Par Karel Huybrechts

# LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/
CAUCASE-ARMENIE-ADZERBAIJAN : QUE SE PASSE-T-IL AU NAGORNO- KARABAKH ? (II)

Karel Huybrechts pour
Le Quotidien géopolitique – Geopolitical Daily/
de LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ)/

2023 09 24/ Série V/

Caucase-Arménie-Adzerbaijan :
Que se passe-t-il au Nagorno- Karabakh ? (partie II)

Haut-Karabakh: le Caucase du Sud, théâtre d’un «grand jeu» à front renversé

« Au monastère de Dadivank, un lieu saint important pour les Arméniens datant du XIIIe siècle, avant que le monastère ne soit cédé à l’Azerbaïdjan. Le monastère est désormais sous la protection des forces de maintien de la paix russes. Alors que Bakou fête sa victoire sur l’Arménie, un complexe jeu d’alliances se dessine dans le Caucase du Sud autour du conflit du Haut-Karabakh. »

« Bakou a fêté dans la liesse sa victoire sur l’Arménie, avec une foule agitant le drapeau israélien dans les rues de la capitale azerbaïdjanaise. (…) Ces images sont l’illustration du complexe jeu d’alliances, qui s’est dessiné dans le Caucase du Sud autour du conflit du Haut-Karabakh. Celui-ci transcende de façon surprenante les clivages religieux, ethniques et géopolitiques. »

« Ainsi, l’Iran des mollahs chiites soutient l’Arménie chrétienne, dont le principal garant était la Russie depuis les années 1990. Déçue par son parrain russe, alors que Moscou est accaparé par sa guerre en Ukraine, Erevan s’est tourné vers l’Occident, menant notamment des exercices militaires communs avec les États-Unis. Et a froissé au passage Vladimir Poutine, pour lequel ce type d’affront est devenu particulièrement indigeste … »

COMMENT L’UNION EUROPEENNE S’EST LIE LES MAINS AVEC LE GAZ DE BAKOU

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rencontré président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, le 18 juillet 2022, à Bakou.

L’Azerbaïdjan est devenu l’un des fournisseurs de substitution de l’UE dans sa folle quête d’émancipation du gaz russe après l’invasion de l’Ukraine.

«L’union européenne n’a rien trouvé de mieux que d’aller mendier auprès de l’Azerbaïdjan.» L’année dernière, Nerses Kopalyan, professeur de sciences politiques à l’université du Nevada, à Las Vegas, s’indignait dans les colonnes du Figaro de la signature de l’accord entre l’UE et le pays caucasien visant à doubler les importations de gaz. Quelques jours plus tôt, 60 élus français de gauche et de droite imploraient Bruxelles de ne pas se fournir davantage auprès du pays, accusé de«nettoyage ethnique» dans le Haut-Karabakh.

En vain. En juillet 2022, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’affichait à Bakou, tout sourire, aux côtés du président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, pour entériner une hausse graduelle des volumes de livraisons de gaz en Europe, d’ici 2027.

L’ACCORD GAZIER ENTRE L’EUROPE ET L’AZERBAÏDJAN A L’EPREUVE DE LA CRISE DU HAUT-KARABAKH

Après une attaque éclair contre l’enclave arménienne, l’Azerbaïdjan cherche à reprendre la main sur le territoire du Haut-Karabakh. L’Union européenne a condamné l’opération militaire déclenchée par la république gazière. Malgré un gros caillou dans la chaussure diplomatique de l’UE : les 27 ont passé un accord énergétique avec Bakou.

Cet accord controversé dès sa signature a été négocié par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

C’est une conséquence directe de la guerre russe en Ukraine. L’Azerbaïdjan fait partie des pays qui ont rempli le vide laissé par la fin des exportations de Gazprom.

Entre 2021 et 2022 les livraisons de gaz de la république caucasienne vers l’Europe ont bondi de 30%. Via le gazoduc reliant les rives de la mer Caspienne à l’Italie en passant par la Turquie. Les 27 sont aujourd’hui ses premiers clients. Pour sécuriser, pérenniser cette source d’approvisionnement, Ursula von der Leyen est allée à Bakou signer un protocole d’accord en juillet 2022. L’Azerbaïdjan promet alors de doubler ses livraisons d’ici 2027. En clair de fournir 20 milliards de mètres cubes de gaz, cela représente 5% de la consommation actuelle de l’UE.

Une promesse qui parait intenable selon les experts.

