lecridespeuples.fr/…

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