Rapport du CPI

Les discussions sur la solidarité internationale avec la Palestine ne sont plus un sujet marginal, limité aux déclarations officielles ou à la couverture médiatique saisonnière. Ces dernières années, et plus particulièrement depuis l’escalade de l’agression contre Gaza, ont été marquées par une profonde transformation des mentalités populaires, politiques et culturelles à travers le monde. La Palestine n’est plus seulement une cause suscitant la sympathie à distance ; elle est devenue un enjeu moral et politique majeur, révélant la position des individus, des institutions et des nations sur le colonialisme, la justice et le droit des peuples à la liberté.
Ce changement ne signifie pas que le rapport de force s’est complètement inversé, ni que la solidarité internationale est désormais unifiée ou capable, à elle seule, de mettre fin aux crimes. Il signifie plutôt que le récit palestinien, que les grandes puissances ont cherché à isoler et à déformer pendant des décennies, trouve désormais des canaux de diffusion et d’influence plus larges. Et c’est là que réside l’importance de cette étape : une solidarité plus large et plus affirmée, et un lien plus fort avec l’action sur le terrain, dans les médias et dans l’arène juridique.
Evolution de la solidarité mondiale avec la Palestine
Ce qui frappe aujourd’hui, c’est que la solidarité avec la Palestine ne se limite plus aux cadres traditionnels associés aux partis de gauche ou aux mouvements arabes et islamiques, malgré l’importance historique de ces cercles. On observe une nette expansion horizontale de cette solidarité, qui englobe les syndicats étudiants, les associations professionnelles, les mouvements antiracistes, les organisations de défense des droits humains, les artistes, les universitaires et les communautés immigrées qui voient en la Palestine le reflet direct de leurs propres expériences de discrimination, de colonialisme et d’oppression.
Cette expansion n’est pas apparue par hasard. Les scènes de génocide perpétrées par l’entité génocidaire à Gaza, le ciblage systématique des civils par l’occupation, la destruction d’hôpitaux et d’écoles, et la dure réalité du caractère colonial de cette occupation ont contribué à lever le voile sur les mensonges qui permettaient auparavant à la rhétorique sioniste de se dérober à ses responsabilités. Face à une telle évidence, il devient difficile de présenter le bourreau comme la victime, et la défense de la Palestine se rapproche d’un minimum de cohérence morale.

Dans le même temps, la nature même de la solidarité a changé. Elle ne se limite plus aux marches symboliques ni aux gestes émotionnels passagers. On observe un glissement progressif de la sympathie à l’action, de la condamnation à la pression, et de l’engagement numérique à l’organisation de boycotts, aux actions en justice et à la demande de comptes aux responsables politiques. Cette évolution qualitative est l’une des caractéristiques les plus marquantes de notre époque.
Le génocide a fait 73 000 martyrs palestiniens et plus de 173 000 blessés, avec la destruction d’environ 90 % des bâtiments de la bande de Gaza.
Une opinion mondiale active
Dans les grandes capitales occidentales, des foules immenses ont envahi les rues à maintes reprises, non pas une seule fois, sous le coup de l’émotion, mais pendant des semaines et des mois. Cette persistance est politiquement significative car elle remet en question l’idée longtemps répandue selon laquelle le sentiment occidental serait automatiquement favorable à l’occupation, ou que le discours palestinien serait incapable de s’imposer dans l’espace public en Europe et en Amérique du Nord.