C’est l’avis en tout cas défendu par le magazine britannique The Economist comme par les universitaires de l’Institut d’Oxford pour les Études énergétiques qui ont fait un rapport sur le sujet. Cette promesse parait hors d’atteinte, d’abord parce que la demande locale va continuer à augmenter dans les prochaines années tandis que la production gazière de l’Azerbaïdjan sera à la traîne. Le Français TotalEnergies vient d’inaugurer la mise en production du champ d’Absheron. Il produira 5 milliards de mètres cube de gaz en 2027, soit la moitié des 10 milliards supplémentaires promis à l’UE. On ne voit pas à ce jour d’où vont venir les 5 autres milliards manquants, étant donné les incertitudes sur l’évolution des gisements en exploitation. À moins que des investissements rapides ne soient effectués pour doper la production, ce qui n’est pas d’actualité.

AUTRE OBSTACLE : LE GAZODUC QUI DESSERT ACTUELLEMENT L’EUROPE EST INSUFFISANT

Le TAP, Trans Adriatic Pipeline, qui dessert la Grèce puis l’Italie tourne déjà à pleine capacité. Pour doubler ses livraisons, l’Azerbaïdjan doit donc doubler son débit. Cela passe par un investissement colossal, qui doit être décidé au plus tard cette année afin que l’ouvrage soit opérationnel d’ici quatre ans. Enfin ce gaz azerbaïdjanais n’est pas donné. Il coûte trois fois plus cher que le gaz algérien. À toutes ces réserves sur le modèle économique de cet accord, s’ajoute une réserve liée aux objectifs climat. Si l’UE diminue sa consommation de gaz pour réduire ses émissions de carbone, les investissements nécessaires pour garantir l’acheminement depuis l’Azerbaïdjan sont-ils vraiment opportuns ?

UN ACCORD DONC DISCUTABLE SUR LE PLAN ECONOMIQUE, ET TRES CRITIQUE SUR LE PLAN POLITIQUE

Notamment parmi la classe politique française. De droite comme de gauche, tous ceux qui soutiennent la cause arménienne avaient signé une tribune en 2022 pour mettre en garde contre les risques géopolitiques qu’il comporte. Les évènements de ces derniers jours leur donnent raison.

C’est avec les revenus gaziers que le régime de Ilham Aliev achète les armes employées contre les Arméniens. En dopant ses importations de gaz azeri, les 27 ont donc indirectement financé cette guerre.

Ensuite les Européens s’exposent à consommer in fine du gaz russe. Etant donné que la production actuelle des puits de la mer Caspienne est incapable de couvrir et la demande domestique et la demande externe, Bakou a passé un contrat avec Gazprom pour assurer tous ses engagements. Au Parlement européen certains élus ont protesté mardi, demandant des sanctions contre Bakou. Une menace qui n’effraie pas vraiment le président Aliev : il peut compter sur l’appui de ses clients et alliés, comme la Hongrie et de l’Italie.

APRES L’ANNEXION DU HAUT-KARABAKH, L’ARMENIE MENACEE

Les autorités azéries ont donc obtenu la reddition des autorités de l’enclave arménienne du Haut-Karabakh. La pression politique et militaire s’accroît sur l’Arménie.

« Pachinian, traître ! », entend-on parmi les centaines de personnes rassemblées sur la place de la République au centre de la capitale arménienne, ce mercredi 20 septembre. Désorientés par l’offensive éclair menée la veille par les Azéris dans le Haut-Karabakh, enclave arménienne d’Azerbaïdjan, beaucoup d’habitants d’Erevan cherchent surtout à prendre des nouvelles de leurs familles restées là-bas. Mais d’autres prennent pour cible le Premier ministre Nikol Pachinian. L’annexion du Haut-Karabakh s’est en effet déroulée sans le soutien militaire de l’Arménie.

LES ARMENIENS ONT DU MAL A SE PROJETER DANS UN AVENIR SANS KARABAKH INDEPENDANT

Cela fait presque trois ans que le Haut-Karabakh est interdit à la presse. Depuis l’offensive de l’Azerbaïdjan, on ne sait ce qu’il s’y passe que lorsque l’on arrive à joindre quelqu’un sur place. La ville de Stepanakert est toujours entourée de soldats azerbaïdjanais. Pour les habitants de la région qui se trouvent aujourd’hui hors de l’enclave et en Arménie, l’avenir reste en suspens. Mais il apparaît sombre.

LOUKACHENKO : L’ARMENIE « NE PEUT PAS ECHAPPER » A L’ETAT D’UNION AVEC LA RUSSIE

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko estime que l’État de l’Union avec la Russie pourrait dans un avenir proche inclure d’autres pays également, comme l’Arménie, qui, selon lui, « ne peut pas y échapper ».« L’Arménie ne peut pas y échapper. Vous pensez que quelqu’un en a besoin ? Ils l’ont déjà vu », a déclaré Loukachenko dans une interview avec le journaliste russe Vladimir Soloviev.

Photo :
Luc Michel en Arménie (2013)

Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ)

* Avec le Géopoliticien de l’Axe Eurasie-Afrique :
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Source : Luc Michel