Par René Naba

“Aussi longue que dure la nuit, le jour, toujours, finit par se lever.” Proverbe africain.

  1. L’agression bipartite israélo-américaine contre l’Iran le 28 février 2026,  répond, en premier lieu, à des considérations électoralistes.
  2. Israël, l’unique démocratie du Moyen orient, les Etats Unis, chef du Monde Libre, ont des comportements non d’ “état de droit”, mais d’ ”état voyou”.
  3. Israël, unique puissance atomique du Moyen Orient, n’ayant, de surcroît pas, ratifié le Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP), considère néanmoins l’Iran comme une “menace existentielle”.
  4. L’agressivité des Américains et des Israéliens à l’égard de l’Iran
  5. provient du fait que la République Islamique chiite s’est positionnée en défenseur de la Palestine, en substitution à la désertion des pays arabes sunnites du champ de bataille de la confrontation israélo-arabe.
  6. L’Iran est un cas d’école dont il importe de neutraliser la contagion aux pétromonarchies.
  7. L’agression bipartite israélo-américaine contre l’Iran aboutit, paradoxalement, à désigner  la République islamique, de la part de ses ennemis jurés, comme le chef de file de l‘axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américano-israélienne dans la zone.

Retour sur le prurit belligène israélo-américain qui a embrasé le Moyen Orient, où les Etats Unis ont été à la remorque d’Israël, un fait gravement dommageable au leadership américain.

Sur cette affaire, cf ce lien : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/04/l-idee-d-une-guerre-contre-l-iran-inspiree-a-donald-trump-par-israel-bouleverse-le-monde-maga_6669445_3210.html


La guerre conjointe menée par Israël et les Etats Unis contre l’Iran répond, en premier lieu, à des considérations électoralistes en ce que Benyamin Netanyahu a les yeux rivés sur les élections générales israéliennes d’Octobre 2026 et Donald Trump, sur les élections de mi-mandat de Novembre 2026, avec, pour pour l’un comme l’autre, des objectifs inavoués.

Pour l’Américain, le secret espoir que cette équipée fasse diversion sur le sulfureux dossier du pédocriminel Jeffrey Epstein dans lequel il pourrait être impliqué, et, pour l’Israélien, le souci d’échapper à la justice de son pays non seulement pour des faits de corruption, mais aussi pour ses défaillances gouvernementales à propos de ce qu’il est convenu d’appeler « l’opération déluge al Aqsa ».

Sur cette affaire, cf ce lien : https://www.madaniya.info/2023/11/27/bilan-de-loperation-deluge-dal-aqsa/

Deux élections capitales pour l’un comme pour l’autre qui y jouent leur survie politique, et partant, leur place dans l’histoire.

Menée sans la moindre autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU, –et qualifiée par euphémisme par les médias occidentaux d’ »opération préventive »–, cette attaque peut être qualifiée, à juste titre, au regard du Droit international, d’ »agression bipartite ».

L’animosité des Etats-Unis à l’égard de l’Iran est ancienne. Elle remonte à la décennie 1950 et s’explique par l’hostilité américaine à toute forme de République dans sa chasse gardée, la zone pétrolière du Golfe.

En 1953 déjà, la CIA avait ourdi un coup d’état contre le premier ministre nationaliste iranien Mohamad Mossadegh, artisan de la nationalisation du pétrole iranien, et au rétablissement du chah d’Iran au pouvoir. Le Chah avait, alors, fui son pays et s’était réfugié à Rome.

La CIA avait donné à ce coup d’état le nom de code AJAX, par référence au détergent, suggérant par là une opération d’éradication de tous les pollueurs à sa politique en ce que les Etats Unis s’accommodaient fort bien de ce monarque mégalomaniaque qui se faisait appeler ChahinChah Arayhmer “Roi des Rois”.

