Par le CPI

Centre palestinien d’information

Malgré l’ambiance festive qui a accompagné l’annonce par le président américain Trump du lancement du « Conseil mondial pour la paix » lors du Forum de Davos, celui-ci a rapidement fait l’objet d’une vague de réserves et de critiques de la part d’experts, de chercheurs et d’hommes politiques, qui ont mis en doute son utilité et son avenir, mettant en garde contre le fait que les propositions qui y sont associées, en particulier celles concernant la bande de Gaza, pourraient impliquer une refonte politique et géographique touchant au cœur même de la question palestinienne, en l’absence de forces internationales actives et compte tenu de la marginalisation des parties prenantes essentielles.

La reconstruction redéfinit Gaza et sa fonction

Le chercheur et journaliste Wissam Afia a abordé dans une publication analytique la proposition de Jared Kushner, gendre du président américain et membre du « Conseil de paix », sous le nom de « plan global » pour la reconstruction de la bande de Gaza. Il a estimé que la carte présentée ne représentait pas seulement une conception architecturale de la reconstruction, mais une vision intégrée qui redéfinissait de A à Z le mode de vie et l’avenir de la souveraineté dans la bande de Gaza.

Afia a expliqué que l’essence du projet ne consiste pas à ramener les habitants dans leurs maisons et leurs quartiers tels qu’ils étaient auparavant, mais plutôt à redéfinir « la fonction de Gaza », en transformant la bande côtière en un espace d’investissement comprenant des tours touristiques pouvant atteindre 180 mètres de haut, tandis que le cœur de la bande serait réservé à de grands complexes industriels et à des centres de données sophistiqués.

Il estime que cette orientation vise à transformer Gaza, qui est une société civile nationale aux racines historiques, en une « zone économique » régie par le langage des chiffres et des investisseurs transfrontaliers.

Une infrastructure de division et d’isolement

Il a averti que le plus dangereux dans ce plan réside dans son infrastructure, qui prévoit un réseau routier circulaire et des axes routiers périphériques autour des blocs résidentiels, considérant qu’il s’agit d’outils techniques permettant de contrôler les déplacements et la sécurité, ce qui facilite la division ou l’isolement technique et militaire de la bande de Gaza en cas de besoin.

Il a ajouté que malgré les promesses concernant le port, l’aéroport et le chemin de fer, la question fondamentale reste de savoir qui aura le pouvoir décisionnel souverain sur l’exploitation de ces infrastructures. Il estime que le plan propose la « prospérité matérielle » en échange des droits politiques et transforme la reconstruction en un moyen de pression pour imposer de nouvelles dispositions sécuritaires et administratives, faisant ainsi de Gaza un projet urbanistique dépourvu de souveraineté et d’identité.

Un plan visant la présence palestinienne

Pour sa part, le président de l’Observatoire euro-méditerranéen, Rami Abdo, estime que ce qui se passe actuellement constitue un plan visant à mettre fin à la présence palestinienne, fondé sur l’asservissement, la soumission et le contrôle. Il a souligné plusieurs aspects, notamment un port isolé à l’extrême sud de la bande de Gaza, des zones intérieures morcelées qui détruisent le tissu social, l’annexion de vastes portions du territoire de Gaza à l’est et au nord, ainsi qu’un point de passage à l’extrême sud et à l’est sous contrôle sécuritaire sioniste.

Abdo a souligné que le plan repose sur des étapes progressives visant à modifier l’identité nationale, à supprimer les droits des réfugiés, à mettre fin au droit au retour, à paralyser le travail des institutions internationales, à occulter les questions relatives aux prisonniers et aux disparus, et à transformer Gaza en une zone de services gérée au profit des projets de l’occupation sioniste génocidaire sous contrôle sécuritaire total.

Un conseil qui liquide la cause et continue l’agression

L’écrivain et militant politique Hassan Banajeh estime que l’objectif le plus dangereux du soi-disant Conseil de « paix » est de liquider Gaza, non seulement par la destruction militaire ou l’occupation géographique, mais aussi par la liquidation politique et historique de la cause palestinienne.

Il a expliqué que cela se fait en retirant à Gaza son statut de « cause » pour la transformer en dossier humanitaire ou en problème sécuritaire, et en imposant des solutions coercitives comprenant le déplacement, l’administration internationale, le désarmement ou la réingénierie démographique. Il a souligné que l’objectif était de briser la volonté de résistance et de sortir Gaza de l’équation du conflit, affirmant que la « paix » proposée ne signifiait pas tant la fin de l’agression que la fin du détenteur du droit.

Mandat limité et caractère exclusif

Au niveau international, l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale, Michael Monroe, a déclaré que le mandat du « Conseil de paix » était fondé sur la résolution 2803 du Conseil de sécurité, un mandat limité au dossier de Gaza et qui expire à la fin de l’année 2027, ce qui exclut qu’il puisse remplacer de manière permanente les Nations unies.

Il a précisé que le président Trump restera président du Conseil à vie et sera le seul à disposer d’un droit de veto, ce qui soulève des questions quant au caractère démocratique et à l’indépendance du Conseil. Il a également révélé que l’adhésion permanente nécessite une contribution financière d’au moins un milliard de dollars, ce qui pourrait transformer le Conseil en un club réservé aux pays riches, selon Al Jazeera.

Légitimation sioniste et absence palestinienne

De son côté, le chercheur spécialisé dans les questions sionistes Adel Shadid estime que le chef du gouvernement d’occupation Netanyahu et ses alliés chercheront à influencer le Conseil afin de vider de leur substance toute véritable initiative de paix, mettant en garde contre son utilisation comme outil de légitimation de la vision extrémiste de l’entité génocidaire.

Dans le même contexte, le directeur de l’Institut palestinien pour les médias, Ibrahim al-Madhoun, a affirmé que l’absence de l’Autorité palestinienne reflète une tendance américano-sioniste à séparer Gaza de la Cisjordanie et à passer outre le projet de règlement et la légitimité internationale, soulignant que l’absence de la France et de la Grande-Bretagne à la signature reflète les sérieux doutes européens quant à la crédibilité du Conseil et à ses objectifs.

Les étapes du plan en quatre phases

Jared Kushner, conseiller du président américain, a présenté jeudi au Conseil les étapes de son plan en quatre phases pour la reconstruction de la bande de Gaza, soulignant que la phase suivante serait axée sur le désarmement du mouvement de résistance islamique (Hamas).

Le plan de Kushner pour Gaza prévoit l’injection de fonds supérieurs à 25 milliards de dollars jusqu’au début de 2035. Une conférence sera organisée à Washington dans les prochaines semaines, au cours de laquelle seront annoncées les contributions des pays à la reconstruction de Gaza, selon les déclarations du conseiller du président américain Trump.

Le plan prévoit la construction d’un nouveau port et d’un nouvel aéroport, ainsi que d’un réseau de trains et de routes circulaires et principales pour relier les villes de la bande de Gaza.

Le responsable américain a déclaré que la première phase du plan se concentrerait sur Rafah et Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, puis passerait à la deuxième phase avec l’extension de Khan Younis.

Source : CPI
https://french.palinfo.com/…

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