Par Wafiq Qanso (Al-Akhbar)

Nous traduisons ci-dessous l’article de M. Wafiq Qanso, Secrétaire puis Directeur de rédaction du quotidien libanais Al-Akhbar, aussi fidèlement que possible parce qu’il rejoint les sérieuses inquiétudes exprimées par nombre d’analystes et de responsables politiques libanais.

Néanmoins, nous tenons à préciser que, contrairement à lui, nous continuons de désigner le président autoproclamé de la Syrie par son patronyme d’Al-Joulani, comme nous refusons la qualification impropre de ses milices terroristes d’Armée arabe syrienne, car c’est une insulte pour les milliers de soldats syriens tombés en les combattant et un sacrilège pour leurs familles.

L’auteur nous comprendra, car il ne peut ignorer qu’en Syrie sévit actuellement un gouvernement de fait accompli qui n’est rien d’autre qu’une coalition de gangs d’opportunistes et/ou de criminels soutenus par les prédateurs turco-arabo-israélo-otaniens qui se disputent ouvertement « la proie syrienne » comme l’avait avoué HBJ, l’ex-ministre des Affaires étrangères qatari [1] et comme le suggère la déclaration récente de Hakan Fidan, le ministre turc des Affaires étrangères qui semble être le véritable dirigeant de « la nouvelle Syrie »… [2].

L’auteur ne peut pas ignorer que, contrairement aux « danseurs » mis en avant sur les réseaux sociaux et les médias malveillants, un grand nombre de citoyens syriens paralysés par la terreur, comme par la nécessité de survivre et de protéger leurs familles, vivent l’enfer sur terre et voient leur patrie ainsi que leur société déchiquetées par les prédateurs réunis, tandis que les gouvernements arabes et occidentaux continuent d’encenser le Joulani, le terroriste soi-disant repenti, devenu sous l’effet du parfum magique du président Donald Trump [3] l’allié de la Coalition internationale dans la lutte contre le terrorisme (sic), avant d’être reçu chaleureusement par le président Poutine et ses généraux. La situation géostratégique ajoutée aux richesses en hydrocarbures non encore exploitées de la Syrie, plus la concurrence entre les grandes et les moyennes puissances, valent bien un tel blanchiment aussi conditionnel soit-il.

Oui…l’auteur nous comprendra. [NdT].

***

De hauts responsables de la sécurité libanaise s’inquiètent de plus en plus d’une dangereuse escalade de la situation sécuritaire tout le long de la frontière orientale du Liban jusqu’à la frontière nord, au cas où les États-Unis mettraient à exécution leur menace de frappe militaire contre l’Iran.

Les inquiétudes s’appuient sur des données du terrain et des déclarations politiques suggérant que le Liban pourrait redevenir le théâtre de règlements de compte régionaux et internationaux, et qu’en cas d’attaque contre l’Iran, le Liban ne serait pas épargné par le feu de la guerre. Au contraire, il sera une cible directe des tentatives de pressions sécuritaire, militaire et politique.

Ces inquiétudes se sont considérablement accrues suite aux informations reçues par de hauts responsables libanais selon lesquelles, lors d’une réunion récente à huis clos avec des représentants de son organisation HTC (Hay’at Tahrir al-Cham), Al-Joulani a déclaré : « Maintenant c’est au tour du Hezbollah, nous n’oublierons pas notre vengeance ».

Certaines sources sécuritaires ont réagi en faisant savoir que « cette déclaration ne peut-être considérée indépendamment, mais s’inscrit dans le contexte plus large de préparatifs sur le terrain et de discours de mobilisation suggérant une intention implicite d’exploiter tout développement régional, en particulier toute confrontation avec l’Iran, pour ouvrir un nouveau front contre le Liban depuis sa frontière orientale ».

Les mêmes sources ont considéré que « cette escalade verbale repose en partie sur un climat politique instauré par le Joulani après sa rencontre avec le président américain Donald Trump en décembre dernier, suite à laquelle il a annoncé son adhésion à la campagne contre le terrorisme. Une annonce qui lui garantit, en pratique, une couverture politique américaine pour toute action sécuritaire ou militaire ultérieure menée sous ce large prétexte ».

Et ces mêmes sources ont ajouté que « le renoncement des Américains aux Kurdes de l’Est de la Syrie a signifié au Joulani que Washington soutient une Syrie unifiée sous son administration, ou du moins ne s’y oppose pas, (renoncement probablement temporaire si l’on en croit M. Lindsay Graham… NdT). Ce qui lui accorde une plus grande marge de manœuvre et renforce sa conviction que toute action sécuritaire ou entreprise militaire au nom de la lutte contre le terrorisme ne rencontrera pas d’objection américaine sérieuse, surtout si elle vise des acteurs que Washington considère comme des adversaires ».

Toujours selon ces mêmes sources, « les inquiétudes sont exacerbées par l’observation d’un déploiement militaire inhabituel à la frontière syro-libanaise, comprenant des unités et des combattants tchétchènes, ouzbeks, ouïghours et autres groupes connus pour leur passé sanguinaire et leurs massacres de masse. Ils ont été transférés des zones préalablement contrôlées par les FDS (les Forces Démocratiques Syriennes dirigées par des kurdes séparatistes pas nécessairement syriens chargées, entre autres, d’administrer l’incarcération des terroristes daechiens dans les prisons de leur prétendu Kurdistan syrien au nord-est de la Syrie [4]. Autant de réservoirs de mercenaires terroristes désormais libérés par les milices du Joulani sans que la Coalition internationale présente dans la région n’intervienne malgré les appels répétés de leurs gardiens FDS comme ils l’ont affirmé par un communiqué urgent de leur centre de presse le 19 janvier 2026 [5]… NdT). Ce qui soulève des questions quant à la nature du rôle destiné à ces unités sanguinaires à la frontière orientale libanaise ».