Sur le délire mégalomaniaque de Reza Pahlavi, cf ce lien: https://www.madaniya.info/2022/10/03/persepolis-le-dernier-festin-du-chah-diran/

Lors de son premier mandat présidentiel (2016-2020), Donald Trump avait ordonné l’assassinat du Général Qassem Souleymani, chef de la Jerusalem Brigade, les troupes d’élite du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) iranien. Un acharnement quasi pathologique.

Cette nouvelle agression israélo-américaine de 2026 est en tout point identique à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, ou encore à  l’agression tripartite de Suez franco-anglo-israélienne, en 1956, contre l’Egypte pour châtier le chef charismatique du combat nationaliste arabe Gamal Abdel Nasser, d’avoir nationalisé le Canal de Suez, première nationalisation réussie du tiers monde.

Elle constitue la 2ème agression israélo-américaine contre l’Iran en moins d’un an. En toute impunité.

1ère question: Pourquoi une telle impunité ?

Israël justifie son action par le fait que l’Iran constitue « une menace existentielle », alors que, paradoxalement, l’Etat Hébreu est l’unique puissance atomique du Moyen-Orient et, circonstance aggravante, n’a jamais souscrit au Traité de Non Prolifération.

Il entend ainsi maintenir son monopole de la dissuasion nucléaire pour préserver son emprise hégémonique sur cette zone pétrolière, –une zone de transition entre l’Asie et et l’Europe, sur le flanc méridional de l’OTAN–, dont il constituerait le gendarme dans un secteur situé à l’intersection des voies de communications maritimes internationale (Mer Méditerranée, Golfe arabo persique, Océan Indien).

Les Etats Unis justifient, eux, leur implication dans cette guerre par la nécessité de faire cesser les « nuisances » iraniennes, alors que le président Donald trump, en personne, avait dénoncé, lors de son précédent mandat (2016-2020), l’accord international sur le nucléaire iranien conclu sous l’égide de l’ONU et auquel avait souscrit l’Iran.

Dans le Monde occidental, Israël bénéficie d’une sorte d’immunité du fait qu’il est considéré comme la patrie des survivants du génocide hitlérien qui lui confère une sorte d’impunité. Et les Etats-Unis s’arrogent, eux, le droit que leur confère la qualité de première puissance militaire au Monde.

Cela conduit l’ « unique démocratie du Moyen Orient » (Israël), par ailleurs un “état d’apartheid’, et le « chef du Monde libre » (Les Etats Unis) à des comportements, non des comportements d’ “état de droit”, mais à des comportements d’”états voyous ».

2 ème question :Pourquoi tant de haine à l’égard de ce que les médias occidentaux qualifient de « régime des mollahs »?

Les médias occidentaux pratiquent en fait une amnésie sélective, feignant d’oublier, d’abord, le fait que c’est la France qui avait offert l’hospitalité à l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny, à Neauphle le Château (banlieue parisienne), en 1978, avant de se retourner contre l’Iran pour s’allier au président irakien Saddam Hussein pour finir par devenir co-belligérant de l’Irak dans sa guerre contre l’Iran (1979-1989).

L’Iran est-il régime de Mollah? cf ce lien : https://orientxxi.info/L-Iran-est-il-un-regime-des-mollahs

L’état de co-belligérance de la France avait d’ailleurs déclenché une riposte oblique iranienne au Liban, matérialisée par l’attentat contre le PC français, (attentat du Drakkar en 1982), et une spirale des otages dont le plus en vue des victimes a été Michel Seurat, le plus brillant chercheur de la jeune génération des arabisants français.

Sur spirale des otages au Liban, cf ce lien : https://www.renenaba.com/la-spirale-des-otages/

De surcroît, la France, un des principaux pollueurs atomiques de la planète, –équipementier nucléaire du régime d’apartheid d’Afrique du sud, d’Israël et de l’Iran impériale, via le consortium Eurodif–, a été un des plus intransigeants pays lors des négociations américano-iraniens sur le nucléaire sous la mandat du président Barak Obama.

