Entretien de Current Affairs avec le Dr Norman Finkelstein
Source : normanfinkelstein.com
Traduction : lecridespeuples.substack.com
À LIRE ABSOLUMENT — Fantasmes de viols et 7 octobre : Norman Finkelstein pulvérise les accusations contre le Hamas (6 août 2026) et Norman Finkelstein : ‘Je crache sur tous ceux qui condamnent la révolte du camp de concentration de Gaza’ (8 octobre 2023)
- Le plan et les objectifs israéliens pour Gaza
- Le racisme de la société israélienne
- Pourquoi les génocidaires israéliens se perçoivent comme des victimes
- La déportation des Cherokees et la Palestine
- Le nettoyage ethnique au coeur du projet sioniste
- Un Etat juif a-t-il le droit d’exister ?
- Le « Conseil de la paix » de Trump et Tony Blair
- Pourquoi les instances internationales sont des fossoyeurs de Gaza
- Pourquoi il faut refuser de condamner le Hamas
Nathan Robinson : Bienvenue sur Current Affairs. Je m’appelle Nathan Robinson. Je suis le rédacteur en chef du magazine Current Affairs. J’ai le privilège d’être rejoint aujourd’hui par le Dr Norman Finkelstein. Il est l’un des principaux auteurs sur le conflit israélo-palestinien et l’auteur de nombreux livres, dont son premier, The Rise and Fall of Palestine (L’essor et le déclin de la Palestine, non traduit) ; Knowing Too Much: Why the American Jewish Romance with Israel is Coming to an End (En savoir trop : pourquoi l’idylle américano-juive avec Israël touche à sa fin, non traduit) ; Beyond Chutzpah (non traduit) ; Gaza: An Inquest into Its Martyrdom (Gaza : enquête sur son martyre, non traduit) ; Image and Reality of the Israel-Palestine Conflict (Mythes et réalités du conflit israélo-palestinien, trad. Patrick Gillard et Serge Deruette, éd. Aden, 2007) ; et, tout récemment, le nouveau Gaza’s Gravediggers: An Inquiry into Corruption in High Places (Les fossoyeurs de Gaza : enquête sur la corruption au sommet, non traduit). À propos de son premier livre, le légendaire Edward Said a dit :
« Je ne connais aucun livre comme celui-ci qui traite d’une manière aussi intime et pourtant aussi claire des tragiques dilemmes de la situation palestinienne. »
Le légendaire historien de l’Holocauste Raul Hilberg a dit :
« La place de Finkelstein dans toute l’histoire de l’écriture de l’histoire est assurée. »
Et à propos de son nouveau livre, John Mearsheimer dit :
« Norman Finkelstein est un briseur de silence courageux et brillant, et son nouveau livre est une analyse de premier ordre des mensonges et des déformations qui imprègnent le discours occidental sur le 7 octobre et le génocide israélien qui a suivi à Gaza. »
Dr Norman Finkelstein, bienvenue sur Current Affairs.
Norman Finkelstein : Merci de m’avoir invité.
Le plan et les objectifs israéliens pour Gaza
Nathan Robinson : Laissez-moi commencer par ce que Benjamin Netanyahou a récemment déclaré, s’exprimant jeudi [2 juillet] lors d’une conférence organisée par une académie prémilitaire en Cisjordanie. Netanyahou a dit qu’Israël tient désormais 60 % de Gaza sous son emprise. Des membres du public ont alors crié qu’Israël devrait en prendre 100 %. Et il a répondu : « D’abord 70. Commençons par ça. » Certains ont pu être surpris par cet aveu si brutal. Laissez-moi vous demander, Dr Finkelstein, était-ce le plan depuis le début, et comment le savons-nous, le cas échéant ?
