Si les élections israéliennes ont eu l’honneur des chaînes françaises, on n’a absolument pas vu passer le moindre reportage ni même annonce sur le rassemblement d’Israéliens et de Palestiniens à Tel Aviv, contre l’apartheid israélien, qui a tout de même réuni 6000 personnes il y a à peine plus d’une semaine dans le square Rabin, en centre ville.

Une manifestation qui a fait hurler quasiment l’ensemble des partis, y compris de la gauche sioniste, pour lesquels la présence de drapeaux palestiniens était une horreur sans nom.
Une manifestation sans précédent, car cela fait peu de temps que les opposants israéliens juifs ne se contentent pas de dénoncer une occupation qui dure depuis des décennies, mais qualifient Israël d’Etat d’apartheid et demandent l’égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens.

« Une partie croissante de la jeunesse israélienne, souligne le Magazine israélien d’opposition 972 + , se rend compte que sans les  Palestiniens, il n’y a pas de gauche »

Désormais des milliers de jeunes Israéliens juifs éthiopiens défilent contre les violences policières, bloquent les autoroutes, jettent des pierres sur la police et certains scandent «Libérez la Palestine».  Des Juifs orientaux « mizrahi » demandent à la Haute Cour d’Israël de rejeter la loi sur l’État-nation comme étant anti-arabe, et donc à la fois anti-palestinienne et anti-mizrahi.  Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir se soustraire au service militaire, ce qui conduit l’armée israélienne à déplorer «une diminution de la motivation à servir» parmi la population.

Nous sommes aussi de plus en plus nombreux à approuver le BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), que nous voyons comme un moyen de démocratisation du Moyen-Orient par la base.  Soutenu par 86% des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, le BDS a été qualifié de «menace stratégique» par l’establishment israélien qui a dépensé des millions pour le combattre. 

Bien que conscients d’être une minorité ces opposants s’accordent à dire qu’un « État sioniste est un désastre pour les juifs» , «tant qu’il insiste pour être un ghetto juif dans un monde arabe».  Ils écrivent : « Le sionisme a enrichi les élites israéliennes, mais il n’a pas libéré la communauté dans son ensemble de la précarité financière.  Environ 18% des Juifs israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté.  Malgré les fréquentes invocations du gouvernement israélien à l’Holocauste, un quart des survivants de l’Holocauste en Israël vit dans la pauvreté.  Ceci est lié au militarisme israélien.  Comme le soulignent les refuzniks — qui préfèrent la prison à l’accomplissement de leur service militaire obligatoire – dans leur lettre ouverte de 2021, les dépenses militaires et policières élevées d’Israël réduisent le financement de «l’aide sociale, de l’éducation et de la santé».

« Et l’occupation a été la principale cause de la violence palestinienne contre les Israéliens ordinaires.  Les colonies de Cisjordanie, qui n’ont eu de cesse de s’accroître, sous les gouvernements israéliens de droite comme de gauche, les bombardements répétés de Gaza, également soutenus par l’establishment politique israélien, ont en fait renforcé le soutien populaire palestinien au Hamas et à la résistance armée ».

La lettre des refuzniks déclare que «la politique sioniste empoisonne la société israélienne – elle est violente, militariste, oppressive et chauvine».  L’atmosphère sans cesse militarisée a été une cause de détresse majeure pour les adolescents israéliens, dont 73% environ rapportent des problèmes de santé mentale.  Un nombre croissant d’Israéliens sont renvoyés de l’armée en raison d’incapacités psychiques.  Le taux de suicide ajusté selon l’âge des Juifs israéliens est 2,4 fois plus élevé que celui des Israéliens-Palestiniens.

Les Juifs mizrahis (ethniquement du Moyen-Orient) d’Israël, qui ont été confrontés au racisme persistant de la part des Juifs ashkénazes (ethniquement européens) tout au long de l’histoire du sionisme, ont encore plus de raisons de soutenir un changement révolutionnaire.  Smadar Lavie, spécialiste israélien de la condition des Mizrahis, est allé jusqu’à décrire «l’apartheid intra-juif» en Israël.  Plus tristement célèbre, les autorités israéliennes dans les années 1950 ont enlevé des enfants mizrahis et en ont donné un certain nombre à des familles juives ashkénazes pour les élever « correctement ».  

Les Mizrahis ont d’ailleurs été les premiers Israéliens à rencontrer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Une polémique est en revanche engagée dans cette nouvelle gauche israélienne sur le rôle de la classe ouvrière, certains estimant qu’elle n’est «Pas un allié» , car «incapable de se solidariser avec les Palestiniens», en raison des avantages matériels qu’elle tire que l’occupation. «Les travailleurs israéliens sont désormais récompensés par l’économie des armes», analysent-ils. D’autres rétorquent en leur disant qu’ils ne sont pas cohérents quand ils nient le potentiel révolutionnaire des ouvriers juifs israéliens mais prônent la lutte de classe révolutionnaire aux États-Unis, et proposent même d’organiser des «ouvriers américains impliqués directement ou indirectement dans le complexe militaro-industriel». 
«La Nakba [le déplacement des Palestiniens] rappelle la dépossession et l’effacement des Américains autochtones par les États-Unis.»  Les États-Unis ont jusqu’à présent mieux réussi à éliminer la population autochtone qu’Israël, mais cela donne-t-il en quelque sorte aux travailleurs américains plus de potentiel pour être révolutionnaires?« 

 « La société israélienne est très marquée sinon structurée par le racisme. Depuis que nous nous en souvenons, nous avons subi un lavage de cerveau avec la haine et la peur de nos voisins palestiniens», a déclaré le groupe israélien Anarchists Against the Wall en 2004. Des mécanismes similaires ont eu lieu aux États-Unis, avec des peuples autochtones dénigrés comme des «sauvages» et  «Rouges-ns» et rabaissés à travers les logos sportifs et les mascottes à travers le pays.  Bien que les opinions changent, les travailleurs américains continuent d’être largement favorables à la célébration de la Journée de Christophe Colomb et à la construction de projets d’énergie sale qui empiètent davantage sur les terres des communautés autochtones.

« Que ce soit aux États-Unis ou en Israël, le meilleur moyen de briser la fausse conscience est de «lutter ensemble par le bas».  Au cours des années d’action directe conjointe dirigée par les Autochtones contre les pipelines Keystone XL et Dakota Access, entre 2012 et 2017, le pourcentage d’Américains opposés à ces pipelines a doublé, passant de 23 à 48%.  À partir de 2003, des actions directes conjointes palestiniennes et israéliennes ont bloqué la construction du mur de séparation.

« Bien que le nombre actuel de partisans juifs israéliens du BDS ne soit apparemment que de quelques centaines, et bien que le soutien juif israélien à un pays démocratique partagé soit loin de progresser, cela pourrait changer.  Yossi Bartal, militant des Anarchistes contre le Mur, explique que « Dans une atmosphère aussi manifestement raciste, l’acte le plus radical est de briser cette séparation en manifestant avec les Palestiniens, en vivant ensemble, en se parlant, en s’aimant et en prenant soin les uns des autres – en s’aimant les uns les autres.  »  Une action directe organisée conjointement permet de faire tomber les murs, physiques et mentaux, entre les deux populations.  En luttant ensemble, les deux groupes peuvent démontrer – l’un à l’autre, à eux-mêmes, au monde – une capacité à partager un pays.« 

(Traduit par Sarah V. pour CAPJPO-EuroPalestine à partir de : https://emea01.safelinks.protection.outlook.com/

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Source : EuroPalestine
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