Laurent Fabius avait fait office de “petit télégraphiste” des Israéliens dans les négociations sur le nucléaire iranien, conduisant américains et iraniens à poursuivre leurs négociations au sultanat d’Oman.

L’ancien ministre solcialiste des Affaires étrangères avait soumis aux Israéliens le projet d’accord international sur le nucléaire iranien, et a fait droit à leur observations, acquiesçant à leurs demandes concernant les amendements à apporter à cet arrangement. A ce titre, la France passe pour être la grande perdante de la redistribution régionale

Les médias occidentaux sont de même oublieux du rôle de leurs pays dans la propulsion au pouvoir des Islamistes à la tête de pays arabes comme ce fut le cas en Libye et en Syrie, de même que l’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat contre l’Union soviétique à l’apogée de la guerre froide (1945-1990), notamment lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1979-1989).

Al Qaeda et les Talibans en sont une parfaite illustration. De même que lors du raid terroriste du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine, le fait que quinze pirates de l’air, sur les 20, étaient de nationalité saoudienne.

Passons. Les Occidentaux ne sont pas à une contradiction près.

Sur cette affaire, cf ce lien : https://www.acrimed.org/Iran-lobbying-pro-chah-dans-les-medias-francais

La haine des États-Unis à l’égard de l’Iran s’explique aisément.

Primo: L’Amérique ne pardonne pas à l’Iran de s’être positionné en chef de file du camp contestataire à l’hégémonie israélo-américaine au Moyen Orient, lors de la proclamation de la République islamique d’Iran, en 1979, en remplacement de la dynastie Pahlévi qui faisait office de gendarme américain dans le Golfe.

Autrement dit que l’Iran chiite se positionne en défenseur de la Palestine, en substitution à la désertion des pays arabes sunnites du champ de bataille de la confrontation israélo-arabe.

Sous le chah, l’Iran était le meilleur allié d’Israël dans la zone et son ravitailleur pétrolier au point l’iran impériale a occupé les trois îles du golfe appartenant à Abou Dhabi -Abou Moussa , la grande et la petite Tomb- avec l’accord des Etats Unis, privant les pétromonarchies de positions stratégiques qui leur font cruellement défaut dans la confrontation actuelle. Le changement est donc radical.

Sur l’équation chiite dans la problématique du jeu des puissances régionales et internationales, cf ces liens:

Au passage, signalons que la chute du régime impérial iranien a compensé la désertion de l’Egypte du champ de bataille de la confrontation israélo-arabe du fait de son traité de paix avec Israël. L’avènement de la République islamique iranienne a eu lieu en février en 1979, le traité de paix a été signé un mois plus tard, en mars 1979.

La concomitance de ces deux événements a neutralisé la portée stratégique de la normalisation israélo-égyptienne, et, surtout réduit le rôle diplomatique de l’Egypte, le plus grand pays arabe, faisant office désormais, infamie suprême, de « passeur de plats » de la diplomatie israélo-américaine.

Deuxio: Les États Unis ne pardonnent pas, non plus,  à l’Iran les humiliations que la République Islamique lui a fait subir depuis son avènement, que cela soit directement ou par ses alliés interposés.

De la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979-1980, au dynamitage du Quartier Général des marines à Beyrouth, en 1982, (près de 300 marines tués), au dynamitage de l’ambassade américaine à Beyrouth,  avec, corrélativement la décapitation de l’état major régional de la CIA. La liste est longue des avanies.

Dernier et non le moindre des avatars américains: l’invasion américaine de l’Irak et la décapitation du leadership baasiste composé essentiellement de dirigeants sunnites a provoqué, par effet d’aubaine, un renforcement considérable de la présence chiite, et par voie de conséquence iranienne, en Irak. Un effet boomerang considérable.

