Par Rami Abou Reida
Voici 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮, comme je l’ai appelée, arrivée chez nous il y a quelques semaines.
Une chatte domestique, que le hasard, après une errance dont nous ignorons la durée, a conduite jusque dans la cour de notre tente. Elle venait d’un autre monde, celui des maisons, des portes et de la chaleur d’un foyer, et la voilà désormais dans le monde des tentes, de la poussière et des déplacements sans fin.
𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮 est d’un calme étonnant. Douce, polie et affectueuse, elle ne s’approche de la nourriture que lorsque je l’appelle ou que je la pose devant elle. Elle ne se bouscule pas, ne nous dérange pas lorsque nous mangeons. Elle reste à distance et attend. Puis elle mange tranquillement et se retire dans un coin de la tente, si discrètement que sa présence passe presque inaperçue.
Je la regarde parfois allongée à l’entrée de la tente, et j’ai le sentiment que ses yeux expriment quelque chose de plus profond que la simple attente de nourriture.
Je ne sais pas où était sa maison, ni qui la nourrissait et l’appelait par son nom. Mais je sais une chose : 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮 n’a pas l’habitude de la rue. Son pelage épais, sa propreté, son calme et sa manière de s’approcher de l’être humain disent qu’elle était une chatte de maison.
Elle avait peut-être un endroit chaud où dormir, une main pour la caresser et une gamelle où elle attendait son repas.
Et maintenant… la voilà dans une tente.
Elle voit les tentes et la poussière, les visages fatigués, les enfants et les départs qui n’en finissent pas.
Je me demande parfois : 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮 comprend-elle ce qui nous arrive ?
Peut-être que non. Mais je la vois immobile, silencieuse, comme si quelque chose s’était éteint en elle. Et je me dis qu’elle aussi paie le prix de ce monde devenu si dur.
Nous, les humains, malgré tout, nous pouvons comprendre, raconter et nous dire : « Patiente, un jour meilleur viendra. »
𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮, elle, ne peut pas dire qu’elle a peur. Elle ne peut pas demander une maison. Elle ne peut pas nous raconter où se trouve sa famille.
Tout ce qu’elle possède, c’est un petit corps et deux yeux qui regardent ce monde.
C’est pourquoi je pense à une seule chose : sortir 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮 de la tente et l’emmener vers un endroit plus sûr, dans une maison où elle pourra vivre comme elle le mérite.
Quelqu’un pourrait dire : « Des êtres humains meurent, alors pourquoi parler d’une chatte ? »
Mais je crois que la compassion ne se divise pas.
Si nous sommes incapables de sauver tout ce qui nous entoure, cela ne signifie pas que nous devons renoncer à sauver ce que nous pouvons.
Sauver 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮, ce n’est pas seulement sauver une chatte d’une tente. C’est peut-être sauver une petite part de notre humanité, cette part de nous que cette guerre tente de nous arracher.
Nous essayons de supporter la tente, les pertes, l’attente interminable… mais lorsque je regarde 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮, j’ai le sentiment qu’elle, elle n’a même pas notre capacité à patienter.
Alors, si quelqu’un peut l’accueillir, lui offrir un foyer sûr ou l’aider à rejoindre un endroit où elle pourra vivre une vie meilleure, qu’il le fasse.
Peut-être que la plus belle chose que nous puissions faire pour 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮 est de lui offrir une chance de vivre une vie qu’elle n’est plus capable de demander elle-même.
Voici 𝐌𝐢𝐜𝐡𝐨𝐮…
Une chatte domestique égarée qui a trouvé son chemin jusqu’à notre tente.
Et peut-être que le chemin qui l’a menée jusqu’à nous est finalement celui qui la conduira vers une nouvelle maison.
27 septembre 2026
Mes écrits… depuis ma tente, Al-Mawasi, Khan Younès
Source : auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida
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