Par Marwa Abou Laban

Une terre et un peuple meurtris et brisés
Ses innocents meurent et sa résistance demeure

Nous sommes en ce moment sous une nouvelle nuit de bombardement et à cet instant, je ne sais pas vraiment par où commencer,
ni comment commencer à vous écrire…. 

L’intensité du feu venant du ciel sème toujours plus de morts à Gaza, en cette terre, en ce peuple, qui bien que confrontés à une occupation militaire, criminelle, contraignante, durable et tyrannique n’a jamais connu jusqu’à ce jour pareille violence, pareil degré d’indifférence et de destruction. 

L’ampleur de cette agression n’as jamais eu d’équivalent par le passé et c’est une véritable tragédie dans laquelle, surgissent de nombreuses catastrophes de toutes sortes pour le peuple palestinien.   

Nous vivons à cette heure, comme hier, comme chaque jour du passé et du présent, des histoires individuelles face à cette nouvelle agression qui dépasse, ce que nous avons connu par le passé. Nous sommes face à un véritable génocide à grande échelle sur l’ensemble d’un territoire. 

Au cœur de la pluie de bombe, de la guerre et de l’agression, j’hésite une fois de plus à écrire mais cette fois-ci, cette hésitation est mille fois supérieure à auparavant et ce stylo que je saisi à nouveau si fortement dans ma main ne m’a jamais aidé à écrire, ni même pour exprimer mes sentiments qui se déchirent au fond de moi 

Une déchirure dont l’existence est issue de ce que mes yeux voient, de ce que mes oreilles entendent et enfin de ce que mon cœur vit. Des jours et des nuits qui s’enchaînent et se ressemblent et qui sont surtout toujours si insupportables et horribles à vivre,  

Des jours remplis de la même atrocité, sans que je sache quel point atteindrons cette fois-ci les sionistes, sans que saches comment peut-il exister autant de haine et de barbarie pour le genre humain,  

Il est acquis qu’ils n’ont aucune pitié. La haine qui s’exprime et se banalise encore aujourd’hui après le début de la première occupation de notre terre, atteint aujourd’hui un niveau d’inhumanité qui dépasse l’entendement. 

Nous souffrons littéralement chaque instant. Nous crions, nous ressentons la douleur qui envahi nos cœurs ainsi que nos visages. 

Comment pourrions-nous diminuer cette souffrance ? Nous n’avons même plus envie de manger, ni de boire et nous continuons d’une certaine manière un mois de Ramadan supplémentaire. 

Nous n’avons plus de lieu d’habitation,  

Nous avons perdu nos souvenirs,  

Nous avons perdu des êtres chers,  

En d’autres termes, nous sommes morts cœurs et corps.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    

Chaque heure, chaque minute, chaque seconde, grands et petits, filles et garçons, nous sommes devenus traumatisés, face à l’incertitude de la chute d’une bombe nous ne savons pas quand la mort nous frappera fatalement, nous ne savons pas de quelle façon nous allons mourir, ni si nous allons survivre ou non à cet énième acte criminel, à cet autre crime de guerre. 

Est-ce que nous serons face à l’ultime destruction ? hier, aujourd’hui ce fut des voisins, des quartiers proches, et aujourd’hui cela sera le tour de qui ? cette fois-ci qui de nous succombera à la même tragique destinée ? 

Nous sommes si impuissants face aux bombardements israéliens, ces bombardements pour lesquels nous n’avons aucun pouvoir de nous opposer pour en obtenir définitivement la fin. 

Gaza est attaquée, encore et toujours, le criminel de guerre cible tout, partout, du sud, au nord, de l’est à l’ouest sans faire de distinction, l’essentiel pour les auteurs de ce crime guerre est que le déluge de feu s’abatte sur ce territoire. L’essentiel pour l’auteur de ce crime est que le déluge de feu s’abatte sur ce territoire pour obtenir la soumission de tout un peuple. Ici la seule voix de la force s’exprime et non le respect de la force du droit légitime de tout être humain de vivre sur sa terre. 

Notre vie est paralysée à tous les niveaux, nous ne dormons à peine pas plus que deux heures. Chaque soir, nous nous réunissons dans une même pièce et nous dormons dans une seule chambre avec l’hypothèse qu’un bombardement israélien pourrait fatalement cette fois viser notre maison. 

Nous nous réunissons chaque soir de sorte que si l’heure de notre destin vient, nous puissions mourir ensemble, afin que personne ne reste en vie et afin que personne d’entre nous ne pleure la perte de l’autre.  

Nos compagnons du ciel ne sont plus les étoiles, ni la lune vers qui nous levions nos regards animés d’ambitions et d’espoir, mais ce ne sont désormais uniquement que les avions, les drones, les bombardements permanents, le brouillard, le rouge vif du sang, et des explosions aussi ardentes que la chaleur du soleil et les éclats d’obus dans l’air qui sont des coups de tonnerre violents interrompus qui rythment notre quotidien. 

