Je me suis exilé deux fois…

Par Rami Abou Reida

Je me suis exilé deux fois…

Une première fois, lorsque je me suis séparé de ma terre natale, 🇩🇿 𝑙’𝑨𝒍𝒈𝒆́𝒓𝒊𝒆,

après y avoir grandi pendant vingt-trois printemps.

Je l’ai portée dans mon cœur,

et j’y ai laissé la chaleur de mon enfance,

les joies de mon adolescence,

les souvenirs de ma jeunesse,

et une part de mon âme entre les dunes et les montagnes.

Je l’ai quittée comme on arrache un arbre à sa terre,

et je suis parti vers Gaza,

vers une patrie dans le cœur, même si je n’étais pas né sur sa terre.

J’étais un étranger dans les bras de mes frères,

à la recherche de nouvelles racines dans le sable,

essayant d’apprendre comment un lieu peut devenir une patrie,

et comment un être humain peut se replanter dans une terre où il n’est pas né.

Puis mon deuxième exil s’est prolongé…

Mais cette fois, 𝒄’𝒆́𝒕𝒂𝒊𝒕 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒎𝒂 𝒑𝒓𝒐𝒑𝒓𝒆 𝒑𝒂𝒕𝒓𝒊𝒆.

Des années à errer à l’intérieur,

d’un endroit à l’autre,

d’une maison à l’autre,

mais nous nous sommes adaptés.

Plus encore…

𝑵𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒗𝒐𝒏𝒔 𝒓𝒆́𝒑𝒂𝒓𝒆́ 𝒏𝒐𝒔 𝒂̂𝒎𝒆𝒔.

Nous avons construit des maisons,

nous avons célébré des mariages,

les enfants ont grandi,

ils sont allés à l’école et à l’université,

nous avons acheté des meubles,

planté des arbres,

accroché des photos aux murs,

et construit pour nous-mêmes une vie qui ressemblait à la vie.

Nos rêves ont poussé comme des branches dans les champs,

et nous avons eu une existence,

un nom,

une ombre sur cette terre.

Nous nous sommes dit :

𝑷𝒆𝒖𝒕-𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒍’𝒆𝒙𝒊𝒍 𝒆𝒔𝒕 𝒆𝒏𝒇𝒊𝒏 𝒕𝒆𝒓𝒎𝒊𝒏𝒆́.

𝑷𝒆𝒖𝒕-𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒂𝒗𝒐𝒏𝒔-𝒏𝒐𝒖𝒔 𝒆𝒏𝒇𝒊𝒏 𝒕𝒓𝒐𝒖𝒗𝒆́ 𝒏𝒐𝒕𝒓𝒆 𝒑𝒍𝒂𝒄𝒆.

Puis…

𝒍𝒆 𝒗𝒆𝒏𝒕 𝒔’𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒆𝒗𝒆́ 𝒂̀ 𝒏𝒐𝒖𝒗𝒆𝒂𝒖.

Mais ce n’était pas un vent passager.

C’était une tempête qui a tout déraciné.

Elle a emporté tout ce que nous avions construit,

et les maisons se sont dissipées comme un mirage dans le désert,

les photos ont disparu,

les livres,

les documents,

les meubles,

les souvenirs,

et avec eux, une partie de notre vie.

La sécurité a été massacrée,

la famille dispersée,

nous avons emporté ce que nous pouvions porter,

puis nous sommes partis une nouvelle fois…

𝑬́𝒕𝒓𝒂𝒏𝒈𝒆𝒓𝒔.

Mais cette fois,

nous n’avons pas quitté une patrie pour une autre.

Nous avons quitté 𝒍𝒂 𝒑𝒂𝒕𝒓𝒊𝒆 𝒆𝒍𝒍𝒆-𝒎𝒆̂𝒎𝒆.

Et nous nous sommes retrouvés à vivre sous une tente,

sur une terre qui ne nous ressemble pas,

portant les clés de portes qui n’existent plus,

parlant de maisons qui étaient les nôtres comme si nous parlions d’une vie lointaine.

Comme si nous n’étions jamais sortis de notre premier exil.

Ah, mon cœur…

𝑪𝒐𝒎𝒎𝒆 𝒊𝒍 𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒐𝒖𝒓𝒅, 𝒍’𝒆𝒙𝒊𝒍 𝒍𝒐𝒓𝒔𝒒𝒖’𝒊𝒍 𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅 𝒍𝒆 𝒗𝒊𝒔𝒂𝒈𝒆 𝒅𝒆 𝒍𝒂 𝒑𝒂𝒕𝒓𝒊𝒆.

Et comme il est cruel de chercher sa maison dans son propre pays,

pour ne trouver que les décombres.

Et comme le retour est amer,

lorsque tu reviens dans le lieu où tu rêvais de grandir,

et que tu découvres que ce lieu lui-même ne te reconnaît plus.

Je me suis exilé deux fois…

Une fois d’une terre où je suis né,

et une fois d’une terre que j’ai choisie pour devenir ma patrie.

𝑳𝒆 𝒑𝒓𝒆𝒎𝒊𝒆𝒓 𝒎’𝒂 𝒑𝒓𝒊𝒔 𝒍𝒆 𝒍𝒊𝒆𝒖,

𝒍𝒆 𝒔𝒆𝒄𝒐𝒏𝒅 𝒂 𝒇𝒂𝒊𝒍𝒍𝒊 𝒎𝒆 𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅𝒓𝒆 𝒍𝒆 𝒔𝒆𝒏𝒔 𝒎𝒆̂𝒎𝒆 𝒅𝒖 𝒍𝒊𝒆𝒖.

Et pourtant…

je continue à chercher une patrie où nous n’aurons pas à partir,

où la maison ne deviendra pas un souvenir,

où la clé ne deviendra pas le témoin de l’absence d’un mur.

𝑷𝒆𝒖𝒕-𝒆̂𝒕𝒓𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒍’𝒆𝒙𝒊𝒍 𝒏’𝒆𝒔𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒅𝒆 𝒔’𝒆́𝒍𝒐𝒊𝒈𝒏𝒆𝒓 𝒅𝒆 𝒔𝒂 𝒑𝒂𝒕𝒓𝒊𝒆…

𝑳𝒆 𝒗𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒂𝒃𝒍𝒆 𝒆𝒙𝒊𝒍, 𝒄’𝒆𝒔𝒕 𝒍𝒐𝒓𝒔𝒒𝒖𝒆 𝒍𝒂 𝒑𝒂𝒕𝒓𝒊𝒆 𝒅𝒆𝒎𝒆𝒖𝒓𝒆 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒕𝒐𝒏 𝒄œ𝒖𝒓, 𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒕𝒖 𝒏𝒆 𝒕𝒓𝒐𝒖𝒗𝒆𝒔 𝒑𝒍𝒖𝒔 𝒍𝒆 𝒄𝒉𝒆𝒎𝒊𝒏 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒚 𝒓𝒆𝒕𝒐𝒖𝒓𝒏𝒆𝒓.

𝟐𝟔 𝐦𝐚𝐢 𝟐𝟎𝟐𝟓

Rami Abou Reida

𝑴𝒆𝒔 𝒆́𝒄𝒓𝒊𝒕𝒔… 𝒅𝒆𝒑𝒖𝒊𝒔 𝒎𝒂 𝒕𝒆𝒏𝒕𝒆…

𝑨𝒍-𝑴𝒂𝒘𝒂𝒔𝒊, 𝑲𝒉𝒂𝒏 𝒀𝒐𝒖𝒏𝒆̀𝒔… 𝑮𝒂𝒛𝒂

Source : la page FB de l’auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida

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