Communiqué de l’UJFP

L’Union Juive Française pour la Paix n’est pas dupe quant au déroulement des événements survenus à Lyon et à son traitement par le pouvoir : minute de silence à l’assemblée nationale et autorisation de manifester pour l’extrême-droite.

Porteuse d’une mémoire liée à l’antisémitisme et au génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’UJFP sait reconnaître les manipulations de la peste brune.

Qu’un jeune étudiant ait été attiré par les idées fascistes, qu’il se soit préparé à des affrontements physiques et qu’il y ait trouvé la mort est évidemment triste et regrettable.

De ce point de vue, l’emballement médiatique et politique, au gouvernement, à droite et à l’extrême droite pose question aussi bien que la minute de silence à l’Assemblée nationale, décrétée par sa présidente Yaël Braun-Pivet. Cette décision apparaît pour le moins problématique au regard d’un enchaînement de faits encore à déterminer et des appartenances politiques et militantes dont se revendiquait la victime. Alors que toute violence politique est condamnable, a-t-on organisé une minute de silence pour Clément Méric ou Federico Martin Aramburú, tués par l’extrême droite ? A-t-on marqué d’un hommage officiel les nombreux morts résultant de violences policières ?

Présenté comme membre du service d’ordre de Némésis (une organisation se revendiquant d’un féminisme nationaliste et d’extrême droite), des éléments récents tendent à montrer que Quentin D1 était de fait un militant d’extrême droite assumé.  Avec sa bande, équipée d’une gazeuse, d’une béquille, de fumigènes et de cagoules, il patrouillait à proximité de Sciences Po Lyon où se tenait, à l’initiative d’étudiantes et étudiants de l’école, une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan, dans le but manifeste de s’en prendre à des  adversaires politiques, jusqu’à lancer un assaut sans sommation contre un groupe antifasciste ; une pratique courante de l’extrême droite lyonnaise, qui a causé des centaines de graves traumatismes.

C’est le passé sombre de Lyon qui resurgit tout à coup dans nos souvenirs. Siège de la Kommandantur de la Gestapo, son chef, Klaus Barbie y a torturé et déporté des résistants et des Juifs. Les nouveaux adorateurs de la « race blanche pure » foulent de leur pieds la mémoire de combattants antifascistes illustres passés entre ses mains comme le préfet Jean Moulin et le réseau Libération-Sud avec le couple Aubrac ou encore Anne-Marie Bauer.

Dans la métropole lyonnaise, un climat de terreur et de violence entretenu par l’extrême droite existe depuis au moins 15 ans. En 2019, le service central du renseignement territorial qualifiait la région lyonnaise de « berceau » de l’activisme d’extrême droite en France. Le GRECE, Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, a infiltré depuis des années l’université Lyon 3 et distillé son discours négationniste tandis que Marion Maréchal a fait ses études dans la ville. Au moins 102 agressions y ont été recensées depuis 2010 à l’encontre des mouvements de gauche et en particulier des antifascistes lyonnais, comme le rappellent Elian Delacôte, journaliste de Rue89 Lyon2 ou le site Contre-Attaque qui fournit cette liste non exhaustive des agressions d’extrême droite à Lyon. Ni les médias dominants, ni le Gouvernement n’y font allusion.

Si la violence meurtrière de la riposte n’en reste pas moins inacceptable, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’autodéfense face à la violence de l’extrême droite qui se déploie sans véritable stratégie gouvernementale pour l’endiguer ou en combattre les profondes racines sociales et politiques3. Comme le rappelle Contre-Attaque, dans l’article précité : « Quand l’extrême droite sème la terreur, dispose de locaux, et que les autorités laissent faire, que reste-t-il ? C’est la brutalisation maximale de la société et les attaques racistes de l’extrême droite qui nourrissent l’autodéfense populaire. Jamais l’inverse ». Mark Bray4 rappelle que « l’antifascisme militant est une réponse sensée et historiquement fondée à la menace fasciste qui a persisté après 1945 ».

Ni les principaux médias, ni le Gouvernement ne dénoncent ni ne luttent vraiment contre cette violence d’extrême droite et l’engrenage infernal dans lequel elle risque de faire tomber toute la société5, mais ils n’hésitent pas à jouer de ce drame pour diaboliser le principe même de l’antifascisme, jusqu’à tenter de disqualifier, voire de criminaliser, la LFI, l’un des principaux partis d’opposition du pays, juste avant les élections municipales. Manœuvre grossière s’il en est.

L’UJFP a une pensée solidaire pour toutes les minorités cibles d’oppression ce samedi 21 février 2026, qui croiseraient la route de ces groupes fascistes et néo-nazis : victimes de racisme, de xénophobie, de lgbtphobies, de validisme… faites attention à vous !

L’UJFP s’inscrit dans la lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et toutes les formes d’oppression sur lesquelles se fonde le fascisme.

L’UJFP lutte avec ses alliés, dans le mouvement antiraciste politique et plus généralement dans le mouvement contre le suprématisme blanc et autoritaire qui gagne la France. L’antifascisme est aujourd’hui plus qu’une nécessité, c’est une question de survie.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 21 février 2026

  1. Plus précisément militant de l’extrême droite la plus dure et violente qui soit. Il était membre de l’Action Française, organisation royaliste et antisémite historique. Il a cofondé le groupe des Allobroges de Bourgoin-Jallieu et participé à la grande manifestation néo-nazie du 9 mai 2025.[]
  2. Interview d’un journaliste de Rue89 Lyon sur Blast.[]
  3. Retailleau, alors ministre de l’intérieur, avouait partager le combat de Némésis (21 janvier 2025)[]
  4. L’antifascisme : son passé, son présent et son futur, Lux Éditeur, 2024.[]
  5. Le ministre de l’intérieur a refusé d’interdire le rassemblement en hommage à Quentin D. à Lyon ce samedi 21 février 2026, où sont attendues 2 000 à 3 000 personnes. Par cette décision, Laurent Nuñez va laisser parader dans les rues de la ville des groupes nationalistes, néo-nazis et d’extrême-droite, mettant en danger la population lyonnaise.[]

Source : UJFP
https://ujfp.org/…

Laisser un commentaire