Rapport du CPI

Lorsque les forces d’occupation sionistes effacent une famille entière de Gaza des registres d’état civil et qu’un titre de presse annonce leur « mort lors d’affrontements », il ne s’agit pas d’une simple erreur professionnelle. Il s’agit d’un parti pris médiatique à l’égard de la Palestine, dans sa forme la plus dangereuse et quotidienne : un langage qui minimise le crime, occulte le coupable et marginalise la victime, alors même qu’elle gît sous les décombres.

Il ne s’agit pas ici d’une simple divergence d’opinions ou d’une variation de style éditorial. Ce qui se produit dans une grande partie de la couverture médiatique internationale, c’est la construction d’un récit politique complet par le choix des mots, la hiérarchisation des priorités, la légitimation d’un camp (l’occupation) et la déshumanisation de l’autre (les Palestiniens). Concernant la Palestine, ce parti pris ne se limite pas à l’actualité ; il s’étend au contexte historique, à la manière dont les invités sont interviewés, à la formulation des questions et à la détermination de qui a le droit de s’expliquer et de qui est simplement tenu de justifier sa survie.

Parti pris des médias occidentaux contre la Palestine

La forme la plus flagrante de partialité réside dans le langage. Nombre de médias décrivent un Palestinien tué par des tirs sionistes comme « mort » ou « ayant trouvé la mort », tandis qu’ils emploient des verbes directs et percutants lorsqu’il s’agit d’une victime sioniste. La différence n’est pas seulement linguistique. La voix passive occulte la responsabilité, transformant le crime en un événement mystérieux sans coupable.

Se pose ensuite la question de la terminologie. L’occupation est présentée comme un « conflit » entre deux parties égales, comme si un peuple confronté à un génocide, un siège, une colonisation et un déplacement forcé était sur un pied d’égalité avec une force militaire lourdement armée et soutenue internationalement. Ce cadrage n’est pas neutre. Il redéfinit la réalité pour servir une structure politique qui perçoit le colonialisme comme un simple différend frontalier.

Dans la couverture médiatique de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza, les événements sont souvent sortis de leur contexte. On mentionne une attaque, une opération ou un affrontement, mais on passe sous silence les raids, les arrestations, les assassinats, les confiscations de terres et le siège suffocant qui les précèdent. Lorsqu’un événement est décontextualisé, le Palestinien apparaît comme l’unique responsable de la violence, au lieu d’être perçu comme une victime de violences systématiques et permanentes.

Les biais ne se limitent pas aux textes. Ils se manifestent aussi dans la structure même des plateformes d’information. Qui est constamment présenté comme « expert » ou « analyste de sécurité » ? Et qui est invité uniquement pour raconter sa tragédie personnelle, puis interrompu dès qu’il aborde la politique, le droit ou l’histoire ?

Les responsables sionistes bénéficient souvent d’une large tribune pour réitérer le récit de la « légitime défense » sans avoir à rendre de véritables comptes, tandis que les porte-parole palestiniens sont traités comme des accusés soumis à un examen moral rigoureux lors de chaque interview. On les interroge sur leur culpabilité avant même de les interroger sur les faits. On leur demande d’expliquer pourquoi les civils méritent d’être protégés, alors que l’autre partie n’est pas tenue d’expliquer le système de siège, de bombardement, d’occupation et de colonisation avec la même rigueur.

Ce déséquilibre dans la répartition de la légitimité est l’un des aspects les plus profonds des préjugés des médias sur la Palestine, car il ne modifie pas seulement ce qui est dit, mais détermine fondamentalement qui est autorisé à formuler le sens général de l’événement.

Les images choisies par les rédactions façonnent l’opinion publique autant, voire plus, que les mots. Lorsque les Palestiniens ne sont montrés que dans des moments de destruction, en train de pleurer et de fuir, sans aucune représentation de leur vie quotidienne, de leurs visages, de leurs noms ou de leurs rêves, ils sont réduits à une masse humaine à jamais associée à la tragédie. Lorsque les sionistes génocidaire par essence sont présentés avec des portraits, leurs noms complets et des histoires de famille, le contraste en matière d’empathie devient flagrant.

Même les cartes et les illustrations ne sont pas neutres. Effacer les noms des villages, ignorer l’expansion des colonies ou utiliser des expressions vagues au lieu de descriptions juridiques et politiques précises, tout cela véhicule un seul message : le Palestinien est présent comme un élément d’actualité accessoire, et non comme propriétaire de la terre, de l’histoire et des droits.

L’un des problèmes les plus graves de la couverture médiatique occidentale dominante est qu’elle appréhende la Palestine comme une succession d’événements soudains et violents. Le récit débute avec le tir de missile, le raid ou l’opération, et non avec les décennies de Nakba, d’occupation et de déplacements de population. Cette chronologie déformée donne l’impression que la violence surgit du néant et exonère la structure coloniale de toute responsabilité.