L’obsession iranienne tant des Israéliens que des Américains s’explique par le fait que l’Iran apparaît à bien des égards comme un cas d’école

L’Iran, un cas d’école dont il importe de neutraliser la contagion aux pétromonarchies

Révolution populaire dans une zone monarchique et pétrolière, de surcroît dans un pays chiite, le segment minoritaire de l’Islam, l’instauration de la République islamique portait en germe les racines d’un conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite, non seulement gardienne des Lieux Saints, mais aussi protecteur des autres roitelets du Golfe.

La confrontation irano-saoudienne avait pris d’autant plus d’ampleur que les pétromonarchies du Golfe étaient passées du protectorat britannique à la tutelle américaine sans le moindre sas de compensation.

Les pétromonarchies font office de gigantesque base flottante américaine, face à l’Iran, une pompe à finances chargée d‘éponger les déficits américains.

Sur le fonction des pétromonarchies, cf ces liens

Ce que le monde arabe doit à l’Iran sur ce lien : https://www.madaniya.info/2026/03/16/erik-prince-le-fondateur-de-blackwater-de-retour-2-2/

La stratégie des monarchies du Golfe de lier leur sécurité à la protection occidentale, en accueillant sur leur sol de nombreuses bases militaires étatsuniennes, se retourne d’ailleurs contre elles à l’aune de l’offensive contre l’Iran.

Elle les place en première ligne d’une guerre qu’elles ont tout fait pour éviter. Dans ce contexte, elles pourraient être contraintes de repenser leur modèle de sécurité.

Sur ce point, cf ce lien : https://orientxxi.info/La-troisieme-guerre-du-Golfe-un-tournant-majeur-de-l-architecture-regionale

Sous embargo américain, l’Iran, grâce à une drastique politique d’auto-suffisance militaire et technologique, s’est propulsé au rang de chef de file du combat contre l’hégémonie israélo-américaine dans la zone.

En réplique, l’Arabie saoudite, propulsée par le pétrodollars générés par le boom pétrolier de 1973, se muait en bailleurs de fonds des équipées atlantistes contre les ennemis de l’ordre capitaliste occidental…. dans le Monde arabe, au Nicaragua, et en Afrique dans le cadre du Safari Club.

Une compétition émaillée de rebondissements spectaculaires, comme cela a été le cas lors de l’affaire dite de la Fatwa contre l’auteur indo-britannique Salmane Rushdie, auteur du livre «Les versets sataniques».

Sur le Safari Club, cf ce lien : https://www.madaniya.info/2018/11/22/maroc-israel-le-safari-club-la-chambre-noire-du-renseignement-atlantiste-et-de-leurs-allies-monarchiques-arabes/

L’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat au paroxysme de la guerre froide américano soviétique a été une constante de la diplomatie saoudienne, avec les encouragements des Etats Unis depuis la fin de la 2me guerre mondiale, c’est à a dire tout au long de la seconde moitié du XX me siècle.

D’abord par la mobilisation de la confrérie des Frères musulmans contre les régimes nationalistes arabes limitrophes d’Israël (Syrie, Egypte), puis dans les guerres de dérivation au conflit central de la Palestine (Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie).

Mais cette politique connaîtra ses limites au début du XXIème siècle avec la percussion de plein fouet des symboles de l’hyperpuissance américaine, lors des attentats du 11 septembre 2001 de New York.

Sur l’instrumentalisation de l’islam, cf ce lien: https://www.renenaba.com/de-l-instrumentalisation-de-l-islam-comme-arme-de-combat-politique/

La «guerre contre le terrorisme» qui s’est ensuivie tant en Afghanistan qu’en Irak et le «Grand Moyen Orient» qu’elle se proposait de promouvoir aura été, à tous égards calamiteuses, tant par son impact sur l’image des États-Unis dans le monde, avec le scandale de la prison d’Abou Ghraib en Irak, que par son coût, de l’ordre de 6 trillions de dollars, que par ses dommages collatéraux.

