La guerre continue de nous brûler

Par Rami Abou Reida

Nous sommes enfermés dans un trou, incapables d’en sortir pour rejoindre le monde. Notre vie s’est réduite à une seule chose : chercher de l’eau et assurer nos besoins les plus élémentaires.

Mon fils, qui va entrer à l’université, ne peut aller nulle part avant d’avoir rempli les réserves d’eau. C’est soit moi, soit lui… Et ainsi, l’avenir de nos enfants est suspendu, parce que nous sommes prisonniers des nécessités de la survie.

Aujourd’hui, nous souffrons de la chaleur écrasante. Bientôt viendront le froid, la pluie et les vents, et nous serons toujours sous ces tentes. Aucun horizon, aucun passage ouvert, aucune habitation temporaire pour nous abriter comme des êtres humains. Nous vivons dans une humiliation et une souffrance que personne ne peut imaginer.

Pour ceux qui pensent que la guerre est terminée : elle continue de brûler autour de nous et en nous. Elle nous brûle lorsque nous dormons à même le sol, dans une tente misérable. Elle nous brûle le matin, dans les files d’attente pour l’eau. Elle nous brûle lorsque nous préparons à manger sur le feu. Elle nous brûle lorsque nous essayons de porter un vêtement digne d’un être humain. Elle nous brûle lorsque nos femmes lavent à la main, sur le sol, les quelques vêtements qui nous restent. Elle nous brûle lorsque nos enfants n’ont aucun endroit où étudier, lorsque nous ne trouvons aucun endroit où nous soigner.

Elle nous brûle lorsque nous nous souvenons de ce que nous étions et de ce que nous sommes devenus.

Et elle nous brûle, encore et encore… chaque jour, chaque heure, à chaque instant.

Je suis aujourd’hui profondément découragé et révolté. Même nos écrits commencent à me sembler inutiles. Nous écrivons, nous documentons, nous racontons ce que nous vivons, tandis que d’autres tirent profit de cette souffrance. Des institutions et des associations reçoivent des soutiens grâce à nos histoires, nos photos et nos paroles, tandis que nous restons ici, sous les tentes, à chercher de l’eau.

Imaginez le paradoxe : une goutte d’eau devient un camion-citerne, le camion-citerne devient une ligne d’approvisionnement, et une boîte d’aide qui ne vaut même pas un shekel permet de récolter des milliers de shekels… Et nous, ceux qui vivons cette souffrance, nous cherchons toujours de l’eau.

Je suis fatigué.

Fatigué d’écrire, d’expliquer ce qui ne devrait même plus avoir besoin de l’être, et de répéter chaque jour la même souffrance.

Nous vivons, véritablement, en enfer.

Nous avons tout perdu, et notre vie ne semble plus avoir d’autre sens que l’humiliation, encore l’humiliation, et toujours plus d’humiliation…

Un avenir suspendu, jusqu’à quand ?

Rami AbouReida

Source : la page FB de l’auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida

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