Par Jo Westphal
Entretien avec un étudiant mobilisé de Science Po Strasbourg, après l’annonce du non-renouvellement du partenariat de sa faculté avec l’université israélienne Reichman.
Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 22 septembre 2026
Après des années de lutte, les étudiant-es mobilisé-es de l’institut d’études politiques de Strasbourg (IEP ou Sciences Po) ont contraint leur direction à ne pas renouveler leur partenariat avec l’université israélienne Reichman.
« C’est une victoire », résume Romain*, un étudiant contacté par l’Agence Média Palestine, qui a souhaité utiliser un prénom d’emprunt. Depuis le début de ses études à l’IEP, il est engagé au sein du Comité Palestine de Science Po Strasbourg. « C’est l’aboutissement d’une lutte qui a duré longtemps, et qui a été coûteuse pour beaucoup d’entre nous, en termes d’énergie et de santé mentale. »
« Mais nous savons que c’est cette lutte qui a permis ce non-renouvellement. La direction prétend le contraire mais nous savons que c’est faux : la fin de ce partenariat, c’est notre victoire. »
Reichman complice
La lutte pour la fin du partenariat de l’IEP Strasbourg avec l’université Reichman était engagée depuis des années, nous explique cet étudiant. Elle a pris de l’ampleur il y a un peu plus de deux ans, en juin 2024, lorsque certain-es étudiant-e membres du conseil d’administration proposent au vote une motion pour demander la suspension du partenariat avec l’université israélienne Reichman.
Cette université, basée à Tel Aviv, entretient des liens financiers et idéologiques étroits avec l’armée israélienne, de même que la totalité des universités israéliennes. Elle est notamment un relais essentiel de la propagande d’État, animant des cellules d’activisme pro-israélien en ligne ainsi que des cycles de conférences invitant de hauts responsables politiques et militaires israéliens, des événements soutenus par des compagnies israéliennes et états-uniennes de l’armement telles qu’Elbit, IAI, Boing, Raytheon, Lockheed Martin.
« Le vote du Conseil a été favorable à la demande de suspension de ce partenariat. Il ne s’agissait que d’une motion et pas d’une application administrative de ladite suspension, mais lorsque l’issue du vote a été rendue publique au mois d’octobre suivant, ça a aussitôt déclenché un tollé médiatique, largement relayé par la fachosphère, allant jusqu’à provoquer des commentaires du ministre de l’enseignement supérieur et celui des affaires étrangères, autant de pressions qui ont poussé le directeur de Sciences Po à programmer un conseil d’administration exceptionnel pour faire annuler ce vote », poursuit Romain*.
Un geste qui choque largement au sein de l’institution, parmi les enseignant-es et étudiant-es, favorables ou non au partenariat, qui y dénoncent collectivement un déni de démocratie.
Une victoire de longue haleine
« Ça a déclenché une très large condamnation, qui s’est traduit dans 3 mois de blocage du site, avec plusieurs phases, des moments où la mobilisation était presque invisible car les cours étaient assurés en distanciel, et d’autres où des violence policières très graves ont amené une sur-visibilité, et un soutien massif, avec parfois jusqu’à 150 personnes sur le blocage. »
« Vers la fin des ces trois mois, nous étions épuisé-es. La direction nous envoyait la police tous les matins, et la normalisation des cours à distance nous isolait. Nous avons alors négocié un accord avec la direction : l’élection d’un comité interne, constitué d’enseignant-es et d’étudiant-es, pour étudier la question de ce partenariat. Le comité a reçu des spécialistes, consulté des études afin d’évaluer la dimension éthique de ce partenariat, à raison de plusieurs heures par jour pendant deux semaines : à la fin, même les plus réfractaires se sont prononcés sur la nécessité de la suspension. »
Mais une fois les conclusions du Comité remises, et en dépit de l’accord passé par les étudiant-es mobilisé-es et la direction qui s’était engagée à suivre ses recommandations, le Conseil d’Administration décide de les ignorer et de maintenir le partenariat avec Reichman.
« Il y a eu deux nouvelles semaines de blocage, puis le campus a fermé pour les pré-partiels, puis les partiels, et puis l’année était terminée. On l’a vécu très durement, comme une défaite, mais tout en gardant l’espoir que le partenariat, qui devait arriver à échéance l’année suivante, ne serait pas renouvelé. Et c’est, de fait, ce que le directeur nous a affirmé à la rentrée suivante : lors d’une AG, il nous a demandé de ne plus communiquer dessus car le partenariat était presque terminé et qu’il ne serait pas renouvelé, un fait qu’il nous a présenté comme acquis et presque secondaire. Mais nous, nous savons que c’est grâce à notre mobilisation. »
Les étudiant-es mobilisé-es décident d’accepter cet accord tacite et de faire profil bas sur la question du partenariat en attendant sa fin effective, se concentrant sur des mobilisations de soutien à la Flottille, ou encore contre la loi Yadan. Enfin, au mois de juin, le partenariat Reichman a effectivement pris fin, et n’a donc pas été renouvelé, dans le silence de la direction et les cris de victoire des militant-es soulagé-es.
Rester sur ses gardes
« Cette victoire est celle des étudiant-es de Science Po mais pas seulement. Nous avons été largement soutenus par ceux d’Unistras, la fac dont nous dépendons, mais dont le campus est situé ailleurs. Beaucoup se sont rendus sur notre occupation, nous ont apporté un soutien logistique et un relai politique. Des associations locales, des syndicats étudiants, des élus même sont venus nous soutenir sur le blocage, nous protégeant par leur présence de certaines violences policières. »
Romain* souligne les nombreuses alliances tissées au sein de cette lutte, formant un tissu militant solide qui reste vigilant. « Le non-renouvellement n’est pas la fin du combat. Il reste des partenariats de recherche avec des universités israéliennes, et Sciences Po pourrait décider d’en créer de nouveaux. »
Le comité Palestine de Science Po Strasbourg milite désormais pour l’instauration d’un comité éthique d’étude des partenariats, qui conditionnerait ces derniers aux respects de critères éthiques comme les respect des droits humains, l’absence de lien avec un gouvernement génocidaire ou un financeur corrompu.
En attendant, il s’git d’une victoire dont peuvent se féliciter les étudiant-es mobilisé-es et qui vient renforcer la détermination des collectifs étudiants en lutte dans d’autres facultés, dont de nombreuses refusent encore de couper leurs liens avec ces universités complices du génocide à Gaza et de la colonisation israélienne.
*Le prénom a été modifié
Source : Agence Médias Palestine
https://agencemediapalestine.fr/…
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