Encore une réalité du Venezuela invisible dans le champ médiatique occidental : la méga-rencontre à Caracas de milliers de communard.e.s venu.e.s de tout le pays pour présenter leur modèle économique comme alternative au capitalisme, du 4 au 6 février 2026. « Un nouveau modèle économique est en train de naître ici, le modèle économique du peuple, ce peuple qui, sous la Quatrième République, pendant les gouvernements des élites, a été exclu de la vie nationale, exclu de la vie politique, démocratique, de la vie économique, de la vie sociale. C’est Hugo Chávez qui nous l’a dit, le 4 février 1992: « En avant, mon peuple, mettons en marche, à partir de nos racines historiques » a expliqué la présidente par interim Delcy Rodriguez, qui a ordonné à l’ensemble du cabinet économique de se consacrer pleinement à l’économie communale «dès aujourd’hui, afin de renforcer la chaîne industrielle des processus, en apportant tout le soutien nécessaire à l’industrialisation de leurs produits ».
Un des obstacles à la construction de l’économie communale est le contrôle persistant par le secteur privé, majoritaire au Venezuela, des chaînes de distribution et de commercialisation, et donc aussi des prix au petit et moyen producteur. Face à quoi Delcy Rodriguez encourage la reproduction des expériences réussies des entreprises sociales communales productrices d’aliments composant le « panier de base » et cite en exemple le succès de la marque Compa, la première marque collective créée pour promouvoir les produits des communes, qui devra être reproduite dans d’autres secteurs. « La marque « Hecho en Comuna » (Fabriqué en commune), existe déjà comme label de qualité et doit être une priorité dans les commandes publiques de l’État, a rappelé la mandataire. «Puisqu’elle est déjà présente dans les circuits communaux, les entrepôts communaux, nous pouvons désormais la présenter dans les chaînes commerciales privées, et l’exporter. Le gouvernement bolivarien va garantir que les communes et les circuits communaux soient reliés entre eux sur le plan économique et coordonnés avec les entrepreneurs, les commerces et les industries nationales, dans le cadre d’une stratégie globale visant à continuer de stimuler l’économie et l’indépendance productive du Venezuela ». En 2025, le Service autonome de la propriété intellectuelle (SAPI) a délivré six nouvelles indications géographiques protégées (IGP) à des produits vénézuéliens tels que le café de Boconó, le café de Mérida, le café de Miranda, le pain de Táchira, le fromage de chèvre de Lara et l’avocat de Yaracuy.
La présidente par interim a parcouru l’espace de la rencontre, une sorte d’exposition où plus de 100 expériences de production communales sont présentées par chacun des États. Par exemple, Lara, Yaracuy et Portuguesa présentent des produits textiles, alimentaires et de construction. « Nous sommes ici pour montrer au pays que le peuple travailleur est sorti de la résistance, passe à l’offensive pour briser les blocus, et garantir la souveraineté alimentaire de notre peuple. C’est l’économie réelle, celle qui contribue à la croissance économique du pays » a insisté la présidente par interim, qui a pris ses fonctions après l’enlèvement du président Maduro et de son épouse Cilia Flores lors d’une opération militaire de l’extrême droite états-unienne, il y a un mois.
Remplacement des importations, prix équitables et Plan « Conuco »
Delcy Rodriguez a annoncé la mise en place du plan stratégique élaboré en 2025 par le président Maduro pour substituer les importations dans cinq domaines qui concernent directement le panier alimentaire du peuple vénézuélien : le maïs jaune, le riz, le café (déjà exporté), le soja et les haricots noirs. Le ministre du Pouvoir populaire pour les communes, les mouvements sociaux et l’agriculture urbaine, Ángel Prado, a souligné que la première production de haricots du projet « Patria Grande del Sur », un projet de 180.000 hectares mis en oeuvre avec l’appui des Sans terre du Brésil, était déjà disponible.
Rodriguez a donné pour instruction de garantir des prix équitables aux producteurs du pays en éliminant les intermédiaires privés et a annoncé la mise en œuvre du Plan national Conuco (lopin de terre familial, cultivé intensivement, héritage des cultures indigènes, et clef de la souveraineté alimentaire, NdT). Elle a expliqué que des élevages tels que le porc, des cultures de légumes et de fruits seront intégrés au plan Conuco.
Porte-parole de la commune Río Onoto, située dans l’État de Carabobo, Luis Flores (photo) considère que cette rencontre permettra d’approfondir l’intégration entre les communes productives, de connaître le potentiel de chaque territoire et d’éliminer la dépendance vis-à-vis des intermédiaires. Il a souligné que le renforcement du système économique communal est essentiel pour dynamiser le reste des structures de la commune et progresser vers un modèle véritablement autosuffisant : « Une commune qui ne dispose pas d’un système économique productif sera une commune qui dépendra toujours des subventions des institutions, et c’est là l’utilité de cette rencontre, découvrir les différents potentiels qui existent sur notre territoire national ». Il prend l’exemple de la production de café biologique, résultat du travail direct de producteurs et productrices organisés qui ont développé un produit de haute qualité. Ce café est cultivé à plus de 950 mètres d’altitude, dans la municipalité de Miranda, dans la zone agricole de La Pericoca, ce qui lui confère des caractéristiques particulières en termes de saveur et de composition, tout en permettant la production de différentes variétés.
