Quand nous avions des oliviers…

Par Rami Abou Reida

À cette époque de l’année, chaque année, nous nous réunissions pour récolter les olives.

La saison des olives était un moment que nous attendions avec impatience.

La famille se réunissait, les proches et les voisins venaient, et nous passions de longues heures entre les arbres. Nous tendions les mains vers les branches, cueillions les olives une à une, puis nous nous asseyions ensemble pour nettoyer la récolte et la trier.

Ma mère s’asseyait près de nous. Elle nettoyait les olives et regardait la récolte.

Les arbres autour d’elle étaient verts, étendus sur la terre comme une partie de notre mémoire, comme s’ils nous connaissaient, chacun d’entre nous.

Les olives n’étaient pas seulement une récolte.

𝗖’𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝘀𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲́𝘂𝗻𝗶𝘀𝘀𝗮𝗶𝘁.

C’était une belle fatigue, des rires, des conversations sans fin.

C’était l’odeur de la terre, le bruit des mains qui cueillaient les olives, et cette fatigue du soir qui nous donnait le sentiment d’avoir accompli quelque chose qui ressemblait à la vie.

𝗟𝗮 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲̀𝗿𝗲 𝗽𝗵𝗼𝘁𝗼 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘀𝗲𝘂𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗵𝗼𝘁𝗼 𝗱𝗲 𝗺𝗮 𝗺𝗲̀𝗿𝗲 𝗽𝗮𝗿𝗺𝗶 𝗹𝗲𝘀 𝗼𝗹𝗶𝘃𝗶𝗲𝗿𝘀.

𝗖’𝗲𝘀𝘁 𝗹𝗮 𝗽𝗵𝗼𝘁𝗼 𝗱’𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝗹𝗮̀.

La deuxième photo, elle, montre exactement le même endroit. Elle a été prise le 𝗤𝘂𝗮𝘁𝗼𝗿𝘇𝗲 𝗼𝗰𝘁𝗼𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟱.

Ce jour-là, il y avait une trêve.

Et parce que le manque de la maison et de la terre était plus fort que la peur, les gens ont pris le risque d’y retourner.

Certains ont marché depuis Al-Mawasi vers l’est, sur près de 𝟴 𝗸𝗶𝗹𝗼𝗺𝗲̀𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗮̀ 𝗽𝗶𝗲𝗱, simplement pour revoir leurs maisons et leurs terres, ou pour découvrir ce qu’il en restait.

Ce jour-là, mes voisins m’ont envoyé une vidéo de l’endroit.

Je regardais cet endroit à travers un petit écran, mais j’avais l’impression d’y être.

La terre qui était autrefois verte avait été nivelée et dévastée.

Les arbres qui remplissaient l’endroit avaient été arrachés.

Les maisons avaient été détruites.

Il ne restait qu’une terre aride, des branches mortes et les traces d’une vie qui avait été là.

𝗨𝗻𝗲 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗳𝗿𝗮𝗽𝗽𝗲́𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗮 𝗱𝗲𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻, 𝗹𝗲𝘀 𝗯𝘂𝗹𝗹𝗱𝗼𝘇𝗲𝗿𝘀 𝗲𝘁 𝗹’𝗶𝗻𝗷𝘂𝘀𝘁𝗶𝗰𝗲, 𝗼𝘂̀ 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝗿𝗯𝗿𝗲𝘀 𝗼𝗻𝘁 𝗲́𝘁𝗲́ 𝗮𝗿𝗿𝗮𝗰𝗵𝗲́𝘀 𝗲𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗺𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱𝗲́𝘁𝗿𝘂𝗶𝘁𝗲𝘀, 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘀𝗶 𝗹’𝗼𝗻 𝗮𝘃𝗮𝗶𝘁 𝘃𝗼𝘂𝗹𝘂 𝗲𝗳𝗳𝗮𝗰𝗲𝗿 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗮𝘃𝗮𝗶𝘁 𝗲𝘅𝗶𝘀𝘁𝗲́ 𝗶𝗰𝗶.

Je ne sais pas laquelle des deux photos est la plus douloureuse.

La première, où ma mère est assise parmi les oliviers, avec la terre vivante autour d’elle.

Ou la deuxième, où il ne reste de cette scène que la terre et les branches mortes.

𝗘𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝗲𝘂𝘅 𝗽𝗵𝗼𝘁𝗼𝘀, 𝗹𝗮 𝗱𝗶𝘀𝘁𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱𝗲.

𝗠𝗮𝗶𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀, 𝗶𝗹 𝘆 𝗮 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲.

𝗦𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲̀𝗿𝗲, 𝗹𝗮 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗼𝗳𝗳𝗿𝗮𝗶𝘁 𝘀𝗲𝘀 𝗳𝗿𝘂𝗶𝘁𝘀.

𝗦𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝗱𝗲𝘂𝘅𝗶𝗲̀𝗺𝗲, 𝗶𝗹 𝗻𝗲 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗮𝗽𝗽𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗲 𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝗶𝗰𝗶.

La nostalgie de ces jours simples me manque.

Nos mains qui cueillaient les olives.

Cette fatigue dont nous nous plaignions autrefois, sans savoir qu’elle deviendrait un jour l’une des choses que nous souhaiterions le plus retrouver.

Aujourd’hui, ce n’est pas seulement la saison des olives qui me manque.

𝗟𝗮 𝘁𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗿𝗲́𝘂𝗻𝗶𝘀𝘀𝗮𝗶𝘁 𝗺𝗲 𝗺𝗮𝗻𝗾𝘂𝗲, 𝗹𝗮 𝗺𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻, 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝗿𝗯𝗿𝗲𝘀, 𝗲𝘁 𝘁𝗼𝘂𝘁𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗲 𝗮𝗿𝗿𝗮𝗰𝗵𝗲́𝗲 𝗮̀ 𝘀𝗼𝗻 𝗹𝗶𝗲𝘂.

Et pourtant, je continue de croire que la terre garde sa mémoire.

Peut-être qu’un jour, les oliviers reviendront à cet endroit, que ma mère s’assiéra de nouveau parmi eux, et que nous tendrons nos mains vers leurs branches pour en cueillir les fruits.

𝗘𝘁 𝗽𝗲𝘂𝘁-𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗯𝗲𝗮𝘂, 𝗰𝗲 𝗷𝗼𝘂𝗿-𝗹𝗮̀, 𝘀𝗲𝗿𝗮 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗲 𝗻’𝗲́𝘁𝗮𝗶𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗺𝗼𝗿𝘁𝗲… 𝗾𝘂’𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗮𝗶𝘁 𝘀𝗶𝗺𝗽𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗿𝗲𝘁𝗼𝘂𝗿.

𝗥𝗮𝗺𝗶 𝗔𝗯𝗼𝘂 𝗥𝗲𝗶𝗱𝗮

𝟱 𝗼𝗰𝘁𝗼𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟲

𝗠𝗲𝘀 𝗲́𝗰𝗿𝗶𝘁𝘀… 𝗱𝗲𝗽𝘂𝗶𝘀 𝗺𝗮 𝘁𝗲𝗻𝘁𝗲…

𝗔𝗹-𝗠𝗮𝘄𝗮𝘀𝗶, 𝗞𝗵𝗮𝗻 𝗬𝗼𝘂𝗻𝗶𝘀

Source : auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida

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