Dépeuplement de Gaza : le nettoyage ethnique ouvertement appelé par Israël ne rencontre que des oppositions de façade

Par l’Agence Média Palestine

Israël continue d’appeler ouvertement au déplacement massif de la population gazaouie, dans le silence quasi-total de la communauté internationale.

« Nous ne nous retirerons pas. » Souriant face caméra, vêtu d’un gilet militaire pare-balle, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’exprime du haut d’un monticule situé à proximité de la Ligne jaune, cette démarcation prive les Palestinien-nes de Gaza de 60% de leurs terres. Selon les termes du plan de « paix » officiellement en vigueur depuis octobre 2025, l’armée israélienne devait s’en retirer progressivement, bien qu’elle n’ait jamais montré aucun signe de volonté en ce sens.

Couvrant initialement un peu plus de 50% de l’enclave palestinienne, la zone contrôlée par Israël n’a cessé de s’étendre, les soldat-es israélien-nes déplaçant progressivement les monticules de terre et blocs de bétons démarquant l’espace, et rasant les constructions restantes. En décembre 2025, le chef militaire Eyal Zamir avait d’ailleurs qualifié la ligne jaune de « nouvelle frontière » entre Israël et la bande de Gaza. 

Et cette position n’a jamais été plus claire avec cette visite de Benjamin Netanyahou à Gaza, qui inspecte avec satisfaction le paysage dévasté et pointe au-delà : « D’ici, on peut voir Ashkelon. On peut voir toutes nos communautés, dans toutes les directions : Sderot, Netivot, et les kibboutzim. Nous contrôlons la zone. Nous ne nous retirerons pas. Nous restons sur cette ligne. Nous contrôlons 60% de la bande de Gaza et nous ne nous arrêterons pas, car nous éliminons, jour après jour, les terroristes qui nous menacent. »

Le dépeuplement annoncé de Gaza

Cette visite du premier ministre israélien à Gaza, qui s’est déroulée mercredi 2 septembre dernier, est un signal clair. D’autant plus que, le même jour, son ministre de la Défense Israël Katz déclarait dans la presse israélienne qu’« en fin de compte, il n’y a pas de véritable solution pour Gaza sans migration », affirmant que la majorité de la population gazaouie souhaitait quitter l’enclave, citant un sondage mené par son propre ministère.

« Ce moment viendra. Quand viendra-t-il ? Quand il aura été suffisamment prouvé que le Hamas ne respecte pas ses engagements. Nous aurons alors le feu vert pour aller de l’avant sur les plans militaire, territorial et dans d’autres domaines, et les choses s’accéléreront. »

Ces euphémismes de la « migration » ou du « départ volontaire » des Palestinien-nes de Gaza ont déjà été largement critiqués comme dissimulant un projet de nettoyage ethnique. Il n’en sont pas moins un projet continuellement avancé par Israël, qui a même créé en mars dernier une administration spécifique chargée d’administrer le projet de « départ volontaire » des Gazaoui·es.

Pour Euro-Med Human Rights Monitor, « un “choix” fait sous la contrainte n’est pas un choix du tout. » Commentant les propos de Katz sur son compte X, l’organisation rappelle que « qualifier le déplacement forcé de « migration » ne le rend en aucune façon volontaire, et ne peut nier le fait qu’il s’agit d’un nettoyage ethnique. » Le déplacement forcé de populations civiles constitue un crime de guerre au regard du droit international.

Lors de son annonce, le lendemain, de son projet de dépeuplement de Gaza sur 7 ans, le ministre en campagne Itamar Ben-Gvir n’a pas pris la peine d’enrober son projet de ces euphémismes : « au lieu de creuser des tunnels, il est temps de faire les valises », a-t-il lancé.

Le plan d’Itamar Ben Gvir, long de 20 pages, prévoit le départ de 250 000 Palestinien-nes de Gaza la première année, puis de 1,8 million sur 7 ans. Son parti, Otzma Yehudit, promet à celles et ceux qui accepteraient de partir des aides et un logement. Reste la question épineuse de la destination, car une telle opération nécessiterait une coordination internationale de grande envergure et des accords politiques qui n’existent pas à l’heure actuelle.

L’opposition états-unienne de façade

Au lendemain de cette annonce et dans une rare manifestation publique de désaccord avec Israël, les États-Unis ont rejeté ces appels à l’évacuation de la population palestinienne de Gaza. 

« Comme l’indique explicitement le point 12 du plan du président : “Personne ne sera contraint de quitter Gaza et ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et libres d’y revenir. Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza” », a déclaré vendredi un porte-parole du Département d’État dans un communiqué cité par Al Jazeera. « Les États-Unis ne soutiennent aucun plan ni aucune proposition visant le déplacement forcé, l’expulsion ou le transfert obligatoire de la population de Gaza. »

La maison blanche rappelle également son engagement en faveur de la feuille de route du plan de « paix » acceptée par le Hamas en juillet dernier, qui prévoyait la fin des attaques israéliennes meurtrières quasi quotidiennes et le retrait progressif d’Israël de la bande de Gaza, à l’issue desquels le groupe palestinien s’engageait à désarmer son mouvement.

Pourtant, après le rejet officiel en août de cette feuille de route par Netanyahou, les États-Unis se sont alignés sur la position israélienne, l’émissaire Jared Kushner affirmant qu’il n’y aurait aucune reconstruction à Gaza tant que le Hamas ne serait pas désarmé et soulignant que les États-Unis ne « restreindraient pas le droit d’Israël à se défendre. ». 

Cette ambiguïté de la position israélienne n’est bien sûr que de façade, le soutien politique, économique et militaire états-unien à Israël étant largement acquis, malgré un basculement de plus en plus notable de l’opinion publique. Les États-Unis ont versé plus de 25 milliards de dollars à Israël depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza en octobre 2023.

Le mois dernier, la directrice exécutive de l’Association des agences de développement international (AIDA) Athena Rayburn, qui représente plus de 100 ONG humanitaires et de développement dans le territoire palestinien occupé, déclairait que le Conseil de paix avait non seulement « échoué » à Gaza, mais avait également « contribué à ancrer davantage la présence illégale d’Israël » sur ce territoire.

« Le mandat que ce Conseil [de l’ONU] a donné au Conseil de la paix est utilisé pour obscurcir la poursuite des actions d’Israël qui violent les droits fondamentaux des Palestiniens de Gaza et les règles les plus élémentaires du droit international humanitaire », affirmait Athena Rayburn, ajoutant  que « cela ne peut pas devenir le nouveau statu quo. » 

Source : Agence Média Palestine
https://agencemediapalestine.fr/…

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