Les principaux pivots de l’influence occidentale en Asie seront ainsi systématiquement dégagés de la scène politique de manière violente, le premier ministre libanais Rafic Hariri, et le premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto, dirigeants des deux pays situés aux extrémités de l’axe devant constituer le «Grand Moyen Orient», ainsi que Wissam Al Hassan, la dague sécuritaire du clan saoudo américain au Liban,….

Auparavant le chef des milices phalangistes libanaises, Bachir Gemayel, le président éphémère du Liban, et, Anouar Al Sadate, le signataire du traité de paix égypto-israélien, avec, à la clé, dix ans plus tard, un des deux israéliens signataires de ce traité, Itzhak Rabin, prix Nobel de la Paix, assassiné par un extrémiste juif, ainsi que le tandem francophile de la presse libanaise Gebrane Tuéni et Samir Kassir.

De surcroît, l’Iran a accédé au rang de «puissance du seuil nucléaire» contre la volonté des Occidentaux et hors de leur technologie. 

Ce fait a constitué, en soi, un exploit technologique, en ce que cet objectif hautement stratégique a été atteint en dépit d’un embargo de quarante sept ans doublé d’une guerre de près de dix ans imposée à l’Iran par l’Irak interposé, et d’une « guerre de substitution » à la Syrie, le maillon intermédiaire de l’axe de résistance à l’hégémonie israélo-américaine dans la zone.

De ce fait, la République islamique d’Iran a suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère sud en ce qu’il apporte la preuve éclatante que la technologie de pointe n’est pas incompatible avec l’Islam dès lors qu’elle est soutenue par une volonté d’indépendance, débouchant, de surcroît, sur la possibilité pour l’Iran de se doter d’une dissuasion militaire tout en préservant son rôle de fer de lance de la révolution islamique

Dans une zone de soumission à l’ordre israélo américain, le cas iranien est devenu de ce fait un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003 et du démantèlement de la Syrie du fait d’une connivence souterraine tacite entre Israël et les pétromonarchies arabes avec la caution du bloc atlantiste.

La fable du nucléaire israélien

Passons sur cette fable : «Israël, unique démocratie du Moyen orient, sentinelle du Monde libre face à la barbarie arabo musulmane» ne saurait, en premier, introduire l’arme atomique dans la zone, qui tient lieu de viatique en dépit des révélations de l’israélien Mordechai Vanunu, qui a eu l’audace de briser le tabou, en dépit des fuites répétées dans la presse spécialisée occidentale. Le motus est complet. Jalousement gardé par les cornacs d’Israël en Europe, particulièrement la France.

Le primat d’Israël conditionne le récit médiatique occidental et obère la crédibilité de sa démarche, en ce qu’il révèle une distorsion de comportement des pays occidentaux face aux puissances nucléaires. Les États-Unis et l´Union européenne contrôlent 90% de l’information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux États-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l’Humanité, possèdent 30% des médias du monde.

Israël, unique puissance nucléaire du Moyen-Orient, a ainsi constamment bénéficié de la coopération active des États occidentaux membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Grande-Bretagne) pour se doter de l‘arme atomique, bien que non adhérent au Traité de non-prolifération.

Il en est de même de l’Inde et du Pakistan, deux puissances nucléaires asiatiques antagonistes, qui bénéficient néanmoins d’une forte coopération nucléaire de la part des États-Unis en dépit de leur non ratification du traité de non-prolifération nucléaire.

Le différentiel de comportement entre l’Iran et le Monde arabe

Au delà du conflit politique entre l’Iran, chef de file de l’Islam chiite et l’Arabie saoudite, chef de file l’Islam sunnite, pour le leadership régional, et, au delà vers le Monde musulman, se pose d’une manière sous-jacente le problème du différentiel de comportement face aux Occidentaux entre l’Iran et les pays arabes, principalement les pétromonarchies et les pays gravitant dans leur orbite.