Les manifestations d’envergure à Londres, Washington, Paris, Madrid, Berlin et dans plusieurs villes américaines, canadiennes et australiennes ont révélé deux choses :
Premièrement, un fossé se creuse entre l’opinion publique et les positions des gouvernements qui soutiennent l’occupation.
Deuxièmement, une large partie de la population considère désormais la Palestine comme un enjeu de justice mondiale, et non plus comme une question étrangère sans lien avec leur vie politique.
Il convient toutefois de noter que les manifestations publiques n’entraînent pas automatiquement de changements politiques. De nombreux gouvernements occidentaux ont continué de soutenir l’occupation malgré une forte opposition publique. Mais cela n’annule pas l’effet cumulatif. La pression publique soutenue affaiblit la capacité des élites politiques et médiatiques à monopoliser le discours et contraint les partis, les universités, les municipalités et les syndicats à revoir leurs positions.
Les universités comme arène de conflit politique
Le mouvement étudiant fut l’une des expressions les plus vivantes et visibles de la solidarité mondiale. Dans de nombreuses universités, les étudiants ne se sont pas contentés d’organiser des veillées ou des séminaires, mais sont allés plus loin en organisant des sit-in et des manifestations directes, exigeant la rupture des liens académiques et financiers avec les institutions soutenant l’occupation.

Ce phénomène est significatif car l’université n’est pas seulement un lieu d’enseignement, mais aussi un laboratoire pour les élites et un espace de production de discours et de savoirs. Lorsque la question palestinienne émerge sur les campus, elle se place au cœur du débat sur le droit international, la liberté d’expression, le colonialisme et le racisme structurel. C’est pourquoi la répression a été si sévère dans de nombreux cas, allant des arrestations aux sanctions administratives et à la diffamation médiatique.
Mais la répression a aussi eu l’effet inverse. Elle a mis en lumière le double discours des institutions qui prétendent défendre les libertés tout en punissant ceux qui soutiennent la Palestine. Ce paradoxe a révélé la structure politique et idéologique qui tente de soustraire l’occupation à toute responsabilité.
Les plateformes numériques brisent le monopole, mais sans l’abolir
On ne peut comprendre le mouvement de solidarité international avec la Palestine sans prendre en compte la sphère numérique. Les réseaux sociaux ont permis une diffusion sans précédent de témoignages, d’images et de vidéos en provenance de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem. Cet afflux a réduit la capacité des médias traditionnels à imposer un récit unique, comme c’était le cas par le passé.

Cependant, le tableau n’est pas entièrement idyllique. L’espace numérique lui-même est devenu un champ de bataille pour le récit palestinien. On observe des restrictions sur les contenus palestiniens, des suppressions de comptes, un accès limité, une distorsion systématique de la terminologie et des tentatives persistantes de dissocier les crimes de leur contexte colonial. Par conséquent, l’impact de ces plateformes ne doit pas être perçu comme une simple victoire technologique, mais plutôt comme une lutte quotidienne où le récit palestinien progresse et régresse tour à tour.
Cependant, une vérité fondamentale demeure : les Palestiniens d’aujourd’hui, ainsi que leurs soutiens à travers le monde, n’ont plus à attendre qu’un médiateur occidental reconnaisse leur existence. Il s’agit d’un tournant historique dans la bataille des récits. Cela ne résout pas le conflit, mais ouvre un champ d’action plus vaste pour le dénouer.
De l’empathie humaine au cadre de la libération
L’un des changements les plus significatifs dans le discours sur la solidarité est le passage d’un langage humanitaire purement abstrait à un discours politique plus nuancé. Pendant de nombreuses années, le discours international a souvent réduit le Palestinien à une simple victime ayant besoin d’aide. Désormais, cependant, des concepts tels que le colonialisme de peuplement, l’apartheid, le droit à l’autodétermination et la responsabilité juridique occupent une place de plus en plus importante.
Ce changement n’est pas un simple détail linguistique. Lorsque l’on comprend ce qui se passe en Palestine comme une structure coloniale persistante, et non comme de simples cycles de violence réciproque, la nature de la solidarité se transforme. La question n’est plus seulement de savoir comment soulager la souffrance, mais aussi comment s’attaquer au système qui la produit et la reproduit.