Et ces mêmes sources sécuritaires sont allées jusqu’à avertir que « ce qui se prépare se fait en coordination indirecte avec Israël, et que l’introduction de groupes spécialisés dans les massacres sur le théâtre des opérations n’est pas un détail anodin, mais plutôt un indicateur extrêmement dangereux ».

Dans ce contexte, l’annonce par les milices armées du Joulani d’exercices militaires à tirs réels le 10 février prochain dans la région du Qalamoun frontalière du Liban, est perçue comme un signe supplémentaire de la progression des préparatifs sur le terrain, d’autant plus qu’elles coïncident avec les déclarations concernant la disposition des États-Unis à lancer une frappe contre l’Iran. Par conséquent, les sources citées craignent que ces exercices ne servent de couverture à l’ouverture de la frontière orientale sous des prétextes préparés à l’avance, au cas où la menace d’un conflit régional se concrétiserait.

S’ajoute dans la catégorie des préparatifs inquiétants, politiques et médiatiques, la déclaration publiée dimanche dernier par le ministère de l’Intérieur du gouvernement d’Al-Joulani accusant le Hezbollah libanais d’avoir fourni des missiles et des drones à ce qu’il a appelé la « cellule Mazzeh » (la cellule ayant ciblé le quartier résidentiel d’Al-Mazzeh à Damas, ainsi que son aéroport [6]… NdT).

Pour les référents, il est indéniable que les deux prétextes d’une ingérence du Hezbollah ou des « résidus » de l’ex-régime syrien sont sans fondements, et amènent à la suspicion d’avoir été utilisés dans le cadre d’un projet plus vaste servant les intérêts israéliens.

Et cela, car selon ces référents le Hezbollah n’est pas en mesure d’intervenir dans les affaires intérieures syriennes et s’est d’ailleurs empressé de nier tout lien avec ladite cellule.

Quant auxdits « résidus », les enquêtes menées par l’Armée libanaise, les Services de renseignement militaire et la Sûreté générale ont révélé que certains officiers de l’ex-régime syrien résidant au Liban sont de grades inférieurs, certains étant mariés à des Libanaises, qu’aucun mandat d’arrêt n’a été émis à leur encontre, qu’aucune activité sécuritaire ou militaire de leur part n’a été constatée, et qu’ils respectent pleinement la législation libanaise.

De plus, le gouvernement du Joulani n’a pas fourni au gouvernement libanais la liste des officiers résidant au Liban qu’il prétend rechercher. Concernant ce dernier point, les référents ont souligné que les autorités syriennes sont parfaitement conscientes du fait que les officiers supérieurs de l’ancien régime se sont dispersés à Moscou, à Téhéran, aux Émirats arabes unis et au Soudan.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Al-Joulani à Damas, il est devenu évident que son gouvernement a décidé de se maintenir en état de conflit avec le Liban. Hormis une coordination sécuritaire limitée, il n’a pris aucune mesure concrète sur la plupart des questions d’intérêt commun, malgré les assurances selon lesquelles le nouveau régime n’entend pas s’ingérer dans les affaires libanaises comme l’avait fait le précédent.

Wafiq Qanso

05/02/2026

Source : Al-Akhbar (Liban)

مراجع أمنية رسمية تخشى تورّط دمشق في جبهة مع إسرائيل ضد لبنان | الشرع يحرّض أنصاره: حان وقت الثأر من حزب الله

https://www.al-akhbar.com/Newspaper%20Articles/lebanon/878252

Traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Qatar : Voici venu le temps des aveux…
https://www.mondialisation.ca/qatar-voici-venu-le-temps-des-aveux/5615461?doing_wp_cron=1770433926.7205920219421386718750
[2] Vidéo : Hakan Fidan déclare sa satisfaction et celle de ses alliés régionaux et occidentaux de la docilité du Joulani
https://www.facebook.com/reel/1552062362685322
[3] Video : La scène lunaire où le président Trump asperge le Joulani de son parfum Trump Victory
https://www.instagram.com/reels/DQ_aenNDCE3/
[4] Il était une fois le Rojava… par Michel Raimbaud
https://www.mondialisation.ca/il-etait-une-fois-le-rojava/5639682?doing_wp_cron=1770435885.9803340435028076171875
[5] Communiqué urgent du Centre de presse des FDS (19/01/2026) :
Nous informons le public que la prison d’al-Chaddadi échappe actuellement au contrôle de nos forces.
Depuis ce matin, la prison d’al-Chaddadi, qui abrite des milliers de terroristes de l’EI, est la cible d’attaques répétées menées par des factions soutenues par Damas.
Les combattants des FDS ont repoussé ces attaques et sont parvenus à les contrer à plusieurs reprises, déplorant des dizaines de martyrs et de blessés afin d’éviter une catastrophe sécuritaire.
Bien que la prison d’al-chaddadi soit située à seulement deux kilomètres environ de la base de la Coalition internationale dans la région, cette dernière n’est pas intervenue malgré des appels répétés.
[6] Vidéo de la TV qatarie d’Al-Jazeera : Le ministère de l’Intérieur annonce le démantèlement d’une « cellule terroriste » ayant ciblé avec des missiles la région de Mezzeh et son aéroport militaire à Damas
https://www.youtube.com/shorts/mvUDub-h5wg

Source : Mouna Alno-Nakhal

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