L’Iran apparaît comme contre un parfait contre-exemple de l’Arabe saoudite et constitue à ce titre une menace existentielle pour la dynastie wahhabite et de tous les cloportes gravitant dans son orbite. Le clivage n’est donc pas entre sunnites et chiites, entre « Islam des Lumières » et « Islam obscurantisme », selon la distinction établie par l’ancien jeune nouveau philophophe Bernard Henry Lévy, mais plus simplement entre reptiles et vertébrés.

Que la première puissance nucléaire au Monde et l’Unique puissance atomique du Moyen orient n’atteignent pas les objectifs fixés dans leur guerre d’agression, –l’effondrement du régime islamique iranien, –un pays sans parapluie nucléaire-– sera perçu au sein de larges couches de l’opinion mondiale, nolens volens, comme un échec cuisant, comparable par ses effets à la capitulation de la France face à l’Allemagne nazie, en 1940, qui a sonné le glas de l’Empire français et le déclassement de la France dans la hiérarchie des nations.

L’agression tripartite de Suez (anglo, franco-israélienne), en 1956, avait débouché sur le dégagement de la France et du Royaume Uni du moyen orient et leur remplacement par les Etats Unis. Au-delà du chaos géopolitique qu’elle a engendré, de quoi l’agression bipartite israélo-américaine contre l’Iran, en 2026, 76 ans après, sera-t-elle le nom?

L’Iran, qui a inventé le jeu d’échecs, -un jeu de patience, de calcul et de riposte oblique- ne se laisse pas facilement impressionner. Il lui suffit de ne pas capituler.

L‘équation financière de cette nouvelle guerre

Cette guerre se réduit ultimement à une équation: l’équation militaro-économique la plus conséquente du XXIe siècle.

D’un côté : le missile intercepteur américain Patriot PAC-3 MSE. Coût unitaire : environ 4 millions de dollars. L’intercepteur THAAD : 12 à 15 millions de dollars le tir. Le missile SM-3 embarqué : 10 à 28 millions. De l’autre : le Shahed-136 iranien. Coût unitaire : 20 000 à 50 000 dollars. Le ratio de coût : entre 80 :1 et 200 :1.

Kelly Grieco du Stimson Center a calculé que pour chaque dollar que l’Iran dépense pour fabriquer un drone Shahed, les Émirats arabes unis dépensent entre 80 et 200 dollars pour l’intercepter. Lockheed Martin produit environ 600 intercepteurs Patriot par an. L’Iran a lancé plus de 2 000 drones dans la première semaine du conflit, seulement.

Dans les 100 premières heures de l’Opération Fureur épique, les États-Unis ont tiré environ 170 missiles de croisière Tomahawk — près de trois fois le nombre que le Pentagone avait commandé à Raytheon pour l’intégralité de l’année fiscale 2026. Le Centre d’études stratégiques et internationales a estimé la valeur des intercepteurs dépensés dans ces 100 premières heures à environ 1,7 milliard de dollars.

Sur ce point, cf ce lien : https://www.mondialisation.ca/liran-est-en-train-de-gagner-la-guerre/5705934?doing_wp_cron=1774593837.1873199939727783203125

L’agression bipartite israélo-américaine contre l’Iran aboutit, paradoxalement, à confirmer la République islamique, de la part de ses ennemis jurés, comme chef de file de l‘axe de la contestation à l’hégémonie israélo-américano-israélienne dans la zone.

Saigon 1975, Kaboul 2021… Une défaite ça va.  Trois… bonjour les dégâts.

En guise de piqûre de rappel, le précédent irakien : https://www.renenaba.com/l-hecatombe-des-faiseurs-de-guerre/

Sur la relation entre les Etats Unis et Israël,  cf ces liens

Source : auteur
https://www.madaniya.info/2026/04/06/etats-unis-damerique-et-israel-contre-liran/

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