C’est précisément dans ce contexte que le rôle des campagnes de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) prend toute son importance, de même que celui des associations professionnelles, des églises, des collectivités locales et des institutions culturelles, qui subissent une pression croissante pour agir. Si cette tendance n’évolue pas au même rythme dans tous les pays, elle est devenue une constante du paysage mondial.
Sud global et restauration de la boussole
En Amérique latine, en Afrique et dans certaines régions d’Asie, la solidarité avec la Palestine s’inscrit dans des contextes historiques plus larges, liés à la résistance au colonialisme et à la domination. De ce fait, de nombreuses sociétés ayant subi l’oppression, l’occupation et la discrimination raciale appréhendent la Palestine à travers leurs propres expériences, plutôt qu’à travers le récit occidental officiel.
Cela ne signifie pas pour autant que les positions des gouvernements des pays du Sud soient toujours en phase avec l’opinion publique ou les discours de libération. Les intérêts et les pressions internationales y sont fortement présents. Toutefois, la tendance générale montre que la Palestine occupe toujours une place centrale dans la conscience politique de nombreux peuples et qu’elle est capable de retrouver toute son importance dès que la nature du conflit se précise.
Qu’est-ce qui limite l’efficacité de la solidarité ?
Malgré son ampleur, la solidarité internationale ne saurait être perçue comme un bloc homogène ni comme une force capable d’imposer à elle seule un changement politique. Des obstacles majeurs subsistent :
Premièrement, cette solidarité est souvent saisonnière : elle s’intensifie lors des massacres puis s’amenuise avec la diminution de la couverture médiatique. Deuxièmement, les régimes soutenant l’occupation disposent de moyens considérables : médias, systèmes juridiques, ressources financières et pression politique.

Le troisième obstacle réside dans la tentative de criminaliser la solidarité elle-même, en qualifiant les partisans de la cause palestinienne d’antisémites, de menaces pour la sécurité publique ou de perturbateurs de l’ordre universitaire. Cette tactique a été largement utilisée pour intimider des personnes et des institutions, et a parfois réussi à freiner l’élan de certains groupes, mais elle n’est pas parvenue à étouffer complètement le mouvement.
Il existe également un problème de décalage entre les paroles et les actes. Tous ceux qui brandissent le drapeau palestinien ne sont pas prêts à participer à des boycotts, à exercer des pressions institutionnelles ou à assumer les coûts d’une prise de position. Par conséquent, le véritable défi consiste à transformer la solidarité, d’une expression ponctuelle, en une structure durable et concrète.
Avenir de la solidarité mondiale avec la Palestine
La prochaine phase sera probablement marquée par une polarisation accrue. Le soutien populaire à la Palestine s’étendra parmi les jeunes, les universités et les mouvements sociaux, tandis que les gouvernements et les institutions alignés sur l’occupation intensifieront leurs tentatives de contrôle et de répression. Il ne s’agit pas d’une simple contradiction, mais bien de l’expression d’une crise plus profonde de légitimité politique et morale au sein même de l’Occident.
Les efforts de solidarité s’orienteront probablement vers des approches plus spécialisées. On observera une intensification des actions en justice, du lobbying auprès des entreprises, des demandes de comptes aux universités et de la constitution d’archives documentaires qui contreront la propagande sioniste par des preuves et des témoignages. Les médias et plateformes indépendants axés sur le récit palestinien, notamment les institutions fortes d’une longue expérience dans cette lutte comme le Centre d’information palestinien, demeureront un élément essentiel de cet effort.
Mais surtout, la Palestine n’est plus une question circonscrite à des frontières géographiques étroites ni réduite à de simples reportages. Elle a retrouvé son statut de lutte de libération qui réexamine les questions fondamentales de justice, d’hégémonie, de mémoire et de droits. Ce rétablissement n’est pas une faveur accordée par quiconque, mais le fruit de la persévérance palestinienne, dont le prix a été payé pendant des décennies par les populations de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem, par les prisonniers et par la diaspora.
La véritable solidarité ne se mesure pas au volume des protestations, mais à sa capacité à demeurer inébranlable face aux tentatives de pouvoir pour faire taire les consciences. C’est pourquoi l’espoir ne réside pas dans une vague passagère, mais dans une prise de conscience mondiale qui se dessine lentement et qui reconnaît de plus en plus que la question palestinienne n’est pas un problème reporté, mais une épreuve actuelle pour tous ceux qui se réclament de la liberté.
Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…
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