Par Rami Abou Reida

Depuis une semaine, les informations et les images se succèdent au sujet de cette « ville humanitaire » qui devrait être construite dans l’est de Rafah, et vers laquelle environ cinquante mille personnes seraient déplacées.

Mais la question que personne ne semble vouloir poser est : 𝗘𝗧 𝗔𝗣𝗥𝗘̀𝗦 ?

Ça suffit de nous mépriser…

Nous ne sommes pas des chiffres que l’on additionne dans des tableaux, ni des marchandises que l’on transporte d’un endroit à un autre, ni des corps que l’on range dans des conteneurs métalliques en attendant la suite.

𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗦𝗢𝗠𝗠𝗘𝗦 𝗗𝗘𝗦 𝗛𝗨𝗠𝗔𝗜𝗡𝗦.

Nous avions des maisons, des souvenirs, des arbres que nous avions plantés de nos propres mains, des rues dont nous connaissions chaque détail, des écoles où allaient nos enfants, des voisins, des relations sociales, un passé, des rêves, des projets et le droit d’imaginer un avenir qui ne ressemble pas à une tente.

Voilà bientôt trois ans que nous vivons sous des tentes.

Trois années sous le soleil, la pluie, le froid et la chaleur, à essayer de protéger nos enfants du feu, de la maladie, de la faim et de la peur. Trois années de déplacements successifs, de perte de nos maisons, de nos lieux de vie, de notre sécurité et de notre intimité.

𝗦𝗘𝗥𝗔𝗜𝗧-𝗖𝗘 𝗗𝗢𝗡𝗖 𝗟𝗔 𝗦𝗢𝗟𝗨𝗧𝗜𝗢𝗡 : 𝗗𝗘́𝗣𝗟𝗔𝗖𝗘𝗥 𝗟𝗔 𝗧𝗘𝗡𝗧𝗘 𝗩𝗘𝗥𝗦 𝗨𝗡 𝗔𝗨𝗧𝗥𝗘 𝗘𝗡𝗗𝗥𝗢𝗜𝗧, 𝗦𝗢𝗨𝗦 𝗨𝗡𝗘 𝗙𝗢𝗥𝗠𝗘 𝗨𝗡 𝗣𝗘𝗨 𝗗𝗜𝗙𝗙𝗘́𝗥𝗘𝗡𝗧𝗘, 𝗘𝗧 𝗟𝗨𝗜 𝗗𝗢𝗡𝗡𝗘𝗥 𝗨𝗡 𝗡𝗢𝗨𝗩𝗘𝗔𝗨 𝗡𝗢𝗠 ?

En tant qu’architecte, je considère que l’habitat n’est pas seulement quatre murs, un toit et un espace pour dormir.

L’habitat, c’est l’intimité, la sécurité, la lumière et l’air, l’eau et l’assainissement, un espace qui permet à une famille de vivre, et non simplement de s’entasser.

C’est aussi l’école, la rue, la place, l’arbre, l’espace de jeu des enfants, les lieux de déplacement et de travail, l’agriculture, l’activité économique et les relations qui construisent une société.

Mais si l’on conçoit des rangées répétitives de boîtes, et que l’on installe des dizaines de milliers de personnes dans des carrés identiques sur une terre aride, puis qu’on appelle cela une « ville », ce n’est pas une ville.

𝗖’𝗘𝗦𝗧 𝗣𝗟𝗨𝗧𝗢̂𝗧 𝗨𝗡𝗘 𝗜𝗠𝗠𝗘𝗡𝗦𝗘 𝗣𝗥𝗜𝗦𝗢𝗡.

𝗨𝗡𝗘 𝗩𝗜𝗟𝗟𝗘 𝗡’𝗘𝗦𝗧 𝗣𝗔𝗦 𝗨𝗡𝗘 𝗜𝗡𝗚𝗘́𝗡𝗜𝗘𝗥𝗜𝗘 𝗗𝗘 𝗕𝗢𝗜̂𝗧𝗘𝗦. 𝗨𝗡𝗘 𝗩𝗜𝗟𝗟𝗘, 𝗖’𝗘𝗦𝗧 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗩𝗜𝗘.

Comment une famille nombreuse peut-elle vivre dans un espace qui ne tient pas compte du nombre de ses membres ?

Comment les enfants peuvent-ils grandir sans espace pour jouer ?

