Par Rami Abou Reida
Un nouveau moment dont je suis particulièrement fier…
Une fois encore, et comme une nouvelle étape dans mon parcours d’écriture, l’un de mes textes les plus importants, «𝐍𝐨𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞́𝐬 𝐝𝐞𝐫𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐥’𝐚𝐛𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐢𝐫𝐨𝐢𝐫», vient d’être publié dans le numéro 361 de la revue ARCHIPEL – Journal du Forum Civique Européen**, paru en septembre 2026, après avoir été publié auparavant dans la presse allemande.
J’ai écrit ce texte le 7 août 2025, depuis ma tente à Gaza.
Il parle de la vie des personnes déplacées à Gaza et de la disparition des miroirs, non seulement comme objets qui nous permettent de voir nos visages, mais aussi comme symbole de la perte du lien avec nous-mêmes après des années de guerre et de déplacement.
ARCHIPEL est une revue mensuelle consacrée aux questions sociales et humanitaires, aux migrations, aux déplacements et aux droits humains. Elle est distribuée en France, en Suisse et en Allemagne.
Qu’un texte écrit depuis ma tente à Gaza soit lu, puis publié dans une revue européenne distribuée dans plusieurs pays, représente pour moi bien plus qu’une simple publication…
C’est une nouvelle étape sur un chemin où j’essaie de faire entendre notre voix, d’écrire sur notre vie et sur ce que nous vivons, et de dire simplement :
𝐍𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐥𝐚̀.
Photo envoyée par mon ami Alex Robin. Merci beaucoup à lui.
***
𝐍𝐨𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐚𝐠𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐛𝐥𝐢𝐞́𝐬 𝐝𝐞𝐫𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐥’𝐚𝐛𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐢𝐫𝐨𝐢𝐫
Dans un paradoxe douloureux…
Voilà longtemps que nous n’avons pas vu nos propres visages.
Non pas parce que nous refusons de nous regarder dans un miroir, mais parce que le miroir lui-même a disparu des détails de notre vie.
Pas de salle de bain digne de ce nom, pas de lavabo avec un miroir, pas de chambre avec une coiffeuse, pas même une entrée de maison avec une élégante « chifonnière » pour nous accueillir et nous rappeler que nous sommes encore des êtres humains vivant une vie normale.
Dans ce déplacement permanent, nous oublions nos visages…
Nous passons des jours et des semaines à nous laver avec l’eau de la nostalgie, à essuyer la sueur avec des morceaux de tissu souillés de poussière, et à coiffer nos cheveux avec des doigts tremblants au lieu d’un peigne.
L’un de nous peut passer une semaine entière avant de se rappeler qu’il possède un petit miroir portatif, enfoui dans un coin oublié du sac.
Et lorsqu’il le sort enfin pour regarder son visage, il est bouleversé…
Le visage qui lui fait face n’est plus celui qu’il connaissait.
Le hâle n’est plus l’éclat d’un visage exposé au soleil ; il est devenu une enveloppe sèche de tristesse.
De nouvelles rides sont apparues sans nous demander la permission, et des cernes sous les yeux ressemblent aux ombres de notre tente fatiguée.
Nos traits ont changé, comme si la douleur nous remodelait chaque jour.
Nous nous regardons longuement et nous nous demandons avec inquiétude :
Qu’avons-nous fait pour devenir ainsi ?
Quelle est donc cette guerre qui nous vole jusqu’à nos propres traits ?
Comment pouvons-nous vieillir de cette manière ? Pas en âge, mais en tristesse !
Les miroirs semblent aujourd’hui être un luxe. Mais en réalité, ils sont une petite patrie.
Lorsque nous avons quitté nos maisons, nous ne savions pas que nous allions aussi perdre notre relation avec nous-mêmes.
Et c’est ainsi que nous vivons chaque jour étrangers à nos propres visages, ne les apercevant que rarement, et découvrant à chaque fois un nouveau visage que nous ne reconnaissons pas…
Un visage trahi par la vie, mais qui essaie encore de sourire.
𝐍𝐨𝐮𝐬 𝐬𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐬 𝐞́𝐭𝐫𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫𝐬 𝐚̀ 𝐧𝐨𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐞𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐚𝐠𝐞𝐬…
𝐄𝐭 𝐞́𝐭𝐫𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫𝐬 𝐚̀ 𝐧𝐨𝐬 𝐦𝐢𝐫𝐨𝐢𝐫𝐬, 𝐬’𝐢𝐥𝐬 𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞.
𝐒𝐢 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐧𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐯𝐨𝐧𝐬 𝐩𝐚𝐬 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐮𝐬 𝐝𝐞𝐩𝐮𝐢𝐬 𝐛𝐢𝐞𝐧 𝐥𝐨𝐧𝐠𝐭𝐞𝐦𝐩𝐬……
Rami Abou Reida
7 août 2025
𝐌𝐞𝐬 é𝐜𝐫𝐢𝐭𝐬… 𝐝𝐞𝐩𝐮𝐢𝐬 𝐦𝐚 𝐭𝐞𝐧𝐭𝐞… 𝐌𝐚𝐰𝐚𝐬𝐢 𝐝𝐞 𝐊𝐡𝐚𝐧 𝐘𝐨𝐮𝐧𝐢𝐬
Source : auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida
Le sommaire de Rami Abou Reida
Notre dossier Palestine

