Rapport du CPI

Centre d’information palestinien

Illustrant de façon saisissante le profond coût social de la guerre en cours, une génération entière d’enfants grandit dans la bande de Gaza, privée de l’un des piliers de stabilité les plus essentiels à leur existence : la famille. L’orphelinat n’est plus un cas isolé, mais un phénomène collectif témoignant de l’ampleur de la désintégration du tissu social sous le poids d’une guerre prolongée et d’un siège suffocant qui prive les enfants des besoins les plus fondamentaux.

indicateur choquant

Le ministère du Développement social de Gaza a annoncé mercredi que le nombre d’orphelins s’élevait à 64 616 enfants, dont 55 157 qui ont perdu leur père pendant la dernière guerre, ce qui constitue une indication choquante de l’aggravation de la crise humanitaire et de sa transformation en une réalité à long terme.

Le ministère a expliqué mercredi dans un communiqué que ces chiffres reflètent l’ampleur de la catastrophe que vivent les enfants orphelins, compte tenu de la poursuite de la guerre et de ses répercussions, notant que leurs conditions de vie sont caractérisées par une extrême dureté, en raison des déplacements massifs de population, de la perte d’abris, de la désintégration de la structure familiale, en plus de l’effondrement accéléré des services de base.

Elle a expliqué que les orphelins sont confrontés à des défis complexes, notamment la détérioration des soins de santé, la perturbation du processus éducatif et les pénuries de nourriture et de médicaments, ce qui met leur vie et leur santé en danger direct, en particulier avec les restrictions persistantes à l’entrée de l’aide et l’érosion des capacités des institutions locales.

Le ministère a indiqué que ces statistiques ont été compilées grâce au « Système national des orphelins », mis en place dans des circonstances exceptionnelles et considéré comme l’une des plus importantes bases de données spécialisées, afin d’évaluer l’ampleur du phénomène et d’y remédier malgré des ressources limitées. Il a précisé que le gouvernorat de Gaza enregistre le plus grand nombre d’orphelins, avec 21 125 enfants, soit environ 32,7 % du total.

Témoignant de l’ampleur croissante de la crise, le ministère du Développement social a confirmé que l’augmentation du nombre d’orphelins coïncide avec d’autres indicateurs de la détérioration de la situation humanitaire dans le secteur, notamment la hausse des taux de pauvreté et de chômage, le nombre croissant de familles dépendantes d’enfants et un creusement des inégalités en matière de protection sociale, sous une pression sans précédent sur le système humanitaire.

Elle a souligné que la « Journée des orphelins arabes » est l’occasion de mettre en lumière cette tragédie grandissante, de sensibiliser davantage le public aux droits des orphelins et de soutenir les initiatives visant à améliorer leurs conditions de vie et leur bien-être psychologique, à un moment où la capacité des familles et de la société à répondre à l’ampleur des besoins diminue.

Le ministère a souligné la nécessité de renforcer la solidarité sociale et de fournir un environnement sûr et stable qui garantisse aux enfants orphelins leur droit de vivre dans la dignité.

Le ministère du Développement social a appelé les institutions locales et internationales à intensifier leurs efforts pour soutenir ce groupe en fournissant une aide matérielle et matérielle, en réhabilitant les infrastructures endommagées, en garantissant la protection juridique des droits des enfants et en apportant un soutien psychologique et social, afin de réduire les effets de la guerre sur une génération née et élevée dans l’ombre de crises successives.

Les chiffres ne reflètent pas la tragédie

Selon les données des Nations Unies, plus de 17 000 enfants à Gaza sont séparés de leur famille. Outre leurs souffrances psychologiques, ces enfants sont confrontés à des conditions de vie extrêmement difficiles en raison des pénuries d’eau, de nourriture et de médicaments. D’après le site web officiel de l’ONU, environ 1,9 million de personnes, dont plus de la moitié sont des enfants, vivent dans des conditions déplorables dans des camps de la bande de Gaza, où leurs souffrances quotidiennes s’aggravent avec la poursuite du conflit.

Lors de son entretien avec Al Jazeera, Awais a révélé que plus de 3 000 enfants ont perdu leurs deux parents et que nombre d’entre eux s’occupent seuls de leurs frères et sœurs. Il a ajouté : « Nous nous efforçons de réunir les enfants avec leurs familles et de leur apporter un soutien psychologique et matériel, mais les besoins dépassent largement nos capacités actuelles. »

Le porte-parole régional de l’UNICEF, Salim Awais, affirme que les chiffres officiels ne reflètent pas toute l’ampleur de la tragédie. Il souligne que des milliers d’enfants ont perdu leurs parents lors de bombardements directs, tandis que d’autres souffrent de handicaps permanents. Il ajoute que plus de 3 000 enfants ont perdu leurs deux parents et que nombre d’entre eux s’occupent désormais de leurs frères et sœurs en l’absence de tout réseau de protection efficace.

répercussions à long terme

Le ministère met en garde contre les répercussions à long terme de ce phénomène, notamment les risques de désintégration sociale, de décrochage scolaire et d’emploi précoce, dans un environnement instable dépourvu des exigences minimales en matière de prise en charge.

Malgré cette situation, la communauté locale joue un rôle essentiel pour atténuer la crise. Des dizaines de familles, bien que déplacées et sans abri, ont accueilli des enfants orphelins et leur ont offert un environnement plus sûr. Des associations et initiatives de jeunesse s’activent également pour apporter un soutien psychologique et matériel et organiser des activités visant à aider les enfants à se remettre de leurs traumatismes.

Dans une analyse psychologique, le spécialiste Arjwan Hassan estime que le concept d’orphelinat à Gaza a dépassé sa signification traditionnelle pour inclure la plupart des enfants qui ont perdu leur sentiment de sécurité à la suite des bombardements et des morts, soulignant que les besoins les plus élémentaires en matière de soins ne sont pas satisfaits et que le manque de stabilité empêche la fourniture d’un soutien psychologique efficace.

Elle souligne que les orphelins restent souvent sous la tutelle de leurs proches, mais que les conditions de guerre rendent difficile leur prise en charge adéquate, en l’absence d’un environnement approprié à leur réinsertion sociale et comportementale, notamment après la destruction des institutions de prise en charge. En effet, plusieurs institutions étaient dédiées à la prise en charge des orphelins et à la fourniture de lieux sûrs où ils pouvaient vivre, mais aujourd’hui, aucune institution, gouvernementale ou non, n’est en mesure de s’en occuper en raison de la poursuite du conflit.

Dans ce contexte, l’occupation a détruit un certain nombre de foyers et de centres de soins pour enfants, notamment la Fondation Al-Rabee à Gaza, le Centre de protection de l’enfance à Deir al-Balah, l’Institut Al-Amal pour la prise en charge des orphelins, l’association caritative Al-Rahma et le village d’enfants SOS à Rafah, en plus de la destruction généralisée de crèches, d’écoles et de jardins.

Cette scène confirme que Gaza est confrontée à une crise humanitaire complexe, qui ne se limite pas aux pertes directes de la guerre, mais qui touche l’avenir de toute une génération, grandissant dans un environnement marqué par la perte et le dénuement, au milieu de défis qui dépassent les capacités de la communauté locale et qui exigent une réponse internationale urgente et globale.

Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…

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