Par Karine Bechet-Golovko

Le rattachement de la Crimée à la Russie suite au coup d’Etat ukrainien de 2014 n’a toujours pas été digéré par les Atlantistes, il reste leur plus grande défaite. Au-delà des gémissements des marionnettres de Kiev, les organes de gouvernance globale tentent de faire pression pour appuyer l’injonction américaine : la Russie doit « rendre » la Crimée à l’Ukraine, contre la volonté de ces habitants, qui se sont démocratiquement prononcés par référendum pour revenir en Russie. Après des tentatives échouées à l’ONU, le Conseil des ministres du Conseil de l’Europe, une organisation théoriquement paneuropéenne, mais à dominante atlantiste, vient de « dénoncer » une aggravation de la situation en Crimée depuis son rattachement. La Russie estime que cela, en dehors de toute réalité, constitue une atteinte à son intégrité territoriale et remet en cause l’autorité de l’institution. La situation continue à se détériorer, logiquement, puisqu’aucun élément nouveau ne permet d’en inverser la tendance, puisque ces organes in fine ne font que remplir leur rôle. Le temps du choix est arrivé.

Ce 11 mai, lors d’une séance du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe (qui n’est pas une instance de l’Union européenne), les pays membres de l’UE, majoritaires, ont fait pression pour que la déclaration ukrainienne, condamnant la détérioration des droits de l’homme en Crimée après son rattachement à la Russie, soit adoptée. Il n’y a en soi rien de surprenant, les instances européennes confirmant être devenues de simples courroies de transmission des intérêts atlantistes sur le continent européen.

La Russie, de son côté, a fortement condamné cette déclaration, qui selon elle n’a rien à voir avec la réalité de la situation sur place. L’on peut en effet rappeler, par exemple, que jusqu’au rattachement, les Tatars de Crimée n’avaient jamais réussi à obtenir des autorités ukrainiennes des garanties linguistiques, ce qui est le cas depuis.

Maria Zakharova la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré que cette position du Conseil de l’Europe est considérée à Moscou comme une atteinte portée à l’intégrité territoriale du pays et que cette politique d’endiguement de la Russie, portée par la majorité des Etats membres de l’UE au Conseil de l’Europe, porte un coup irréparable à l’autorité de cette institution, remettant en question les perspectives de la conserver comme une organisation paneuropéenne. Et la présidence exercée par l’Allemagne a encore aggravé la situation.

L’intérêt que présente la participation institutionnelle de la Russie au Conseil de l’Europe est en soi nul, ou plutôt dépassé. Il appartient à une autre époque, celle des illusions côté russe, et celle de soft power côté européen. Créé après la Seconde Guerre mondiale, il fait partie de ces organes de gouvernance globale, qui ont été mis en place à cette époque, soi-disant pour endiguer les poussées agressives et guerrière des Etats, même s’ils n’ont jamais pu empêcher un seul conflit. En revanche, ils ont joué un rôle non négligeable contre l’URSS tout d’abord, puis maintenant contre la Russie. En 1992, dès la fin de l’URSS, la Russie demande son adhésion. Il faudra attendre 1996, après le conflit tchétchène, pour qu’elle soit sérieusement examinée puis adoptée. Entre-temps, le pays s’est réformé, évidement pour devenir démocratique, selon le modèle-type vendu à l’exportation dans tout l’espace post-soviétique. What else

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du mirage occidental. Peut-être serait-il temps pour la Russie de faire acte de souveraineté et de sortir de ce cheval de Troie atlantiste, qui ne lui apporte rien. De toute manière, elle est incontournable pour régler les questions européennes et elle le sera d’autant plus qu’elle prendra ses distances avec ces organes, qui ne peuvent que l’affaiblir de l’intérieur. Il est temps de passer des mots aux actes, avant que les paroles ne perdent leur force.

Source : Russie politics
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