Rapport du CPI
Centre palestinien d’information
Au cœur de Gaza dévastée, où les habitants continuent de souffrir du froid et de la faim entre les décombres de leurs quartiers, un projet de construction d’un complexe résidentiel temporaire dans le sud de la bande de Gaza, près de Rafah, financé par les Émirats arabes unis, suscite une vague de controverses politiques et humanitaires.

Le projet, situé derrière « ligne jaune » sous contrôle de l‘entité génocidaire, est considéré par certains diplomates et analystes comme une initiative douteuse, à mi-chemin entre l’aide humanitaire et la partition, qui pourrait redessiner la carte du contrôle à Gaza et placer les civils palestiniens devant un choix difficile : rester dans leurs quartiers détruits ou déménager dans des zones sous tutelle de l’occupation sanguinaire.
Ce projet reflète la convergence des intérêts régionaux et internationaux, mais soulève en même temps de sérieuses questions quant à sa pertinence et sa légitimité humanitaire, ainsi qu’au sort de la résistance et de l’unité du secteur.
Le projet émirati au cœur de Rafah détruite

L’agence Reuters a révélé un projet, ainsi que des déclarations de diplomates occidentaux, selon lequel les Émirats arabes unis auraient élaboré des plans pour construire un complexe résidentiel temporaire dans le sud de la bande de Gaza, dans une zone située derrière ce qu’on appelle la « ligne jaune », sous contrôle militaire sioniste, près de la ville détruite de Rafah.
Le projet, baptisé « Complexe résidentiel temporaire des Émirats », sera construit dans une zone qui était vierge de toute construction avant la guerre, dans les environs de Rafah, qui comptait près d’un quart de million d’habitants avant que ses quartiers ne soient rasés par l’agression sioniste et presque entièrement vidés de leur population.
Doutes et hésitations
Des diplomates au courant des détails du plan ont exprimé de sérieux doutes quant à sa pertinence politique et humanitaire, soulignant que la majorité des Palestiniens pourraient refuser de s’installer dans des zones sous contrôle sioniste direct, alors que près de deux millions de Palestiniens vivent dans des zones toujours sous le contrôle du mouvement Hamas, dans un contexte de destruction massive et de grave pénurie de logements et de services.

Reuters a cité des sources diplomatiques selon lesquelles les bailleurs de fonds internationaux ont hésité à financer le projet, craignant que les désaccords liés à l’exigence du désarmement du Hamas ne conduisent à l’effondrement de toute trêve et à un retour à la guerre, ou que le projet ne devienne un outil politique et sécuritaire plutôt qu’un effort purement humanitaire.
Une vision américaine ancienne – nouvelle
Les informations indiquent que le plan émirati converge avec les propositions américaines précédentes, promues sous l’administration du président américain Donald Trump, qui appelaient à la création de ce qui était alors appelé « communautés alternatives sûres » pour les Palestiniens dans les zones de Gaza sous contrôle sioniste, avant d’être relancées plus tard sous le nom de « communautés planifiées ».

Selon quatre diplomates, les responsables émiratis ont partagé les détails du projet dans le cadre de discussions qui ont eu lieu à Washington, au « Conseil de paix » et à la Commission de gestion de Gaza, en proposant l’idée d’une mission multinationale dirigée par les États-Unis, basée dans le sud de la Palestine occupée, pour coordonner les aspects sécuritaires et les services.
L’occupation prépare le terrain
L’un des diplomates a déclaré que l’armée sioniste avait évacué une large bande s’étendant de la côte méditerranéenne à Rafah, destinée à des projets de logements temporaires, similaires à ceux prévus par les Émirats.

Le plan montre que les complexes prévus sont situés près de la « ligne jaune » tracée dans le cadre des accords de cessez-le-feu d’octobre, qui sépare les zones contrôlées par l’occupation de celles contrôlées par le Hamas.
Selon des estimations diplomatiques, l’armée d’occupation contrôle actuellement environ 53 % de la superficie de la bande de Gaza, y compris la quasi-totalité du sud, tandis que l’ensemble de la population de la bande vit dans des zones surpeuplées, au milieu des décombres et sans infrastructures.
Quand l’aide humanitaire sert la division
«Ce n’est pas un projet humanitaire isolé, mais fait partie d’un vaste plan sécuritaire sioniste visant à réorganiser Gaza sur les plans politique et géographique ». Rami Abu Zbeida

L’expert en sécurité et militaire Rami Abu Zbeida affirme dans un entretien avec notre correspondant que le projet représente « la mise en pratique du concept de communautés planifiées prôné par Trump et Kushner » et repose sur la création de regroupements résidentiels pour les personnes déplacées sous la forme de « cantons isolés », soumis au contrôle sécuritaire direct de l’entité génocidaire, tandis que les services sont gérés par des parties arabes et internationales.
Il ajoute que le plan vise à démanteler l’unité de la bande de Gaza, en créant une « Gaza A » soumise à la tutelle sécuritaire sioniste et une « Gaza B » au cœur de la bande, sans reconstruction ni perspective d’avenir, dans le cadre d’un processus de division dangereux visant à étouffer la résistance et à l’isoler de son environnement populaire.
Parier sur la faim
Abu Zbeida estime que les chances de succès du plan, du point de vue de ses concepteurs, reposent sur l’utilisation d’outils de pression extrêmes : la faim, le froid, la vie sous des tentes, l’absence d’infrastructures, afin de pousser les gens à accepter une réalité cruelle et à se déplacer vers des zones présentées comme plus « confortables » et plus sûres.

Mais en revanche, il souligne que les facteurs d’échec sont beaucoup plus importants, compte tenu du rejet populaire palestinien évident de tout transfert vers des zones sous contrôle de l’occupation, en raison des risques d’arrestation, d’assassinat et de vie sous la menace des armes, considérant que « c’est un suicide collectif que la grande majorité de notre peuple ne peut accepter ».
Il met en garde contre le fait que ces complexes seront considérés par les Palestiniens – tant par la population que par la résistance – comme des « colonies de tutelle », et que les donateurs eux-mêmes sont conscients qu’ils pourraient à l’avenir devenir des foyers de protestation et d’agitation, plutôt que des zones de stabilité.
Source : CPI
https://french.palinfo.com/…

