Des soldats américains, avec la Compagnie Alpha, 1er Bataillon, 6e Régiment d’infanterie, 2e Armored Brigade Combat Team, 1re Division blindée, effectuer une reconnaissance de zone dans la zone de responsabilité du Commandement central (CENTCOM), le 18 février 2021. Les soldats sont en Syrie pour soutenir la mission Combined Joint Task Force-Operation Inherent Resolve (CJTF-OIR). La CJTF reste déterminée à travailler par, avec et à travers nos partenaires pour assurer la défaite durable de Daech. (Photo de l’armée américaine par la CPS. Jensen Guillory)

Par Paul R. Pillar

Les rapports indiquent que l’attaque contre une base américaine le mois dernier correspondait à des représailles aux récentes frappes israéliennes. Cela n’a tué personne, mais ce n’est qu’une question de temps.

Source : Responsible Statecraft, Paul R. Pillar
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Selon Eric Schmitt et Ronen Bergman du New York Times, les responsables américains pensent que la récente attaque de drones contre une base militaire américaine dans le sud de la Syrie, le mois dernier, correspondait à des représailles aux frappes aériennes israéliennes en Syrie. L’attaque n’a fait aucune victime – et les munitions de trois des cinq drones n’ont même pas explosé – mais la prochaine attaque de ce type pourrait bien faire des morts ou des blessés. Les responsables attribuent l’attaque d’octobre à ce qu’ils décrivent comme des forces « déléguées » liées à l’Iran.

Quatre implications découlent de cette évolution.

Premièrement, le retrait complet des troupes américaines de Syrie est attendu depuis longtemps. La présence continue de ces troupes est illégale, ne sert aucun objectif vital identifié et autorisé par le Congrès, et contribue à prolonger une guerre en Syrie qui a déjà été largement gagnée par le régime Assad avec l’aide de ses alliés russes et iraniens. Pendant ce temps, les troupes américaines en Syrie sont susceptibles de faire des victimes à tout moment.

Deuxièmement, les États-Unis doivent accepter que le régime Assad ne disparaîtra pas de sitôt et devraient réfléchir aux domaines dans lesquels leurs intérêts et ceux de ce régime pourraient se chevaucher. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne le terrorisme, et plus précisément l’État islamique ou Daech, qui figure parmi les raisons les plus fréquemment citées pour justifier le maintien des troupes américaines en Syrie.l

Bien qu’au début de la guerre en Syrie, le régime ait apprécié la présence de Daech afin de pouvoir se présenter comme le gardien de la Syrie contre le terrorisme, plus Assad consolide son contrôle sur la majeure partie du pays, plus le conflit entre son régime et Daech sera clair et direct. Ce conflit est déjà suffisamment clair pour avoir conduit à des combats directs. La situation est de plus en plus similaire à celle de l’Afghanistan, où la branche de Daech présente le plus grand défi au pouvoir des talibans, ce qui explique pourquoi les talibans et Daech sont des ennemis mortels.

Pendant ce temps, la présence non invitée de troupes américaines sur un sol étranger stimule le terrorisme anti-américain, tout comme la présence de troupes étrangères sur d’autres sols a historiquement été peut-être le plus grand stimulant du terrorisme par d’autres groupes.

Troisièmement, les États-Unis appliquent deux poids, deux mesures à leur conduite au Moyen-Orient. Comme le régime iranien ne se lasse pas de le souligner, son peuple est en Syrie à l’invitation du gouvernement syrien, mais pas les forces américaines. Bien que les références au comportement « néfaste, déstabilisant, etc. » de l’Iran dans la région soient de rigueur dans les débats sur la politique américaine, la plus grande manœuvre militaire au Moyen-Orient aujourd’hui – et ce d’une manière qui rend une situation instable encore plus instable – est la campagne aérienne offensive israélienne en Syrie, pour laquelle l’attaque de drone le mois dernier contre la base américaine constituait des représailles. Israël a mené sa campagne aérienne avec une intensité d’environ deux attaques par semaine, complétée par d’autres usages létaux de la force, comme l’assassinat d’un officiel syrien par des tirs de sniper depuis le plateau du Golan occupé par Israël.

Quatrièmement, tant que les États-Unis approuvent et facilitent le comportement d’Israël, ils ne peuvent échapper aux conséquences néfastes. Tout comme ceux qui ont géré les drones d’attaque sur la base en Syrie ont été conditionnés à considérer Israël et les États-Unis comme un tout, d’autres personnes que les politiques et les actions d’Israël ont mises en colère ont dirigé une grande partie de cette colère vers les États-Unis. Ce schéma s’applique depuis longtemps aux terroristes du Moyen-Orient. Oussama Ben Laden a toujours fait du soutien des États-Unis à la politique israélienne un élément majeur de son action contre les États-Unis.

Ben Laden savait qu’il avait un public. Les émotions de ce public sont entretenues non seulement par des actions agressives dans des pays comme la Syrie, mais aussi par l’asservissement continu des Palestiniens, dont le sort est encore très important pour de nombreux habitants du Moyen-Orient.

Source : Responsible Statecraft, Paul R. Pillar, 20-11-2021
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Source : Les Crises
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