La bande de Gaza est sous les bombardements tyranniques très intenses chaque instant en semeur de morts. 

Le régime sioniste avait commencé ses bombardements dès le 10 mai, soit le 28-ème jour du mois de Ramadan, ce mois de miséricorde divine et de pardon, et la violence de ces agressions militaires s’est étendue à la fête Al fitr jusqu’à aujourd’hui.  

N’est-ce pas là un acte ultime d’humiliation que celui du choix d’attaquer les civils palestiniens lors du mois de ramadan et de la fête sacrée ?  

Et cette armée intensifie ses bombardements chaque moment sans trêve et non pas juste la nuit. Cette armée qui cumule les crimes de guerre bombarde aveuglément des civils sans défense de façon indiscriminée. 

Cela est toujours si tragique de parler de cette bande de Gaza qui vit sous le blocus imposé par Israël et l’Egypte depuis 14 ans, avec une vie quasiment insupportable quotidiennement pour son peuple, et au terme de tout cela, croyez-vous encore aux justifications mensongères de cette agression ? 

Le niveau d’agressivité est si dévastateur pour les êtres humains qui peuplent Gaza. Les sionistes ont tué à ce jour, 227 personnes dans la bande de Gaza, dont 64 enfants, 38 femmes, 17 personnes âgés, et 1620 blessés (le 19.mai.2021 à 18 :00, ministère de santé). Des centaines de familles sont sans abri, lesquelles sont obligées de se réfugier chez leurs proches et dans les écoles pour protéger leurs vies. 

Ma journée est un mélange de bruit bourdonnant de drones, d’avions de chasse, des avions qui bombardent jour et nuit, qui sèment la destruction, les pertes, et apportant le lot de mauvaises nouvelles, les déplacements de population, la fatigue, ainsi que les inquiétudes et les craintes sans fin.   

Des coupures d’eau se succèdent durablement puisque les auteurs de ces bombardements ont détruit les réseaux d’approvisionnement en eau. De longues coupures d’électricité nous plongent dans l’obscurité, laquelle obscurité est aussi notre situation quotidienne. Ces restrictions sont toujours aussi arbitraires lorsque les bombes touchent cette énergie vitale issue de l’électricité détruisant tous nos réseaux domestiques. Sous les bombes du jour et de la nuit Gaza devient une ville sombre, une ville morte.   

Face à cette situation, mon cœur et mon esprit sont tiraillés sans arrêts, au point de ne plus savoir quoi penser. 

Ce qui se passe dans la bande de Gaza est un génocide, une extermination d’un peuple et je pèse mes mots, sachez-le ! Dans ce qui est un véritable massacre, Israël commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité à chaque bombardement sur un territoire si réduit et si densément peuplé. Les histoires tragiques de civils victimes de cette barbarie qui s’accumulent en témoignent et montrent le mépris de l’occupant pour la vie d’autrui, quand il s’agit du palestinien, qu’il soit un enfant, qu’il soit une femme, ou qu’il soit une personne âgée. 

Indéniablement, beaucoup de victimes ayant perdu la vie sont des enfants, et près d’une personne tuée sur trois est donc un enfant. Parmi ces enfants, l’âge de ces derniers est encore plus terrifiant puisqu’il y’a un grand nombre de nourrissons et des enfants qui se font ni plus ni moins assassinés sans que personne ne bouge, sans même qu’une personne n’ai pu réagir en leurs faveurs pour leurs besoins les plus vitaux. 

 Les israéliens n’ignorent pas qui sont ces potentielles victimes particulières de ses bombes meurtrières et destructrices. Ce peuple demande un minimum de pitié et la fin de cette indifférence pour ces enfants et pour tous les Palestiniens qui vivent dans leurs chairs cette agression. En visant de ses bombes les plus jeunes d’entre nous, les enfants, sans aucun sentiment d’humanité et sans aucune considération pour la dignité humaine, Israël commet l’impardonnable, l’irréparable et tue les anges innocents de cette terre, plus largement, l’existence même du peuple palestinien pour l’avenir. 

Nous vivons au gré des anecdotes macabres comme la scène tragique et fatale du père avec son enfant blessé qui a été retrouvé dans les décombres dans les bras de sa mère, morte. Nous avons aussi en tête la scène d’un autre palestinien qui s’est effondré au sol en portant la dépouille de sa fille tuée dans ses bras, suite à un bombardement.  

Quelle est la faute commise par l’enfant qui avait une famille il y a quelques jours et qui aujourd’hui contemple dramatiquement la disparition de ses proches et demeure le seul survivant d’un bombardement ?  