Norman Finkelstein : Les Israéliens ont clairement exposé leurs objectifs dès la première semaine après l’opération du Hamas du 7 octobre. Cet objectif a été énoncé avec autant de clarté qu’on pouvait s’y attendre. En fait, comparé à d’autres génocides, le niveau de clarté des déclarations publiques était d’un tout autre ordre. La plupart des régimes génocidaires n’annoncent pas qu’ils sont en train d’exécuter un génocide. Même si l’on prend le cas du régime hitlérien, Hitler prononçait des discours dans lesquels il disait « En 1939, j’ai averti les Juifs que s’ils déclenchaient la guerre, ils le regretteraient », et ainsi, vers 1943, il cite cette déclaration et dit alors : « Vous voyez, je ne plaisantais pas, c’est moi qui ris le dernier. » Je ne me souviens pas des mots exacts, mais il n’y a jamais eu de déclaration publique explicite par le régime hitlérien, le régime nazi, disant qu’ils commettaient un génocide. Le plus célèbre presque-aveu fut le discours de Himmler à Posen [prononcé le 4 octobre 1943], souvent cité, où il dit : « Pauvres de nous, pauvres Allemands, d’avoir à accomplir cette tâche horrible d’exterminer les Juifs, qui nous a été imposée, et c’est manifestement une tâche sordide que nous devons accomplir. Mais nous avons été désignés par l’histoire pour être les exécuteurs. » C’est la raison pour laquelle ce discours est si souvent cité. C’était ce qui se rapprochait le plus d’un aveu public par les nazis qu’ils étaient en train de mener un génocide [le discours de Himmler a été prononcé devant 92 officiers généraux SS, et non devant les caméras ; la formule « solution finale » généralement utilisée était justement un euphémisme pour ne pas dire « extermination »].
Ce n’est pas le cas avec Israël. Dès les premières semaines, ou devrais-je dire dès le premier mois, le Premier ministre Netanyahou disait : « Souvenez-vous d’Amalek. » Or, comme l’a formulé l’organisation israélienne des droits humains B’Tselem, chaque écolier en Israël sait ce que signifie dire « Souvenez-vous d’Amalek ». Ils ont dit que cela signifie tuer chaque homme, femme, enfant, et aussi les bœufs et ainsi de suite. C’était très clair. Il l’a dit deux fois. Le ministre de la Défense Gallant, il était ministre de la Défense à l’époque, a déclaré « Nous allons interdire l’entrée de toute nourriture, carburant, eau ou électricité à Gaza. » C’était vers le 14 ou 15 octobre, à peu près. Vous me pardonnerez de ne pas me souvenir des dates exactes. Eh bien, si un territoire hermétiquement scellé est empêché de recevoir toute nourriture, carburant, eau, électricité, je pense que les conséquences sont assez claires. C’est un ordre génocidaire. Le président d’Israël, Herzog, a dit « Il n’y a pas d’innocents à Gaza. Cette notion de civils à Gaza est un abus de langage. Ils sont tous du Hamas. » Or, bien sûr, Israël a une défense pour chacune des déclarations que j’ai citées. Mais quand la Cour internationale de Justice a rendu sa première décision le 29 janvier, dans laquelle elle a déclaré qu’Israël commettait plausiblement un génocide, ils avaient passé en revue chacune de ces déclarations. Ils étaient très prudents. Comme vous pouvez l’imaginer, si vous allez affirmer qu’Israël commet plausiblement un génocide, vous ne voulez pas commettre le moindre faux pas, à cause des retombées. Ils ont dit avoir examiné indépendamment chacune de ces déclarations, qu’ils ont reproduites dans leurs mesures conservatoires. Après que ces déclarations ont été faites, comment les défenseurs d’Israël ont-ils tenté de se sortir de ces déclarations incriminantes ? Ce qu’ils ont dit, c’est que tout cela s’est fait sous le coup du moment, du choc, qu’ils étaient tellement choqués par ce qui s’était passé le 7 octobre qu’ils ont fait des déclarations qui étaient, oui, génocidaires, mais qu’ils ne pensaient pas vraiment. Mais le problème, c’est que les déclarations ont continué, et pas seulement les déclarations, mais aussi les actes.
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