Rapport du CPI
Centre d’information palestinien
Avec l’appel d’offres lancé pour la construction de 1 234 unités de colonisation, le projet de colonisation sioniste dans la zone E1 à l’est de Jérusalem occupée entre dans une nouvelle phase, faisant passer le projet de la planification et de l’approbation à la commercialisation effective des terrains et au début des procédures de mise en œuvre.
Le 18 août 2026, le ministère sioniste de la Construction et du Logement a publié un appel d’offres pour la construction de nouveaux logements dans les colonies, faisant partie d’un ensemble plus vaste de 3 401 logements dont les plans avaient déjà été finalisés par les autorités d’occupation. Le ministère a fixé au 19 octobre la date limite de dépôt des candidatures, soit huit jours avant les élections sionistes prévues le 27 octobre.
Le moment choisi pour cet appel d’offres soulève des inquiétudes quant à l’instrumentalisation du projet de colonisation dans le cadre de la campagne électorale sioniste, en le présentant comme une réussite politique et coloniale, au moment même où ce projet impose de nouvelles réalités au territoire palestinien.
Dans le même temps, les autorités d’occupation poursuivent leurs procédures visant à établir une zone commerciale et opérationnelle dans la région, ce qui renforcera le lien entre la colonie de Ma’ale Adumim et Jérusalem occupée et consolidera l’extension continue de la colonie dans la zone située à l’est de Jérusalem.
La zone E1 est l’une des plus sensibles de la Cisjordanie occupée. Géographiquement, elle s’étend entre les villes d’Al-Eizariya et d’Abu Dis, à l’est de Jérusalem, et jusqu’aux abords de « Ariha » Jéricho et de la mer Morte.
Rassemblements présentant un risque de déplacement
Selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme, quelque 3 500 Palestiniens issus de 18 communautés risquent d’être déplacés de force de leurs terres dans le cadre de ce projet à Jérusalem-Est occupée.
La réalisation de ce plan menace également de déplacement forcé de quelque 46 communautés bédouines, tandis que les autorités d’occupation ont déjà mené des opérations de déplacement affectant certaines de ces communautés depuis le 7 octobre 2023.
En effet le projet E1 se situe dans un contexte plus large de politiques de déplacement ciblant les communautés bédouines palestiniennes, dont les racines remontent aux opérations de déplacement que les Bédouins palestiniens ont subies en 1948 et 1967.
Démembrement et isolement

Le Centre palestinien pour les droits de l’homme a averti, dans un communiqué, que la mise en œuvre de ce projet fragmenterait la Cisjordanie, séparant le nord du sud et isolant Jérusalem-Est de son environnement palestinien. Cela compromettrait la possibilité d’établir un État palestinien viable et contigu, et porterait atteinte au droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
Ces préoccupations prennent une dimension politique supplémentaire à la lumière des déclarations précédentes du ministre sioniste des Finances, Smotrich, dans lesquelles il a lié le projet à des objectifs visant à empêcher la création d’un État palestinien et à consolider le contrôle de l’entité génocidaire sur la Cisjordanie.
L’action sioniste ne se limite pas à la construction de logements dans les colonies. Le lancement d’un appel d’offres distinct pour la création d’une zone industrielle et commerciale au sein du projet révèle une volonté de transformer la zone en un centre de colonisation et économique, renforçant ainsi le lien entre Jérusalem et la colonie de Ma’ale Adumim et imposant une réalité difficilement modifiable sur le terrain.
Imposer le contrôle
Des experts avertissent que ces mesures font partie d’une politique sioniste systématique visant à imposer un contrôle permanent sur les territoires palestiniens occupés et à créer les conditions du transfert forcé de la population palestinienne, en particulier des communautés bédouines situées autour de la zone E1.
Le Centre palestinien pour les droits de l’homme affirme que la colonisation sioniste des territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est, constitue une violation du droit international et des résolutions de l’ONU. Cette affirmation se fonde sur l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer une partie de sa population civile dans le territoire qu’elle occupe.


Il est également fait référence à l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice de juillet 2024, qui conclut que l’occupation continue par l’entité sioniste du territoire palestinien occupé depuis 1967 est illégale et appelle l’entité sioniste à mettre fin à sa présence illégale, notamment en démantelant les colonies et en évacuant les colons.
Cet avis réaffirme en outre l’obligation pour les autres États de ne pas fournir d’aide ni d’assistance contribuant au maintien de cette situation illégale.

Le centre inscrit le projet E1 dans le dossier des colonies, que la Cour pénale internationale a déjà qualifié de crime de guerre. En coopération avec le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme et la Fondation Al Haq, le centre a soumis à la Cour un mémoire juridique documentant le crime d’activité de colonisation et ses éléments constitutifs.

Les trois organisations ont également soumis un mémorandum juridique abordant le crime d’apartheid comme étant lié aux politiques de colonisation en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, et au système discriminatoire que ces politiques produisent et qui cible la population palestinienne.
Un crime qui ne s’éteint pas avec le temps.
Selon des experts juridiques, la colonisation constitue un crime continu, dont la responsabilité ne s’éteint pas avec le temps. Ce crime est largement documenté officiellement : les détails des projets et décisions relatifs à la colonisation sont annoncés par les ministères, l’armée, le gouvernement, les responsables politiques et les colons, et publiés dans les archives officielles sionistes.
Cette documentation officielle, ainsi que les sources ouvertes, les documents et les décisions judiciaires sionistes, constituent une base solide pour établir les responsabilités dans les projets de colonisation et poursuivre en justice les personnes impliquées.
Le centre avertit que le fait que de nombreux pays continuent de se contenter de condamnations politiques sans prendre de mesures concrètes donne aux autorités occupantes la possibilité de poursuivre la mise en œuvre du projet et d’imposer de nouvelles réalités sur le terrain.
La question qui persiste pour la communauté internationale est de savoir si les condamnations se transformeront en actions capables d’arrêter le projet E1 avant qu’il ne devienne une réalité de colonisation permanente qui remodèle la géographie de la Cisjordanie et menace la présence palestinienne à Jérusalem et dans ses environs.
Source : CPI
https://french.palinfo.com/rapports/…
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