Il y a tant d’autres histoires à vous décrire, d’innombrables et tragiques. Cependant, mon cœur ne me permet pas de les raconter car il est en feu et ce feu personne ne peut l’éteindre. Il y a d’autres histoires qui nous laisse aussi admiratif de la sagesse, du sang-froid et de la force mentale de certains jeunes enfants qui même ayant tout perdu suite à un bombardement conserve leurs espoirs dans la vie avec la plus pure des naïvetés et des innocences. Nous pensons à la scène en vidéo de ce garçon accompagné de sa sœur, montrant à la caméra leurs joies et la fierté d’avoir maintenu en vie un petit poisson dans un bocal au milieu des décombres. Nous ne parlons pas de chiffres mais d’histoires humaines individuelles qui se cachent derrière ces chiffres, dans lesquelles leurs couvertures racontent ce qui s’est passé. Ces âmes innocentes ne méritent pas cette fin si indigne, et cela nulle part au monde, dès lors quelle est la faute de ces enfants pour subir une si grande injustice ? Face à ces faits qui sont donc les véritables terroristes ? 

Une question récurrente m’a toujours torturé par sa gravité et sa continuité dans le temps, et quelle que soit l’horreur que nous vivons ici : Pourquoi personne ne réagit à ce massacre à ciel ouvert et pourquoi personne ne se sent concerné ni coupable de fermer ses yeux sur tant de scènes d’horreur et ces actes criminels contraires au droit humanitaire ? Comment l’humain atteignant le progrès intellectuel, économique et technologique n’y associe pas sa conscience, sa morale en laissant mourir des personnes innocentes qui n’ont eu pour seul faute que celle d’être née palestinien sur leur terre. La distance de ce conflit par rapport à d’autres lieux en paix, d’autres peuples du monde n’est plus une excuse au temps, de Whatsapp, de Facebook, Instagram, des lives sur les réseaux sociaux rendant proche et réel ce qui est loin et se joue à des milliers de kilomètre de soi. Seuls les cœurs, les consciences et les esprits dressent les barrières et les indifférences à notre sujet. 

Ainsi, pourquoi le monde entier demeure passif à laisser israël attaquer des lieux de culte sacrée pour les Palestiniens et plus largement pour le monde musulman. Nous pensons à ces attaques incessantes de la sainte mosquée Al Aqsa ? La protection des lieux saints pour les peuples n’est-il pas une cause fondamentale ? N’avons-nous donc pas le droit de défendre notre lieu saint sacrée en cette mosquée, face à celui qui souhaite nous tuer, nous détruire et nous supprimer de la surface de la terre pour assoir sa domination exclusive ? 

Des peuples sont à nos côtés, prient pour nous et nous soutiennent mais ce qui change les situations et les règles viennent surtout des choix politiques que font les dirigeants et les responsables qui ne vivent et ne ressentent pas notre souffrance et notre peine. En réalité, tous les gouvernements sont coupables de ces meurtres et sont complices de faits criminels dont se rend coupable israël. Ces gouvernements, au lieu de réagir au minimum pour mettre fin à ces massacres, ne se livrent finalement au maximum qu’à des discours et des paroles déclaratoires et abstraites sans effets. Les Palestiniens persécutés ne veulent plus de ces récurrentes paroles mais des actes, car au final demeure une dure vérité, celle de gouvernants qui ne regardent que leurs propres intérêts. 

Alors Vous les gouvernements ! Quand allez-vous retrousser vos manches et irez-vous aider vos frères et vos sœurs en Palestine ? le silence tue, et révèle surtout une disparition totale de la fraternité arabe et musulmane. 

Israël se comporte finalement comme un enfant gâté à qui rien n’est interdit, et pas même au sujet de ses crimes contre l’humanité, ses crimes de guerre dont rien ne justifie qu’ils restent impunis aux yeux du monde. Oh Israël ! sache qu’on ne badine jamais avec ses âmes qui peuplent Gaza, et sache que la Palestine est la nôtre, elle n’est pas à vendre, pas plus que Jérusalem qui fut, qui est et qui demeurera sa capitale palestinienne éternelle, c’est un héritage de nos ancêtres, une promesse du Seigneur de monde et sa promesse est teintée de vérité. 

Au final, j’ai tant de peine pour ma Palestine, que Dieu le tout puissant soit avec nous. Nous sommes des êtres humains innocents souhaitant vivre en paix sur notre terre ancestrale, corps et âmes comme tout un chacun dispose de ce droit légitime parmi tous les pays monde. 

 Nous n’avons jamais mérité ce que nous subissons et nous continuerons de l’affirmer haut et fort aux yeux du monde, si indifférent soit-il. Toutefois, à ce jour, tout ce dont je suis sûre est que je sais à quoi je fonde ma croyance et quoi qu’il arrive demain, nos vies demeureront à jamais précieuses…  

Le seul moyen inéluctable qui s’offre à nous afin de sauver nos vies au quotidien, est celui de résister. 

Nous sommes en définitive, croyants et nous croyons fermement que notre Dieu est notre seul protecteur, celui qui au moment ultime nous délivrera du mal et de la tyrannie de tout ennemi. 

Que nos martyrs reposent en paix en notre terre sacrée, la Palestine vaincra.

Marwa Abou Laban 
Enseignante-Gaza 

Source : Ziad Medoukh