Par Rami Abou Reida
Q𝒖𝒂𝒏𝒅 𝒍’𝒂𝒓𝒄𝒉𝒊𝒕𝒆𝒄𝒕𝒖𝒓𝒆 𝒅𝒆𝒗𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒖𝒏𝒆 𝒎é𝒎𝒐𝒊𝒓𝒆 𝒗𝒊𝒗𝒂𝒏𝒕𝒆…
J’ai récemment regardé une courte vidéo consacrée au musée du Louvre à Paris.
Je l’ai suivie avec une attention particulière, car il m’était impossible d’oublier ce projet auquel j’avais consacré une étude approfondie durant ma deuxième année d’architecture.
Je n’ai jamais oublié non plus l’expérience exceptionnelle menée par l’architecte sino-américain I. M. Pei, lorsqu’il fut chargé de concevoir une nouvelle entrée pour l’un des plus grands musées historiques du monde, sans éclipser la grandeur du lieu ni effacer sa mémoire.
La solution ne fut pas simplement une pyramide de verre, mais une vision architecturale complète.
I. M. Pei imagina une entrée menant à un vaste hall souterrain reliant les trois ailes du musée et réorganisant la circulation de millions de visiteurs, tandis que le palais historique conservait toute sa majesté en surface.
Le choix de la pyramide n’était pas le fruit du hasard : cette forme offrait une présence géométrique forte tout en limitant son impact visuel sur le palais.
Quant au verre, il fut choisi pour sa transparence, permettant à la lumière naturelle d’illuminer le hall souterrain tout en préservant la vue sur les façades et les perspectives historiques du Louvre.
Au début, le projet suscita de vives controverses politiques, culturelles et médiatiques.
Pourtant, ces critiques ne furent pas accueillies par l’exclusion ou les accusations, mais par le débat public et la force des arguments.
I. M. Pei ne se contenta pas de présenter des plans : il fit installer une maquette à l’échelle réelle dans la cour du Louvre afin que les responsables et les Parisiens puissent voir concrètement l’aspect du projet avant sa réalisation.
Cette initiative contribua à rapprocher le public de l’idée et à apaiser les oppositions.
Ce qui était considéré comme une idée choquante est devenu, avec le temps, l’un des symboles les plus célèbres de Paris et du monde.
Cette expérience montre que l’architecture n’est pas seulement une affaire de béton et d’acier.
Elle est un dialogue entre le passé et le présent, entre l’imagination et la raison, entre l’État et la société.
Lorsque les citoyens ont le sentiment de participer à une vision commune, les bâtiments deviennent une partie de leur identité, et le sentiment d’appartenance cesse d’être un slogan pour devenir une réalité vécue.
Pour nous, à Gaza, l’histoire est infiniment plus douloureuse.
Nous n’avons pas seulement perdu des bâtiments ; nous avons perdu la mémoire de nos villes, de nos rues, des places de notre enfance, des mosquées, des écoles, des maisons qui conservaient nos histoires.
Beaucoup ont également perdu leurs terres et leurs moyens de subsistance.
Le passé est devenu un amas de ruines, le présent une tente, et l’avenir une question ouverte.
Si d’autres nations ont réussi à relier leur histoire à leur avenir grâce à des projets architecturaux qui respectent la mémoire tout en ouvrant des perspectives d’avenir, nous luttons aujourd’hui pour ne pas perdre ce qu’il nous reste de mémoire collective.
Gaza n’a pas besoin d’une reconstruction décidée derrière des portes closes.
Elle a besoin d’un processus auquel participent ses habitants, car ce sont eux qui connaissent le mieux leurs quartiers, qui sont les plus capables d’en préserver la mémoire et les plus soucieux de leur avenir.
Reconstruire Gaza ne signifie pas seulement rebâtir des immeubles.
Cela signifie aussi préserver la mémoire, l’identité et le droit des habitants à reconnaître leur ville et à y retrouver une continuité de leur histoire.
Sans ses habitants, une reconstruction n’est qu’un chantier.
Avec eux, elle devient un avenir.
La véritable reconstruction ne commence pas avec le béton.
Elle commence lorsque l’être humain retrouve sa place au cœur de la décision et que la société participe à dessiner ses villes et son avenir.
Car les patries ne se construisent pas seulement avec des murs et des pierres.
Elles se construisent avec des esprits qui imaginent, des cœurs qui appartiennent, des mains qui participent, les histoires de leurs habitants et leur capacité à transformer les épreuves en espoir, et les ruines en un nouveau commencement.
Écrit en 21 Août 2026
Depuis ma tente…
Al-Mawasi, Khan Younis – Gaza
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Source : la page FB de l’auteur
https://www.facebook.com/RamiAbouReida
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