Maroc-Israël : L’arbre qui cache la forêt

Par Anis Balafrej

Des touristes israéliens (1), juifs orthodoxes, se prosternant en groupe devant la haute muraille de Bab Doukkala à Marrakech n’a rien d’habituel pour les Marrakchis.

Au fin fond des cœurs, ce spectacle renvoie au Mur d’Al Bouraq, devenu lieu de prière juif depuis 1929 sous le nom de « Mur des Lamentations» et passé sous contrôle israélien après la 3 me guerre israélo-arabe de Juin 67. (2)

Mais que viennent donc chercher ces juifs orthodoxes en plein cœur de la cité de Youssef ibn Tachfine ?

Une certaine propagande, diffusée à large échelle, voudrait n’y voir qu’un simple rituel de juifs passant par là et désireux de faire leur prière.

Le spectacle étant tellement insolite que certains y ont vu la main de l’IA.

Mais cet événement, bien réel, n’a rien de normal!

Il s’inscrit dans la «normalisation» rampante et forcée du pouvoir israélien pour prendre le contrôle du Maroc sous couvert «de retour à la terre des aïeux ».

En commentant cet événement, Urit Moshe, conseillère du président de la Knesset, a déclaré: «le Maroc est notre patrie. Nos ancêtres sont venus de là-bas ».

Ben Gvir avait déclaré auparavant que les premiers habitants du Maroc sont les juifs et que ce pays leur appartient.

Le projet sioniste se déroule toujours ainsi : d’abord la convoitise, puis les actes symboliques qui préparent les esprits et enfin l’exécution du projet sur le terrain par la prise directe du contrôle par les lobbys politiques, économiques, financiers et culturels.

Un état souverain passe ainsi sous tutelle sioniste par le lavage de cerveaux, l’appât de l’argent et la résignation de ses dirigeants.

Comment s’étonner alors de la réaction immédiate et forte des Marocains face à cet événement ?

La tolérance religieuse et le vivre-ensemble des Marocains ne sont pas à démontrer, ils sont bien connus dans l’histoire.

C’est l’autre partie qu’il faut plutôt interpeller pour un état qui a instauré l’apartheid, nous sommes tous des Goyim, dont le destin est d’être au service des êtres « supérieurs », les juifs sionistes !

Le spectacle donné à Bab Doukkala fait partie des actes symboliques destinés à préparer les esprits, comme le fut le drapeau israélien brandi à la frontière avec l’Algérie ou le touriste israélien venu perturber un sit-in pour la Palestine à Marrakech.

Autrement dit, il s’agit d’imposer la présence sioniste dans le  “nouveau» paysage social marocain et le fondre dans la réalité locale et nationale, sous couvert, tantôt « de tolérance religieuse », tantôt du «< vivre ensemble », tantôt « des intérêts supérieurs de la nation », tantôt de l’hospitalité légendaire des marocains.

Il fait partie de la vaste offensive sioniste déclenchée au Maroc depuis la signature des « accords d’Avraham » en 2020.

Des colons israéliens s’installent dans les terres agricoles et produisent des avocats et des dattes, des projets halieutiques sont créés au nord, des usines de matériel d’irrigation, de drones et d’équipements militaires ouvrent, des permis de prospection offshore sont accordés à des sociétés sionistes. Certaines  universités ont signé des accords de partenariat avec leurs homologues israéliens, des étudiants et des travailleurs sont recrutés là-bas, les portes du Maroc sont grand ouvertes aux « touristes israéliens» dont un certain nombre ont commis des actes de génocide à Gaza. (3)

Les dirigeants marocains devraient vite réévaluer la situation et mesurer les risques immenses qui menacent la sécurité nationale et la souveraineté du pays, avant qu’il ne soit trop tard.

D’autant que le monde connaît de profonds bouleversements.

Le projet sioniste expansionniste est démasqué aux yeux de la population mondiale

Plus que jamais, la libération de la Palestine est au cœur de l’affrontement mondial entre forces de justice et forces colonialistes.

Les Etats Unis, première puissance militaire à l‘échelle planétaire, défaite par l’Iran, un pays sous embargo depuis 47 ans, est sur la voie de sa relégation à l‘échelle des hiérarchies des puissances mondiales..

Ne faut-il pas abandonner les anciens paradigmes et renouer avec les valeurs morales et politiques du Maroc indépendant: Bâtir notre stratégie sur la défense de notre souveraineté, la défense des causes justes et le non-alignement?

Notes
  • (1) Selon Urit Moshé, conseillère du président de la Knesset.
  • (2) De manière totalement arbitraire,, sans aucune preuve archéologique et historique, cette Muraille occidentale de l’Esplanade des Mosquées, a été déclarée par des rabbins ashkénazes de New York, en 1929, vestige du Temple de Salomon et nommée «Mur des Lamentations».  Le but était clairement d’attirer les juifs religieux en Palestine pour réaliser le projet sioniste en manque de colons.  En juin 1967, immédiatement après l’occupation de Jérusalem-Est, Moshé Dayan fit raser le quartier des Marocains qui jouxtait ce Mur, pour y aménager l’esplanade d’accès au Mur.
  • (3) Le Dahir 1-250/58 promulgué sous le gouvernement Balafrej, enlevait la nationalité marocaine à tout citoyen marocain s’enrôlant dans une armée étrangère..
Illustration

Juifs orthodoxes venus de New York, priant devant Bab Doukkala, l’une des portes de la médina de Marrakech, le 21 avril 2026. © DR

Source : Madaniya
https://www.madaniya.info/…

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