© UNICEF / Rawan Eleyan Une mère et ses enfants inspectent les restes de leur maison incendiée
après une attaque de colons dans le sud d’Hébron, en Cisjordanie, en juillet 2025.
Par ONU Info
Source : ONU Info
Pendant que l’attention du monde reste rivée sur les ruines de Gaza, un autre basculement se joue, plus discrètement, en Cisjordanie. Au-delà de l’expansion des colonies et des opérations militaires israéliennes, l’occupation s’ancre de plus en plus dans les procédures administratives, l’aménagement du territoire et la réorganisation des institutions.
Aux yeux des Nations Unies, cette évolution compromet chaque jour davantage la perspective d’un État palestinien indépendant.

« Je réitère la ferme condamnation par le Secrétaire général de l’expansion et de l’accélération incessantes des colonies israéliennes en Cisjordanie », a déclaré lundi devant le Conseil de sécurité Ramiz Alakbarov, le responsable de l’ONU chargé de faire avancer le processus de paix israélo-palestinien. Cette dynamique, a-t-il poursuivi, « renforce encore davantage l’occupation illégale israélienne et menace la viabilité d’un État palestinien pleinement indépendant, contigu et souverain ».
Le constat dépasse selon lui la seule question des colonies, à l’instar de plusieurs décisions prises ces derniers mois, susceptibles de transformer en profondeur la Cisjordanie.
C’est notamment le cas du lancement par Israël d’un enregistrement officiel des terres en zone C – les 60 % de la Cisjordanie qui restent sous contrôle exclusif israélien. Présentée comme une simple mesure administrative, cette procédure risque, selon M. Alakbarov, de « faciliter une nouvelle expansion des colonies et d’ancrer davantage l’occupation illégale ».
L’ONU s’inquiète également d’un ensemble de mesures qui renforcent progressivement le contrôle administratif israélien sur le territoire. À Hébron, les autorités israéliennes ont récemment approuvé l’extension d’un bâtiment servant de yeshiva après avoir retiré à la municipalité palestinienne une partie de ses compétences en matière d’urbanisme. À Jérusalem-Est, elles ont décidé d’installer des infrastructures militaires sur le terrain du complexe de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. À Jénine, enfin, un poste militaire israélien aurait été établi dans une zone pourtant placée sous le contrôle civil et sécuritaire de l’Autorité palestinienne.
Pris isolément, chacun de ces dossiers peut sembler relever de décisions techniques ou locales. Ensemble, ils traduisent, selon le haut responsable, une consolidation progressive de la présence israélienne en Cisjordanie.
« Ces mesures transforment progressivement les réalités géographiques et démographiques de la Cisjordanie et compromettent davantage encore les perspectives d’une solution à deux États », a-t-il averti par visioconférence depuis Jérusalem.

© UNRWA Un système d’égouts est à découvert après une opération militaire dans le camp de Nur Shams, en Cisjordanie.
Une pression qui ne cesse de s’étendre
Cette recomposition du territoire s’accompagne d’une aggravation de la situation sur le terrain.
L’ONU dénonce une intensification des opérations militaires israéliennes et une militarisation croissante des colons. Mais c’est surtout l’ampleur des déplacements forcés qui inquiète l’organisation.
Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme couvrant la période d’octobre 2023 à mai 2025, les déplacements forcés de Palestiniens en Cisjordanie ont atteint un niveau « jamais vu depuis des décennies ».
« Les violences des colons, les restrictions d’accès, les démolitions et les opérations sécuritaires prolongées ont provoqué la plus grave crise de déplacements de Palestiniens en Cisjordanie depuis 1967 », a précisé M. Alakbarov.
Dans les camps de réfugiés de Jénine et de Tulkarem, où plus de 33 000 habitants sont dans l’incapacité de regagner leur foyer, la poursuite des opérations militaires israéliennes a récemment provoqué de nouveaux déplacements de familles palestiniennes.
À cette spirale s’ajoute une montée des tensions autour des lieux saints de Jérusalem, que le diplomate appelle à préserver conformément au statu quo historique.

© PAM / Maxime Le Lijour Des civils circulent dans un quartier partiellement détruit de la ville de Gaza.
Gaza, une guerre qui continue de réduire l’horizon
Pendant ce temps, la guerre continue de remodeler la bande de Gaza.
Huit mois après l’annonce d’un cessez-le-feu, plus de 1 000 personnes ont été tuées, selon les chiffres communiqués par le ministère de la santé du territoire. L’armée israélienne affirme désormais contrôler environ 70 % de l’enclave, tandis que les Palestiniens sont progressivement repoussés vers des espaces toujours plus restreints.
Mardi 23 juin, une commission d’enquête indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a accusé Israël de prendre délibérément pour cible des enfants palestiniens dans la bande de Gaza, estimant que ces actes constituent un élément déterminant pour établir une intention génocidaire. Les enquêteurs évoquent également des violences sexuelles, des arrestations, la famine, l’effondrement des systèmes de santé et d’éducation, ainsi que la prise pour cible des services de maternité et de néonatologie.
Selon l’UNICEF, plus de 260 enfants ont été tués depuis la trêve conclue en octobre 2025, soit environ un par jour. La commission d’enquête affirme également que des crimes de guerre ont été commis contre des enfants en Cisjordanie. Elle demande qu’Israël mette fin à ces violations et que leurs auteurs rendent des comptes.
Ramiz Alakbarov signale toutefois une amélioration de certains indicateurs humanitaires dans l’enclave. La proportion de ménages se couchant le ventre vide est passée de 92 % à 36 %. Cette amélioration reste toutefois fragile. Sept habitants sur dix vivent toujours sans abri digne de ce nom, les infrastructures sanitaires demeurent gravement dégradées et les organisations humanitaires continuent de se heurter à de nombreuses restrictions.
Pour les Nations Unies, la sortie de crise passe par le désarmement du Hamas et des autres groupes armés palestiniens, le retrait des forces israéliennes, le déploiement d’une force internationale de stabilisation et le retour d’une administration palestinienne à Gaza.
Une paix toujours plus difficile à imaginer
Au terme de son intervention, le haut responsable a lancé un avertissement qui dépasse les seuls combats actuels.
« Je suis particulièrement préoccupé par les appels de plus en plus nombreux à une reprise des hostilités à grande échelle à Gaza », a-t-il déclaré. « Ce serait désastreux pour les Palestiniens de Gaza, pour les Israéliens et pour toute la région ».
Mais son intervention dessinait une autre inquiétude, plus structurelle encore. Car si Gaza demeure le théâtre de l’urgence humanitaire, c’est en Cisjordanie que se joue, selon les Nations Unies, l’avenir politique du conflit. Chaque nouvelle colonie, chaque transfert de compétence, chaque modification du contrôle territorial éloigne un peu plus la perspective de deux États vivant côte à côte – Israël et la Palestine –, que l’ONU continue de considérer comme la seule issue durable au conflit.
À mesure que la géographie du terrain se transforme, c’est cette perspective qui semble, elle aussi, s’effacer.
Source : ONU Info
https://news.un.org/fr/…
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