Par Ziad Medoukh

Fin février 2026, 4 mois et demi après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu, la situation est toujours tragique et dramatique. La population continue de souffrir au quotidien, aucune amélioration n’est soulignée.

5 aspects importants : Les bombardements continuent, moins intensivement c’est vrai, mais avec chaque jour des attaques sanglantes et des incursions militaires de la part des chars et des blindés de l’occupation. Pendant ces 4 mois de cessez-le feu, on compte 623 morts et 1850 blessés palestiniens.

Autre point très important : selon la 2e phase du plan de Trump, les forces de l’occupation devaient se retirer de toute la bande de Gaza, or, chaque jour, la ligne jaune avance au point qu’aujourd’hui, 62 % de la bande de Gaza est occupée par l’armée israélienne.

Les Palestiniens qui veulent se rendre sur les décombres de leurs maisons pour y récupérer un peu de leurs biens se font tirer dessus par des snipers ou des drones. Déjà 160 Palestiniens sont morts, à 100/200 mètres de la ligne jaune, alors qu’ils étaient du bon côté (du côté autorisé).

Troisièmement : Le gouvernement de technocrates palestiniens qui a été nommé il y a 2 mois et avait reçu un accueil favorable des Américains, de l’autorité palestinienne, des partis politiques ainsi que de la population, de l’Union européenne et de la Ligue arabe, est toujours bloqué en Égypte et ne peut pas entrer à Gaza.

Interdire à ce gouvernement de technocrates palestiniens d’entrer complique tout parce qu’il n’y a personne aujourd’hui à Gaza pour gérer la situation, ni gouvernement, ni autorité, tout est aléatoire notamment en ce qui concerne la situation humanitaire. Il faudrait pouvoir constater la réalité pour pouvoir aider la population.

Il y a, c’est vrai, quelques organisations internationales qui continuent de fonctionner mais avec beaucoup de difficultés. On a besoin d’un gouvernement, de ce gouvernement de technocrates qui avait été approuvé par le Conseil de la paix, un gouvernement avec des facilités et des compétences pour gérer et redonner ainsi un peu d’espoir à le population civile.

Quatrièmement : L’ouverture du passage de Rafah.

En réalité, ce passage n’est que très partiellement ouvert. La priorité est donnée aux malades et aux blessés mais les autorisations ne sont données qu’au compte-gouttes. 15000 personnes attendent de pouvoir être évacuées.

Jusqu’à présent, par jour, seuls 15 malades chroniques ou blessés et une trentaine d’accompagnants sont autorisés à sortir de la bande de Gaza par jour alors que moins de 40 personnes ont pu retourner chez elles, à Gaza.

C’est scandaleux ! Les autorités israéliennes disent avoir ouvert le passage mais ce sont elles qui contrôlent tout, tant à l’entrée qu’à la sortie.

L’arrivée de l’aide humanitaire est toujours limitée. Il y a, c’est vrai, une petite amélioration en ce qui concerne la nourriture mais tout coûte très cher, notamment dans la ville de Gaza. Les organisations internationales sont débordées mais essaient de satisfaire les besoins énormes de la population, notamment des plus pauvres.

Même les promesses du Conseil de la paix dans sa réunion le 19 février à Washington de reconstruire la bande de Gaza et apporter un soutien urgent pour les Palestiniens de Gaza n’ont pas beaucoup d’échos, car pour la population civile, le plus important c’est le concret et l’application des décisions.

Comment vivre à Gaza ?

80% de la population civile de la bande de Gaza n’ont plus de revenu. Ils ont tout perdu et vivent de l’aide humanitaire, sous tentes dans les camps de déplacés. Mais, avec le peu de camions qui sont autorisés à entrer dans la bande de Gaza, les organisations internationales ne peuvent satisfaire les besoins que de 50% de la population. Les autres continuent donc de souffrir de l’insécurité alimentaire.

18 % des Palestiniens de Gaza sont des fonctionnaires de l’autorité palestinienne ou du gouvernement de Gaza. Ils reçoivent 50 % de leur salaire mais ils ne bénéficient pas de l’aide humanitaire qui est réservée aux plus démunis. Ils doivent tout acheter eux-mêmes, la nourriture sur le marché, l’eau potable, le bois, les médicaments, l’accès à internet, etc. Pour se soigner, ils doivent payer des médecins privés.

2% de citoyens sont soit commerçants, soit employés par des ONG internationales. Ces 2 % de la population ont un revenu qui leur permet d’acheter de la marchandise dans les marchés, d’aller au café et au restaurant ou de se procurer des produits de luxe. Mais ils sont une minorité et on peut donc dire que la situation reste dramatique pour toute la population civile dans la bande de Gaza.

L’occupation profite de cette atmosphère d’incertitude pour poursuivre sa politique coloniale et continuer à imposer sa force militaire sur la Cisjordanie (déplacement de population, démolition de maisons et incursions de colons très violents, déplacements forcés de la population (notamment à Jenine et au nord de la Cisjordanie occupée), etc.

La colonisation a déjà avalé 73 % de la Palestine. Avec le plan de colonisation annoncé, elle prendrait les 98 % des terres palestiniennes, directement par la colonisation et indirectement par de nouvelles lois imposées aux Palestiniens de Cisjordanie occupée. Si on croit les chiffres, il ne resterait pour les Palestiniens que les villes de Ramallah, Naplouse, une partie de Hébron et une partie de Bethlehem. Presque toutes les autres villes et villages seraient annexées par les colonies illégales.

Personnellement, je viens d’avoir 60 ans le 18 février, j’essaie de tenir bon avec ma famille et les gens autour de moi. J’essaie de remonter le moral des jeunes. Je m’occupe de trois centres éducatifs et avec le soutien des solidaires francophone, j’essaie de leur fournir des fournitures scolaires, des vêtements, des repas chauds, des fruits, et, quand certaines choses sont disponibles sur le marché, des chaises et des tables.

On organise des activités de soutien psychologique pour les enfants traumatisés avec des jeunes francophones.

J’essaie de garder espoir mais c’est difficile.

Je continue d’écrire, de témoigner, de publier des articles et des livres, et d’échanger avec les amis, les solidaires francophones. Ce n’est pas toujours évident dans le contexte de Gaza actuellement.

J’ai été très affecté par la mort de Leila Shahid, cette femme exceptionnelle qui incarnait la Palestine en toute dignité, cette diplomate et humaniste, j’ai eu la chance de la rencontrer plusieurs fois en France et à Gaza, elle représentait le combat d’un peuple en quête de sa liberté.

Les Palestiniens attendent un changement et des améliorations mais l’attente est très longue et les choses n’avancent pas.

On essaie de tenir bon, de supporter l’insupportable et de garder ce petit espoir qui nous maintient en vie.

Source : auteur

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