Par Gideon Levy
Revue de presse : Mizane.info (18 septembre 2026)*
Depuis quatre décennies, le journaliste israélien Gideon Levy documente le drame palestinien dans les colonnes du quotidien Haaretz. Invité récemment à Genève par le Club suisse de la presse, il décrit une société israélienne qui accepte, voire souhaite, le nettoyage ethnique des Palestiniens et un paysage politique dépourvu d’alternative.
Depuis quarante ans, le chroniqueur de Haaretz documente le quotidien des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupée. À l’approche des élections législatives israéliennes du 27 octobre, Gideon Levy ne se fait guère d’illusions sur les changements politiques à venir : « le problème, c’est l’existence de l’occupation (israélienne), non son visage (politique) ».
« La chose la moins chère en Israël, c’est la vie d’un Palestinien »
Depuis le 7 octobre 2023, Israël s’est considérablement radicalisé vis-à-vis des Palestiniens, affirme Gideon Levy. « Cela se traduit par une aggravation de ce sentiment qu’ils ne représentent même pas des êtres humains. La chose la moins chère en Israël, c’est la vie d’un Palestinien. Que tu sois un soldat ou un colon, il n’y a rien de plus facile que de tirer sur un Palestinien », précise-t-il. Interrogé sur la manière dont la société israélienne a accueilli les révélations concernant le premier ministre Benyamin Netanyahou et les multiples avertissements qui auraient précédé le « 7 octobre », Gideon Levy estime qu’elles n’ont pas provoqué de grands remous car « Israël veut la guerre ».
« En 1973, lorsque [le président égyptien] Anouar el-Sadate implorait un règlement. Israël a dit «non», et nous avons eu la guerre du Kippour. Ici, c’est le même schéma. Les Arabes, en l’occurrence le Hamas, font une offre équitable et Israël répond : non, seulement la guerre, rien que la guerre. En d’autres termes, nous ne voulons aucun règlement, ni avec le Hamas, ni avec l’Autorité palestinienne, ni avec le Hezbollah, ni avec l’Iran: nous voulons la guerre ».
Concernant la réception du film NAZA en Israël, le journaliste affirme que la société israélienne est prise « d’hystérie comme jamais auparavant. Au point que certains veulent déchoir les réalisateurs de leur nationalité ou que d’autres se disent prêts à les tuer, ainsi que leurs familles ». « Ce ne sont pas seulement les secteurs les plus à droite, mais la société tout entière qui est contre eux et pratiquement personne ne s’est élevé pour les soutenir », ajoute-t-il.
Israël ne changera pas de politique
Face aux espoirs occidentaux de voir Israël changer de politique, Gideon Levy se montre catégorique : « Ne vous attendez à aucun changement de la part d’Israël, cela n’arrivera pas. Je n’aime pas appeler le monde à imposer des sanctions contre mon pays mais je ne vois pas d’autre solution. Les Israéliens doivent comprendre qu’il y a un prix à payer à poursuivre dans cette direction ».
Même constat concernant l’espoir d’un changement de cap politique en Israël avec l’élection éventuelle d’un nouveau premier ministre jugé « plus souple ». Le chroniqueur de Haaretz affirme : « L’Europe a tendance à tout résumer à la personnalité du premier ministre. Elle ne veut pas détester Israël, elle veut vraiment nous aimer et s’accroche à chaque occasion. Mais les Israéliens ne se réveilleront pas un beau matin en se disant: «Oh, ce que nous faisons est ignoble, mettons-y fin». Ni Yitzhak Rabin ni personne d’autre n’a voulu donner aux Palestiniens le droit de disposer d’eux-mêmes et d’avoir un Etat. Bien avant le 7-Octobre, tout le processus de paix n’a été destiné qu’à faciliter les choses, à rendre l’occupation plus douce, plus commode, moins brutale. Mais là n’est pas le problème. Le problème, c’est l’existence de l’occupation, non son visage ».
Le rôle du sionisme est de maintenir la suprématie juive
Enfin, concernant le sionisme et la perspective d’une solution à deux États, Gideon Levy se montre tout aussi catégorique : « le sionisme, qui nous a amenés à croire que cette terre était vide d’habitants, n’a jamais envisagé de faire quoi que ce soit de concert avec les Palestiniens. Cela a toujours été «eux ou nous». J’ai été élevé dans un foyer sioniste, et ce processus de compréhension a été très long pour moi ».
« J’ai compris que la solution à deux Etats était perdue. Et puis j’ai commencé à croire en une seule démocratie entre le fleuve et la mer. A mes yeux, cet Etat unique est déjà là, de fait, mais c’est un Etat d’apartheid et encore faut-il le transformer en démocratie. Dès lors qu’un Etat juif existe, le seul rôle du sionisme est de maintenir la suprématie juive. Or je ne peux pas m’identifier à une idéologie qui croit en une suprématie, qu’elle soit nationale ou religieuse ».
*Source : Mizane.info
Source : France Irak Actualité
https://www.france-irak-actualite.com/…
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