Les porte-parole (photos) de l’entreprise communale à propriété sociale directe (EPSDC) Aba El Auyamal, située sur le territoire de la commune El Sur Existe, dans l’État de Carabobo, décrivent comment ils élaborent des produits carnés, des aliments pour animaux, ainsi que des produits d’entretien, des uniformes scolaires et professionnels. Ces initiatives démontrent la capacité des communes à soutenir des processus de production dans le temps et à répondre aux besoins de leurs communautés et des zones environnantes. Pour sa part, Karelys Matheus, porte-parole de la commune Sueños de Hugo Chávez, située dans la municipalité de Baralt, dans l’État de Zulia, présentera l’expérience de l’unité de production familiale (UPF) agro-productive El Yucal, dédiée à l’élevage et à la transformation de porcs. Elle a indiqué qu’ils disposent de jeunes animaux, de reproducteurs et de processus complets qui comprennent l’élevage, l’abattage artisanal, la congélation, le conditionnement sous vide et la distribution directe aux communes et aux conseils communaux du secteur, renforçant ainsi la consommation locale et les circuits économiques communaux.
Depuis l’État de Mérida, José Villareal (photo), porte-parole du Conseil du pouvoir populaire pour l’apiculture et la pêche de Nueva Sierra (COPPA), municipalité de Libertador, présente l’expérience productive dans l’élevage de truites, développée en collaboration avec 24 producteurs organisés : une capacité de production de 70 à 80 tonnes de truites sur une période de six mois, destinées principalement à la distribution locale et régionale.
Leidy Rodríguez (photo), porte-parole de l’écosocialisme de la Comuna Era Bicentenaria, située à El Junquito, explique le processus de la production du citron,du céleri, de la ciboulette, de la coriandre, de la pomme de terre, de l’avocat et de la betterave. Pour elle, ces expériences productives ont vu le jour en réponse à la guerre économique et représentent une opportunité de construire des voies d’échange qui dépassent le niveau local, avec un potentiel de rayonnement national et international.
Les représentants des communes des peuples indigènes du fleuve Cataniapo, dans l’État d’Amazonas (photos), ont eux aussi dialogué avec la présidente par intérim sur le travail artisanal et les connaissances ancestrales qui soutiennent leur économie locale. Les porte-parole des peuples autochtones ont souligné que, grâce aux matières premières de leurs territoires, ils maintiennent une production permanente qui renforce le système communautaire dans la région de Guayana.
L’un des enjeux de la Révolution Bolivarienne est la construction d’un modèle de production agricole qui garantisse la sécurité et la souveraineté alimentaires, menacées par les blocus occidentaux, et qui offre une alternative au système capitaliste de l’agro-industrie, destructrice et prédatrice. Il s’agit d’un programme ambitieux, qui repose sur des expériences traditionnelles dans tout le pays, comme le « conuco » évoqué par la présidente par interim. Ces politiques sont encadrées par les concepts d’agroécologie, de lutte contre l’orpaillage au mercure pratiquées par des mafias colombo-brésiliennes etleurs relais locaux (y compris parmi les communautés indigènes), de défense des parcs nationaux et de leur biosphère; notamment à travers les ministères de l’écosocialisme et des peuples indigènes, mais aussi par le ministère de la science qui a développé une alliance avec les mouvements paysans pour substituer les semences génétiquement modifiées par des semences libres autochtones. Une loi des semences a été adoptée dès 2015 par la majorité des déoutés (chavistes) sur proposition des mouvements sociaux. Avec le soutien en formation et en production du Mouvement des Sans Terre du Brésil et de la FAO, le Venezuela investit dans la production de semences agroécologiques : un exemple massif et récent est le projet « Patria grande del Sur » qui porte sur une mise en culture agroécologique de 180.000 hectares dans le sud du pays : https://venezuelainfos.wordpress.com/2025/09/13/au-venezuela-nicolas-maduro-consacre-180-000-hectares-a-un-mega-projet-agroecologique-avec-les-sans-terre-du-bresil/
Traduction : Thierry Deronne
Sources : https://ultimasnoticias.com.ve/economia/delcy-rodriguez-la-economia-comunal-es-el-modelo-campeon-contra-el-bloqueo/ et https://www.comunas.gob.ve/2026/02/04/todo-listo-para-encuentro-nacional-de-economia-comunal/
Source : Venezuela Infos
https://venezuelainfos.wordpress.com/…
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