Par Annie Cyngiser

Paris le 12-1-2026

Madame la Présidente,

La proposition de loi portée par Caroline Yadan, députée des Français à l’étranger, devant  l’Assemblée Nationale que vous présidez,  met la fille d’un rescapé des camps d’extermination nazis devant une situation des plus scabreuses qui soient.

Cette proposition de loi n°575,, qui  vise « à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », prévoit « d’élargir le champ du délit d’apologie du terrorisme », de créer un « délit de négation de l’existence d’un État » et d’étendre le « délit de contestation de la Shoah aux comparaisons entre les crimes nazis et les crimes commis par l’État d’Israël ». Excusez du peu !

Il n’est pas dans mon rôle d’entrer dans le détail d’un tel projet dont le flou,  les contradictions juridiques et les amalgames ont déjà été, ici ou là, signalés. Il suffit de constater qu’il confine, pardonnez-moi, à la bêtise, avant même d’être répressif.

Serais-je condamnée, comme d’autres citoyens juifs de France, à des amendes exorbitantes et peut-être à un an de prison parce que je refuse de voir  Israël comme « l’État des juifs » et que je suis prête à clamer haut et fort cette imposture ? Ce qui ne signifie pas la non reconnaissance d’un État qui a eu le temps de fouler aux pieds, de réduire en miettes tout ce que « juif » signifie !

Serais-je être, en raison de mes positions éthiques, politiques, condamnée par une loi dont le but réel n’est pas de combattre  le fléau de l’antisémitisme, mais d’assurer l’impunité d’un État  et d’un gouvernement qui se sont livrés à des «  destructions massives de civils innocents » ? Ce que vient de déclarer, à la lettre près, monsieur Netanyahou, s’agissant du pouvoir en Iran. À croire que monsieur Netanyahou  ne sait plus faire que du copier-coller ! Car, c’est exactement ce qui lui est reproché, sans oublier la destruction de l’histoire d’un peuple et de sa culture à Gaza ! C’est également ce que la proposition de loi Yadan veut nous interdire d’exprimer. Les Palestiniens ne seraient-ils que de la vermine ?  Est-ce le rôle de la France, qui a reconnu leur droit à l’autodétermination, de légitimer une telle vision du monde ?

Loin de n’être qu’une farce grinçante, c’est  une perversion du langage et des faits qui réside dans cette proposition de loi. Postuler un lien inéluctable entre antisémitisme et critique d’Israël relève, lui aussi, d’une imposture. Nul besoin de faire référence  aux travaux d’Otto Klemperer décryptant, par le menu, la propagande nazie pour le comprendre. La propagande israélienne, dont Madame Yadan est une fervente partisane, a largement dépassé en sophistication les méthodes nazies. Affirmant cela, je serais curieuse de savoir si je risque d’être accusée de négationniste de la Shoah et d’en être condamnée !

S’agit-il de défendre une unique  liberté d’expression ? Nullement. Il s’agit de notre liberté de conscience et d’action, d’une dignité à préserver, en dépit de toutes les forfaitures. Car tel est le nom, telle est la « qualité » de la présente proposition de loi !

J’ose espérer que l’Assemblée nationale, plutôt que faire des choix délétères, optera pour de vrais moyens de lutte contre l’antisémitisme. Un antisémitisme qui est à combattre en tant que tel, sans qu’il soit assimilé à une critique politique qui, elle, a et aura toujours droit de cité.

Veuillez agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes respectueuses salutations.

Annie Cyngiser

Source : UJFP
https://ujfp.org/…

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