Gaza est incompréhensible sans sa judaïsation, ses incursions et les déplacements de population. La Cisjordanie est incompréhensible sans les colonies, les points de contrôle et les arrestations quotidiennes. Lorsque tout cela se résume à quelques minutes d’actualité ou à de brèves phrases qui assimilent l’oppresseur à l’opprimé, la couverture médiatique est non seulement incomplète, mais elle se rend complice de l’enfumage et de la désinformation.

Les raisons ne sont pas uniques. Il existe un long héritage politique et culturel au sein des institutions médiatiques occidentales qui confère automatiquement une légitimité au discours sioniste. S’y ajoutent des réseaux de lobbying, des rapports de force et une crainte éditoriale d’être accusé d’utiliser des termes tels qu’occupation, colonialisme de peuplement ou nettoyage ethnique .

De plus, de nombreuses rédactions considèrent les sources officielles et militaires comme « fiables », tout en traitant les témoignages palestiniens comme des informations nécessitant systématiquement un examen excessif ou une publication différée. Ce traitement différencié a pour conséquence que le discours du pouvoir génocidaire s’impose en premier dans l’actualité, et que la victime est ensuite censée suivre le mouvement, si tant est qu’elle soit autorisée à s’exprimer.

Il y a aussi le facteur de la paresse professionnelle. Certains journalistes répètent les mêmes clichés éculés faute de connaissances réelles sur l’histoire palestinienne ou le cadre juridique de l’occupation. L’ignorance se mue alors en parti pris, et le parti pris en une ligne éditoriale solidement ancrée.

Il est important de le préciser : tous les médias ne sont pas identiques et leur couverture varie. Ces dernières années, certains médias se sont montrés plus enclins à utiliser des descriptions plus précises et à donner davantage la parole aux Palestiniens, notamment grâce au rôle croissant des journalistes indépendants et des plateformes numériques. Mais cette amélioration partielle ne résout pas le problème de fond.

Ce biais est structurel car il est lié à la manière même dont l’information est définie : qui est considéré comme un être humain à part entière dans ce récit ? Qui a le « droit naturel » à la sécurité ? Qui est perçu comme un acteur politique et qui est réduit à un simple dossier humanitaire ? Tant que le Palestinien sera principalement présenté comme une victime silencieuse ou une menace pour la sécurité, le déséquilibre persistera, même si le vocabulaire évolue.

La première étape consiste à prêter attention à la langue. Posez-vous toujours les questions suivantes : Qui est le sujet de la phrase ? La profession est-elle explicitement mentionnée ou est-elle passée sous silence ? L’article explique-t-il le contexte ou le sort-il de son contexte ? Ces simples questions révèlent bien des choses que la fluidité du style tente de dissimuler.

Il faut ensuite comparer les récits pour exposer les contradictions, et non feindre la « neutralité ». En lisant des sources qui placent l’expérience palestinienne au centre, on constate combien de détails sont généralement omis dans la couverture internationale traditionnelle : les noms des martyrs, les lieux des raids, l’histoire du lieu, les motivations des colons, l’impact du siège, les témoignages des prisonniers libérés et le rôle de la résistance populaire dans la protection de la présence palestinienne.

Il est essentiel de continuer à suivre le travail des journalistes de terrain palestiniens. Ces derniers ne se contentent pas de rendre compte des événements, mais font face quotidiennement à des tentatives de museler leur récit authentique par le biais de bombardements, d’arrestations et de censure. Des plateformes comme le Centre d’information palestinien ont joué un rôle crucial dans le maintien de cette présence continue, non seulement en contrepoint aux récits d’autrui, mais aussi en proposant un récit à part entière.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de la pitié des médias pour les Palestiniens, mais d’une impartialité professionnelle et intellectuelle. Cela commence par nommer les choses par leur nom : occupation, colonisation, siège, nettoyage ethnique et crimes commis contre les civils. Cela exige également que le Palestinien passe du statut de sujet de discussion à celui d’acteur qui explique, analyse, documente et dénonce les agissements.

De même, il est impératif de briser le monopole de l’information officielle. Les témoignages palestiniens ne constituent pas un ajout émotionnel à l’actualité, mais une composante essentielle de la vérité. Reconnaître l’expertise des journalistes et chercheurs palestiniens n’est pas un acte de faveur politique, mais la correction d’une lacune persistante qui a rendu une grande partie de la couverture médiatique dépendante des cercles décisionnels occidentaux et de leurs conceptions sécuritaires.

Par conséquent, s’opposer aux biais médiatiques commence par refuser le récit préfabriqué et affirmer que le Palestinien n’est pas un personnage marginal de son histoire, mais bien le personnage central, dont le rôle est indéniable, quelles que soient les critiques.

Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…

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