Par Mohamed Belaali
Les guerres que mènent aujourd’hui les États-Unis un peu partout dans le monde s’inscrivent dans une stratégie géopolitique à long terme pour empêcher la Chine de devenir la première puissance mondiale. Ces interventions directes et indirectes visent en dernière analyse à contrer le développement fulgurant de la République populaire de Chine (RPC). Pour les américains, la Chine est la seule nation capable de remettre en cause leur suprématie mondiale. Ils savent que la RPC est une véritable puissance, de plus en plus hors de leur contrôle. Son poids démographique, sa puissance économique, sa suprématie technologique et son influence diplomatique grandissante à travers le monde, sont redoutés au plus haut degré par la classe dirigeante américaine. La Chine est perçue par les États-Unis comme une menace, un défi existentiel à leur hégémonie planétaire. L’Amérique est en train de « dévorer » un à un les alliés de la RPC. Ses interventions au Venezuela, en Iran et peut-être demain à Cuba ont pour objectif de contenir et d’affaiblir la Chine. Les visées de Trump sur le Groenland et le canal de Panama dont l’importance géopolitique est aujourd’hui renforcée s’inscrivent également dans cette stratégie de « containment » de la Chine. Du Venezuela au Groenland en passant par l’Iran, Cuba et le canal de Panama, la géopolitique des américains est guidée par une seule et même obsession, la Chine.
Le Venezuela et l’Iran constituent des partenaires stratégiques et énergétiques importants de la Chine. En s’attaquant à ces deux pays, les États-Unis cherchent à priver la Chine d’alliés stratégiques majeurs et des sources d’approvisionnement en hydrocarbures. La Chine a signé en 2021 avec l’Iran un accord de partenariat stratégique de 25 ans couvrant des domaines variés tels que les transports, les ports, l’énergie, l’industrie et les services,ce qui lui permet d’être présente au Moyen-Orient et de renforcer sa sécurité énergétique. Il offre à la République islamique la possibilité de contourner les sanctions économiques américaines, en lui facilitant les échanges commerciaux et financiers avec la deuxième puissance du monde notamment par le biais de paiements en yuan. Soulignons que la RPC importe massivement du pétrole iranien. Selon la société d’analyse Kpler, la Chine importe plus de 80 % du pétrole exporté par ce pays, représentant 13,4 % de toutes les importations chinoises de brut. Il va sans dire que cette coopération étroite entre les deux pays est perçue par les américains comme une menace directe pour leurs intérêts économiques et géostratégiques ainsi que pour leur leadership mondial. C’est dans ce cadre qu’il faut situer entre autres, l’intervention militaire américaine en Iran le 28 février 2026. Elle vise non seulement à neutraliser un allié clé, mais également à priver la Chine, en bloquant le détroit d’Ormuz, d’une source vitale d’hydrocarbures. En dernière instance, cette guerre contre l’Iran cherche à contrer l’ascension de la Chine comme première puissance mondiale.
La République populaire de Chine est également le principal acheteur du pétrole vénézuélien. Elle importe plus de la moitié du brut produit par ce pays, et ce malgré les sanctions américaines. Par ailleurs, la Chine est aussi le quatrième créancier du Venezuela. Les deux pays ont développé depuis Hugo Chavéz un mécanisme par lequel la Chine accorde des crédits massifs remboursés par des livraisons de pétrole. Les relations entre les deux pays se distinguent aussi par une forte convergence idéologique et diplomatique. Les Etats-Unis ne pouvaient tolérer longtemps cette alliance privilégiée entre la Chine et le Venezuela d’autant plus que la doctrine Monroe (1823) reste encore aujourd’hui au cœur de la politique étrangère américaine. Le 3 janvier 2026, les Etats-Unis ont kidnappé le président vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores dans le but de s’emparer des ressources pétrolières du pays et de contrer l’influence chinoise dans une région que les américains considèrent comme leur « arrière-cour ». Après cette opération militaire, Trump tente avec le nouveau gouvernement dirigé par Delcy Rodriguez de marginaliser la présence chinoise et rétablir l’hégémonie régionale des Etats-Unis. Historiquement, Washington s’est toujours employé à empêcher qu’un pays d’Amérique latine ne devienne un pôle d’attraction pour des gouvernements hostiles, surtout s’ils nouent des alliances stratégiques avec Pékin.