Où est l’intimité ?

Où sont les arbres ?

Où est l’ombre ?

Où sont les écoles, les centres de santé, les marchés et les lieux de travail ?

Où sont les espaces publics qui permettent aux habitants de se rencontrer et de retrouver une partie de leur vie normale ?

Et surtout, quelqu’un a-t-il demandé aux habitants eux-mêmes : 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗩𝗢𝗨𝗟𝗘𝗭-𝗩𝗢𝗨𝗦 𝗩𝗜𝗩𝗥𝗘 ?

Nous ne refusons pas un logement sûr. Nous ne refusons aucun endroit capable de protéger les gens de la mort et de l’errance.

Mais nous refusons que l’aide humanitaire devienne 𝗨𝗡𝗘 𝗔𝗥𝗖𝗛𝗜𝗧𝗘𝗖𝗧𝗨𝗥𝗘 𝗗𝗨𝗥𝗔𝗕𝗟𝗘 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗣𝗥𝗜𝗩𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡.

Nous voulons des logements qui respectent l’être humain, pas simplement des endroits où l’on peut nous abriter.

Nous voulons un urbanisme qui prenne en compte la famille, la société, le climat, l’intimité et les besoins quotidiens.

Nous voulons des arbres, des espaces ouverts, des cheminements, des équipements publics, des écoles, des centres de santé et des espaces pour les enfants.

Nous voulons que 𝗟’𝗛𝗨𝗠𝗔𝗜𝗡 𝗦𝗢𝗜𝗧 𝗟𝗘 𝗣𝗢𝗜𝗡𝗧 𝗗𝗘 𝗗𝗘́𝗣𝗔𝗥𝗧 𝗗𝗨 𝗣𝗥𝗢𝗝𝗘𝗧, et non le nombre d’unités que l’on peut installer sur un terrain, entouré de grillages, de portails et d’un dispositif de sécurité renforcé.

Nos maisons ont été détruites, mais notre idée de la maison ne doit pas l’être avec elles.

Nous avons perdu nos lieux de vie, mais nous ne devons pas perdre le droit de construire un nouvel endroit qui soit digne de nous.

𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗦𝗢𝗠𝗠𝗘𝗦 𝗗𝗘𝗦 𝗖𝗜𝗩𝗜𝗟𝗦. 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗔𝗩𝗢𝗡𝗦 𝗣𝗔𝗬𝗘́, 𝗘𝗧 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗣𝗔𝗬𝗢𝗡𝗦 𝗘𝗡𝗖𝗢𝗥𝗘, 𝗨𝗡 𝗣𝗥𝗜𝗫 𝗧𝗥𝗘̀𝗦 𝗟𝗢𝗨𝗥𝗗 : 𝗡𝗢𝗧𝗥𝗘 𝗧𝗘𝗠𝗣𝗦, 𝗡𝗢𝗦 𝗠𝗔𝗜𝗦𝗢𝗡𝗦, 𝗡𝗢𝗧𝗥𝗘 𝗠𝗘́𝗠𝗢𝗜𝗥𝗘 𝗘𝗧 𝗟’𝗔𝗩𝗘𝗡𝗜𝗥 𝗗𝗘 𝗡𝗢𝗦 𝗘𝗡𝗙𝗔𝗡𝗧𝗦.

Nous ne voulons donc pas être un problème qu’il faut cacher derrière des barrières, ni des chiffres qu’il faut répartir dans des carrés.

Nous voulons être 𝗗𝗘𝗦 𝗣𝗔𝗥𝗧𝗜𝗖𝗜𝗣𝗔𝗡𝗧𝗦 𝗔̀ 𝗟𝗔 𝗗𝗘́𝗖𝗜𝗦𝗜𝗢𝗡 𝗤𝗨𝗜 𝗖𝗢𝗡𝗖𝗘𝗥𝗡𝗘 𝗡𝗢𝗧𝗥𝗘 𝗩𝗜𝗘.

Demandez aux gens avant de les déplacer.

Demandez aux mères ce dont leurs enfants ont besoin.

Demandez aux pères ce dont leurs familles ont besoin.

Demandez aux architectes ce que signifie un habitat digne.

Et demandez aux enfants où ils veulent grandir.

