Par Olivier Mukuna

Tchiiiiip ! Ou la célèbre interjection afro que pourraient lâcher des citoyens français afro-descendants après l’acte de contrition de François Ruffin, samedi dernier dans l’émission « Quelle Epoque ! » (France 2, 23 mai 2026).

L’exercice de sauvetage télévisuel du colon mythomane a été bien pensé et préparé par Léa Salamé et son équipe. Objectif : rectifier une ou deux « maladresses » (dixit Salamé) et repasser fissa à une nouvelle promo médiatique du candidat à la présidentielle 2027, finalement « sympa malgré ses bourdes ».

Car, d’une part, les enjeux et points problématiques de son ignoble BD n’auront pas été abordés ni creusés ; d’autre part, François Ruffin va habilement se focaliser sur l’effet désastreux d’une seule case de sa BD pour mieux en camoufler l’esprit colonial, raciste et paternaliste.

Sur le désormais célèbre « épisode du train », Ruffin a réitéré son délire d’extrême-droite d’une guerre civile et raciale s’apprêtant à ravager la France : « En fait je voyais dans ce wagon une allégorie de notre pays. C’était la fièvre en direct ! Et je ne veux pas ça. Je ne veux pas ça pour mon pays. »

Exceptés le RN, Éric Zemmour, Sarah Knaffo et autres néofascistes, qui prient matin, midi et soir pour qu’advienne cette fameuse guerre raciale : personne n’en veut ! Ni n’en voient concrètement les prémisses. A commencer par Léa Salamé : « Malgré tout, vous reconnaissez des maladresses sur cette planche ? »

« Ben oui ! », répond sans hésiter Ruffin. « En particulier, il y a une case, je ne sais pas si vous voulez la montrer de plus près [Et Salamé de s’exécuter comme si ce moment avait été préalablement « répété »] … une case où je ne me reconnais pas ; j’ai un air supérieur et, en face, lui [Félix ] se présente avec quelque chose qui est de l’ordre de la soumission […] Quand on fait une œuvre [sic !], il y a toujours une réception et il faut entendre les critiques lorsqu’elles sont légitimes ; celle-là est parfaitement légitime. Et si je pouvais enlever cette vignette et la remplacer, je le ferais. J’ai pas envie d’être un politicien qui vient dire ‘J’ai raison, j’ai raison !’ et qui s’enferme dans ses certitudes ».

Comme c’est joliment dit… Pourtant, étrange, nos yeux restent secs.

Sans doute conscient de la fragilité de son argumentaire, Ruffin embraye sur les registres du complot et de l’inversion victimaire :

« Maintenant, on ne va pas se raconter d’histoires : tout ça s’inscrit dans un moment politique… J’ai présenté ma candidature à la présidentielle en janvier ; nous avons recueilli plus de 100 000 signatures de soutiens en moins de 15 jours ; et nous avons fait un meeting, à Lyon, avec plus de 3000 personnes. Derrière, Jean-Luc Mélenchon déclare sa candidature : il est évident qu’il y a un objectif qui est de tout raser… »

Plus c’est gros, plus ça passe. Et là, le politicien Ruffin joue sur du velours : rien de tel que d’accuser LFI et Mélenchon de tout et n’importe quoi sur un plateau de média mainstream français si vous voulez y être réinvité…

Dans cette perspective de diabolisation médiatique de LFI, deux journalistes vont questionner le député-candidat sur… le racisme.

Pas sur les enjeux du racisme systémique auxquels – comme Léa Salamé – ils ne pigent que dalle. Non, sur le crime de lèse-majesté d’avoir « insulté » le bon soldat Ruffin de « raciste ». « Mais être traité de raciste par des gens avec qui vous travailliez encore il y a quelques mois…», s’offusque Patrick Cohen. « Quand ils [LFI] vous traitent de raciste, qu’est-ce que vous leur répondez ? », renchérit Hugo Clément.

Sans surprise, Ruffin répond ceci : « Mon sujet n’est pas là. Je pourrais vous parler longtemps des méthodes pour nuire et pour salir. Je pourrais épiloguer sur les 3000 procureurs sur Twitter [sur X], mais mon sujet n’est pas là. Mon adversaire est très clairement Jordan Bardella et le Rassemblement National [RN]. J’ai toujours dit qu’il fallait ouvrir un chemin d’espoir entre l’extrême-droite et l’extrême-argent ».

A ce moment précis, Clément pose le seul commentaire journalistique intéressant de toute la séquence : « Vos anciens amis de LFI sont plus agressifs avec vous que ne le sont les politiques de droite ou d’extrême-droite… ».

Réponse de Ruffin, en disque rayé : « Eh bien, je ne leur rendrai pas cette agressivité parce que ce n’est pas ça qu’il faut pour le pays. Je ne tends pas l’autre joue ; ce qu’il faut aujourd’hui pour le pays, ce n’est pas déchirer, ce n’est pas fracturer… ».

En conclusion, l’autoproclamé « député-reporter » pense qu’il a «fait une bande dessinée qui est humaniste, antiraciste et qui vise à réparer le pays. A partir d’une case, des gens s’insurgent légitimement et il y a une instrumentalisation par ailleurs… »

Non, Monsieur le réparateur, ce n’est pas « à partir d’une case que des gens s’insurgent », en particulier vos compatriotes non-blancs, mais à partir de l’esprit de votre BD qui les dépeint comme des subalternes paranos, agressifs ou en colère qu’un sauveur blanc – et accessoirement futur président de la République – devrait «calmer» pour ne pas « déchirer le pays ».

Non, Monsieur l’humaniste, il n’y a aucune « instrumentalisation » mais une critique extralarge – allant bien au-delà du mouvement LFI – d’une BD dont la trame entière relève du racisme systémique et des tropismes coloniaux.

Dans le nid douillet de « Quelle Epoque ! », interdit aux journalistes noirs et arabes, Ruffin était donc plus qu’à l’aise pour dérouler sa communication de crise. Une prestation dont chacun.e jugera de la pertinence en matière de lutte contre le racisme structurel comme de la défense du métier de reporter (à qui la déontologie interdit toute propagation de fake news).

Si le « député-reporter » ne s’est « pas reconnu » dans une case de sa BD, Nous – un « nous » citoyen, multicolore et décolonial -, on l’aura bien reconnu, y compris à travers son numéro de chouineur post bad buzz, qui reste « fier d’avoir fait cette BD »… Décidément, comme l’a écrit Adrien Quatennens (LFI) en 2024 : « Rejoins le RN direct ! On gagnera du temps et de l’énergie. »

Olivier Mukuna
©Finkape Roots

Pour celles et ceux qui l’auraient manquée (et on les comprend), ci-dessous, l’opération de « service public » : « Il faut sauver le soldat Ruffin » :

Source : la page FB de l’auteur
https://www.facebook.com/olivier.mukuna/…

Laisser un commentaire