C’est cette logique qui explique la volonté américaine de renverser le gouvernement de Cuba qui entretient lui aussi, en plus d’affinités idéologiques, des relations économiques et stratégiques étroites avec la Chine. Même si la rupture avec Cuba date de 1961 c’est-à-dire deux ans seulement après la révolution de 1959, les américains voient dans la présence chinoise sur l’île aujourd’hui comme une nouvelle menace à leur sécurité nationale et à leur influence en Amérique latine. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, les Etats-Unis ont durci leur politique envers Cuba. Ils ont renforcé le blocus qui étouffe le pays depuis 1962, exercé une restriction maximale sur les approvisionnements énergétiques, bloqué des envois d’argent par la diaspora, réinscrit Cuba sur la liste des Etats soutenant le terrorisme etc. Et depuis l’enlèvement de Nicolas Maduro, Trump a également bloqué les exportations en pétrole vénézuélien et a fait pression sur le Mexique pour qu’il cesse ses livraisons de brut à Cuba.
Le Groenland est l’autre région du monde où les États-Unis cherchent à contrer l’ascension de la Chine comme superpuissance mondiale. Bien que la présence chinoise sur ce territoire soit limitée, elle est perçue par les américains comme une forme d’extension des Nouvelles routes de la soie polaire lancée officiellement par la Chine en 2018. C’est une stratégie, selon les États-Unis, qui permet à la Chine de diversifier ses routes commerciales et de sécuriser l’accès aux ressources de l’île. Le Groenland regorge en effet de minéraux stratégiques comme les terres rares essentielles pour les technologies modernes et pour l’industrie de défense. Or la Chine exerce déjà un quasi-monopole dans la production mondiale de ces minerais etcontrôle 100 % des terres rares lourdes indispensables pour les technologies de pointe. Les Etats-Unis voient dans la présence chinoise au Groenland comme une menace à leur sécurité économique et militaire. Le contrôle et l’exploitation des richesses de ce territoire leur permettrait de limiter d’une part l’influence de la Chine et d’autre part leur dépendance vis-à-vis des terres rares. Dans leur lutte contre la Chine pour conserver leur leadership planétaire, le Groenland reste pour les américains un territoire stratégique crucial.
« Les États-Unis ne permettront pas à la Chine communiste ni à aucun autre pays de mettre en péril le fonctionnement ou l’intégrité du canal » a déclaré Pete Hegseth secrétaire à la Guerre lors d’une conférence régionale sur la sécurité à Panama. La guerre sino-américaine pour le leadership mondial s’étend aussi au canal de Panama qui relie les océans Atlantique et Pacifique et reste de ce fait un axe maritime majeur du commerce mondial. La Chine, qui a signé avec le Panama une trentaine d’accords,en est le deuxième utilisateur. Précisons que le Panama est le premier pays d’Amérique latine à avoir rejoint les Nouvelles routes de la soie. Les Etats-Unis considèrent, là encore, cette présence chinoise comme une menace pour leur sécurité nationale et pour leurs intérêts économiques. L’administration Trump a intensifié sa pression diplomatique et militaire sur le Panama allant jusqu’à menacer de reprendre le canal par la force. Le gouvernement panaméen a rapidement cédé aux exigences américaines en adoptant une série de mesures visant à marginaliser la Chine. Il a ainsi signé en 2025 un accord avec les Etats-Unis de déploiement des troupes américaines autour du canal. Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a également obtenu le retrait officiel du Panama des Nouvelles routes de la soie. Le gestionnaire d’actifs américain BlackRock a racheté, avec l’aide de l’administration Trump, l’essentiel des activités portuaires de la société chinoise CK Hutchison. Avec cette opération, la Chine se trouve de facto écartée de la gestion du canal. L’ensemble de ces mesures illustre combien les États-Unis pèsent sur les décisions stratégiques du Panama afin de limiter la présence de la Chine dans ce pays.
Les interventions militaires des États-Unis au Venezuela, en Iran, et les pressions exercées sur le Groenland, Cuba et le Panama visent, indirectement, à empêcher la Chine de devenir la première puissance mondiale. Ces tentatives américaines ont toutes un point commun : priver la Chine des ressources pétrolières à bas prix, affaiblir militairement ses partenaires stratégiques et les éloigner des Nouvelles routes de la soie. Ces guerres et ces menaces sont vouées à l’échec. Cette farouche volonté américaine se heurte à la détermination implacable de la République populaire de Chine à poursuivre, vaille que vaille, l’édification du socialisme « aux couleurs de la Chine ». Car seul le socialisme qui a rendu par le passé, grâce à la révolution de 1949, la dignité à la nation chinoise bafouée par des agressions impérialistes en tout genre, lui permettra dans l’avenir de se hisser au rang de la première puissance du monde.
Mohamed Belaali
Source : Le blog de l’auteur
https://www.belaali.com/…
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