Contrer l’offensive raciste

Communiqué de l’UJFP

Après l’attentat raciste de Trappes, la répression des lycéen.nes,
du mouvement social et le déni du génocide à Gaza

« Ensauvagement » de la jeunesse populaire, disqualification de l’islam et des musulmans, renaissance des clichés coloniaux, théories complotistes du “grand remplacement”, du “séparatisme” et du “communautarisme”, du “frérisme” et de “l’entrisme”, de “l’islamo-gauchisme” et de “l’islamo-wokisme”, criminalisation du soutien à la Palestine, fabrique de l’ennemi intérieur : tout cela désigne un continuum, de l’extrême droite au macronisme, qui prépare le tournant néo-fasciste et les violences aveugles du nationalisme ethnique.

Les racisés deviennent des cibles, les casseurs sont forcément des racisés, les lycéens de banlieue sont des sauvages et méritent une répression féroce.

Trappes : la fabrication d’un crime raciste

Le tueur raciste de Trappes savait où trouver sa légitimité : il lisait « Mein Kampf » tout en écoutant l’antisémite Bardella désigner Trappes comme « une république islamique en miniature, la capitale européenne du Djihad » (2022). Il a suivi sciemment un itinéraire qui le rapprochait des deux mosquées de Trappes et de La Verrière, pour choisir ses cibles. Et la fillette de 12 ans touchée de huit balles portait un foulard… Une autre femme portant un foulard islamique ainsi que sa fille ont échappé de peu à la mort, l’arme s’étant enrayée.

Nous le disons depuis des années, la montée du racisme est alimentée par une islamophobie décomplexée qui n’est pas seulement celle de l’extrême droite et de ses médias, mais également celle de la droite que l’on disait jadis “modérée” et du macronisme au pouvoir. Accélérant l’ethnicisation de la question sociale initiée par Nicolas Sarkozy dès son passage au ministère de l’intérieur, la macronie a multiplié ces dernières années les dispositions et projets de loi islamophobes et xénophobes, de la chasse aux exilé.es à la dissolution du CCIF en passant par la loi séparatisme, le rapport du ministère de l’intérieur sur le frérisme, la fermeture ou le déconventionnement des écoles musulmanes, ou encore l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme pour criminaliser la dénonciation du génocide et de l’oppression des Palestiniens.  

La négrophobie a tué Pengo Bossio Wangi à Trappes. L’islamophobie l’a tué. La cible était déjà désignée dans les propos racistes en continu de CNews.

Le racisme n’est pas seulement un mauvais penchant individuel, un préjugé regrettable : le racisme est un système de domination : la « race » a été fabriquée méthodiquement par l’impérialisme, le colonialisme, le pouvoir bourgeois et le nationalisme ethnique dont le fascisme constitue une sorte d’aboutissement.

Une répression raciste des lycéens de banlieue d’une violence sans précédent

Le mouvement lycéen et le mouvement social qui a suivi sont partis des Outremers puis de la banlieue, où la jeunesse souvent racisée subit une violence sociale de plus en plus forte, entre inégalité, stigmatisation, paupérisation et violence policière.

Rejointe par une frange considérable des lycéen.nes de centre-ville et de province puis des étudiant.es de nombreux établissements et disciplines, publics mais aussi privés, cette révolte a fait l’objet d’une répression policière, judiciaire et institutionnelle (conseils de discipline dans les établissements) rarement vue. Le 17 octobre, on avait dépassé les 8 000 gardes à vue dont 87 % de mineurs. Une véritable haine de la jeunesse révoltée animait les cercles du pouvoir politique et médiatique.

Mutilations, diffusion d’une terreur d’État, tortures physiques et psychologiques, menaces de répression collective sur les familles des jeunes arrêtés, assimilation des « casseurs » et des “pilleurs” à une jeunesse « ensauvagée » venue de banlieues “arabo-musulmanes”, rien de cela n’a abouti à empêcher l’expression d’un mouvement social qui s’est élargi aux étudiant.s, aux gilets jaunes, aux syndicalistes et qui proclame haut et fort, son antiracisme, son antifascisme et sa vision inclusive de la nation française.

Nous sommes à leurs côtés.

Comme pour Gaza : le langage de la déshumanisation à l’œuvre

Nos gouvernants, les médias Bolloré, les ministres macronistes et les fascistes du RN procèdent à l’égard des lycéen.nes comme ils l’ont fait pour les Palestinien.nes. La fabrique du « sauvage » – vieux reste de la propagande coloniale toujours vivante dans le corps social français, est à l’œuvre. Elle tente d’invisibiliser les revendications lycéennes comme elle raye d’un trait de plume les droits élémentaires des Palestinien.nes de Gaza, de Cisjordanie ou de la diaspora.

L’acharnement contre Rima Hassan (que l’UJFP a dénoncé récemment) est tout aussi significatif : il mobilise les mêmes procédés auxquels s’ajoutent le sexisme et la misogynie la plus violente : l’État, la Justice, les médias, fabriquent une cible haïssable et sacrificielle, telle une sorcière cumulant l’ensemble des paniques morales propres aux cercles dominants.  Ils utilisent honteusement la lutte contre l’antisémitisme pour faire taire celle qui représente, pour une grande partie de cette jeunesse mobilisée, l’égérie de la lutte pour la justice, pour l’égalité, pour le droit à la dignité des peuples en lutte pour leur émancipation.

Pour toutes ces raisons, forte des traditions humanistes, révolutionnaires, émancipatrices et antiracistes que portent les judaïsmes dont elle se veut l’héritière, l’UJFP invite chacune et chacun, quelle que puisse être sa sensibilité propre, à se tenir aux côtés des lycéen.nes et étudiant.es révolté.es, aux côtés des cibles du racisme d’État : sans papiers, Noirs, Musulmans, Rroms…, aux côtés des travailleurs qui manifestent et qui font grève. L’UJFP soutient pleinement les revendications sociales, lycéennes et étudiantes.

Elle appelle les Juifs à mesurer l’importance de choisir son camp qui ne peut qu’être celui de la lutte contre le fascisme et le racisme1.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 30 octobre 2026

  1. Un appel récent de juifs et juives a été publié dans ce sens dans le journal l’Humanité[⇧]

Source : UJFP
https://ujfp.org/…

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