Par ParsToday

L’ancien chef des services de renseignement saoudien Turki al-Fayçal al-Saoud a traité bien durement Israël lors du Dialogue de Manama tenu il y a deux jours à Bahreïn. Au risque de provoquer la surprise générale car Fayçal n’a jamais été un anti-sioniste ni même un pro-palestinien. Et cette seconde nature devrait gagner en vivacité à l’heure des « normalisations ». 

Rai al-Youm s’interroge aussi sur le pourquoi de ce virage, sans précédent, d’ailleurs, venant d’un haut responsable du Renseignement saoudien, ami de longue date de Tel-Aviv. 

« Les médias occidentaux disent que cette colère traduisait le profond mécontentement du cercle proche du prince héritier Mohammed ben Salmane quant à la diffusion des informations sur la visite « secrète » de celui-ci avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Neom, dans le nord de la mer Rouge ; rencontre qui a eu lieu en présence du secrétaire d’État américain Mike Pompeo alors qu’elle était censée rester confidentielle à la demande de ben Salmane.

C’est pourquoi le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhan a même démenti une telle rencontre. En retour, Riyad a annulé la visite « secrète » du chef du Mossad en Arabie saoudite qui aurait du s’effectuer la semaine dernière.  

Une deuxième hypothèse soulève des divergences de vue au sein de la famille royale au sujet de la normalisation des relations avec le régime d’Israël. Les rapports disent que le roi Salmane n’était au courant ni de la rencontre tripartite à Neom ni de l’ouverture de l’espace aérien saoudien aux avions israéliens. Il s’opposerait même à toute normalisation avec Israël, sinon après la mise en application du plan de paix arabe. En effet, l’avis du prince Turki al-Fayçal converge plus vers celui du roi que du prince héritier. 

Une troisième supposition reposerait sur les sérieux différends qui existent entre l’Arabie saoudite et les pays « normalisant » avec Israël, en particulier les Émirats arabes unis. Les déclarations du prince Turki al-Fayçal au sujet des récents accords de compromis ont déclenché la discorde. 

Ce dernier a souligné qu’une plaie ouverte ne pouvait pas être traitée avec des palliatifs et des analgésiques. Aussitôt après Abdelkhaleq Abdullah, conseiller du prince des EAU, Mohammed ben Zayed al-Nahyan, a twetté qu’aucune réconciliation n’était possible entre l’Arabie saoudite et le Qatar sans l’accord d’Abou Dhabi. Le tweet a été, d’ailleurs, supprimé un peu plus tard.

Or l’Arabie saoudite s’est récemment rapprochée aussi bien du Qatar que de la Turquie. Et il y a une forte possibilité de réconciliation entre ces deux pays voisins et cela sans la coordination ni la consultation des trois pays impliqués dans l’escalade de la discorde et les sanctions imposées au Qatar après la visite de Jared Kushner en Arabie saoudite. Ce rapprochement aurait fait suite à une révision par Riyad de ses politiques après le déclin de « la place et du prestige » du royaume dans le monde arabo-musulman. 

Avec la fin du mandat de Donald Trump, Riyad serait donc en passe de revoir sa position envers les États-Unis et Israël. 

Rai al-Youm évoque sa cinquième et dernière hypothèse pour expliquer les attaques médiatiques directes ou indirectes contre l’Arabie saoudite au sein des États-Unis où le lobby israélien influence la presse. « Les Israéliens veulent établir des relations avec l’Arabie saoudite, mais ils lâchent leurs chiens de garde dans les médias internationaux contre nous », a estimé Turki al-Fayçal. 

La colère d’al-Fayçal est-elle passagère ou annoncerait-elle une évolution politique importante et permanente ? Annoncerait-elle un retour au plan de paix arabe de l’Arabie saoudite qu’Israël a humilié ? Il est encore tôt pour le savoir, conclut Rai al-Youm.

Source : ParsToday
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