𝗡𝗘 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗖𝗢𝗡𝗦𝗧𝗥𝗨𝗜𝗦𝗘𝗭 𝗣𝗔𝗦 𝗨𝗡 𝗘𝗡𝗗𝗥𝗢𝗜𝗧 𝗦𝗘𝗨𝗟𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗣𝗔𝗥𝗖𝗘 𝗤𝗨𝗘 𝗩𝗢𝗨𝗦 𝗘𝗡 𝗔𝗩𝗘𝗭 𝗟𝗘 𝗣𝗢𝗨𝗩𝗢𝗜𝗥. 𝗖𝗢𝗡𝗦𝗧𝗥𝗨𝗜𝗦𝗘𝗭 𝗨𝗡 𝗘𝗡𝗗𝗥𝗢𝗜𝗧 𝗢𝗨̀ 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗣𝗢𝗨𝗩𝗢𝗡𝗦 𝗩𝗜𝗩𝗥𝗘.

Et maintenant, que faisons-nous ? Et après ?

𝗔𝗣𝗥𝗘̀𝗦 𝗟𝗔 𝗧𝗘𝗡𝗧𝗘, 𝗜𝗟 𝗗𝗢𝗜𝗧 𝗬 𝗔𝗩𝗢𝗜𝗥 𝗨𝗡𝗘 𝗠𝗔𝗜𝗦𝗢𝗡.

𝗔𝗣𝗥𝗘̀𝗦 𝗟𝗘 𝗗𝗘́𝗣𝗟𝗔𝗖𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧, 𝗜𝗟 𝗗𝗢𝗜𝗧 𝗬 𝗔𝗩𝗢𝗜𝗥 𝗟𝗔 𝗦𝗧𝗔𝗕𝗜𝗟𝗜𝗧𝗘́.

𝗔𝗣𝗥𝗘̀𝗦 𝗟𝗔 𝗗𝗘́𝗦𝗧𝗥𝗨𝗖𝗧𝗜𝗢𝗡, 𝗜𝗟 𝗗𝗢𝗜𝗧 𝗬 𝗔𝗩𝗢𝗜𝗥 𝗟𝗔 𝗥𝗘𝗖𝗢𝗡𝗦𝗧𝗥𝗨𝗖𝗧𝗜𝗢𝗡.

𝗔𝗣𝗥𝗘̀𝗦 𝗧𝗔𝗡𝗧 𝗗𝗘 𝗦𝗢𝗨𝗙𝗙𝗥𝗔𝗡𝗖𝗘, 𝗜𝗟 𝗗𝗢𝗜𝗧 𝗬 𝗔𝗩𝗢𝗜𝗥 𝗨𝗡𝗘 𝗩𝗜𝗘 𝗗𝗜𝗚𝗡𝗘 𝗗𝗘 𝗟’𝗛𝗨𝗠𝗔𝗜𝗡, 𝗣𝗔𝗦 𝗨𝗡 𝗖𝗢𝗡𝗧𝗘𝗡𝗘𝗨𝗥 𝗤𝗨𝗜 𝗥𝗘𝗦𝗦𝗘𝗠𝗕𝗟𝗘 𝗔̀ 𝗨𝗡𝗘 𝗣𝗥𝗜𝗦𝗢𝗡.

Nous sommes épuisés. Nous ne savons plus quoi faire…

𝗣𝗔𝗥𝗙𝗢𝗜𝗦, 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗔𝗩𝗢𝗡𝗦 𝗟’𝗜𝗠𝗣𝗥𝗘𝗦𝗦𝗜𝗢𝗡 𝗤𝗨𝗘 𝗣𝗘𝗥𝗦𝗢𝗡𝗡𝗘 𝗡𝗘 𝗣𝗘𝗨𝗧 𝗡𝗢𝗨𝗦 𝗥𝗘𝗡𝗗𝗥𝗘 𝗝𝗨𝗦𝗧𝗜𝗖𝗘.

17 août 2026

𝗠𝗲𝘀 é𝗰𝗿𝗶𝘁𝘀… 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝗺𝗮 𝘁𝗲𝗻𝘁𝗲

𝗔𝗹-𝗠𝗮𝘄𝗮𝘀𝗶 – 𝗞𝗵𝗮𝗻 𝗬𝗼𝘂𝗻𝗶𝘀 – 𝗚𝗮𝘇𝗮

Source : la page FB de l’auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida

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