Par Lahouari Addi
Colloque organisé à la Sorbonne le 19 juin 2026.
Je n’ai pas assisté à ce colloque, qui a été riche en interventions, d’après le commentaire de l’universitaire Jean-Christophe Attias, publié sur sa page Facebook. Si j’y avais participé, voilà ce que j’aurais dit.
La question palestinienne doit être replacée dans le contexte européen de la fin du 19èm siècle, celui de l’apogée de l’expansion européenne et de la croyance en la mission civilisatrice de l’Occident. Les penseurs sionistes de l’époque, intellectuels de gauche dans leur majorité, percevaient le projet d’un Etat juif comme une justice rendue aux juifs persécutés en Europe. Ils n’avaient pas conscience qu’ils s’inscrivaient dans la dynamique de l’expansion coloniale de l’Europe. Et même s’ils en étaient conscients, ils pensaient que l’Etat juif, une fois construit, existera pour toujours parce qu’ils ne saisissaient pas son caractère colonial. Une fois l’Etat sioniste construit, la population israëlienne a glissé vers une mentalité coloniale qui a favorisé les courants de droite et d’extrême droite. Israël est piégé par son caractère colonial qui a poussé la majorité de la population vers le syndrome des pieds noirs d’Algérie qui étaient farouchement hostiles aux autochtones. Le rapport entre Israëliens et Palestiniens est celui qui relie le colonisé au colonisateur, rapport méthodiquement analysé par Frantz Fanon. Dans cette relation, soit le colon, soit le colonisé doit disparaître. Profitant du changement géopolitique internationale après la Seconde Guerre mondiale, les nationalistes algériens ont déclenché l’insurrection qui a conduit à l’indépendance. Le bouleversement géopolitique actuel (2015-2026), marqué par à la perte graduelle de l’hégémonie américaine, est de mauvais augure pour l’avenir d’Israël. Les Etats-Unis n’ont plus la capacité de dominer la géopolitique locale comme ils le veulent. En 1954, ils ont pu changer de régime en éliminant Mossadegh en Iran. En 2026, ils ont échoué dans leur volonté de changer le régime en Iran. Et pragmatiques comme ils sont, entre le détroit d’Ormuz et Israël, ils ont choisi Ormuz. L’erreur des Israëliens est d’avoir compté sur l’appui extérieur pour exister au lieu de nouer des alliances avec les Palestiniens pour un Etat binational. Au lieu de devenir des « juifs palestiniens » comme sont devenus Arabes les Syro-Libanais chrétiens descendants des croisés du Moyen Age, ils ont nié la société locale qu’ils ont voulu éliminer par l’oppression et le génocide. Rappelons que l’idéologie nationaliste arabe a été forgée par les chrétiens descendants d’Européens qui sont devenus Arabes. Les juifs venus d’Europe ont refusé de devenir des Palestiniens et de se fondre parmi les autochtones. Ils ont choisi de mettre en place un système d’apartheid qui n’a aucun avenir au 21èm siècle. Ce que les sionistes d’hier et d’aujourd’hui ont oublié, c’est que les sociétés du Moyen Orient, se reproduisent dans la durée, et excluent ceux qui refusent de s’y intégrer. Dans le futur, soit les juifs d’Israël s’intègrent à la région comme population palestinienne, soit ils auront à repartir vers les pays d’où leurs pères et grands-pères sont venus. Les israëliens venus du monde arabe, qui sont culturellement des Arabes, peuvent jouer un rôle dans le processus d’intégration des descendants de leurs coreligionnaires venus d’Europe.
Source : la page FB de l’auteur
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