IOM/Gema Cortes. Des millions de Vénézuéliens ont fui l’insécurité et l’instabilité politique et économique
dans le pays au cours des dernières années. Ici famille de réfugiés entreprend le long voyage
depuis la frontière sud Venezuela avec le Pérou vers Lima.

Par ONU Info

Source : ONU Info

L’intervention militaire américaine au Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro, ce week-end, continuent de susciter de vives réactions à l’ONU. Mardi, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) a jugé que l’opération « porte atteinte à un principe fondamental du droit international » et affaiblit l’architecture même de la sécurité collective.

S’adressant aux journalistes à Genève, la porte-parole du HCDH, Ravina Shamdasani, a rejeté l’argument avancé par Washington, qui invoque le bilan « déplorable et de longue date » du gouvernement vénézuélien en matière de droits humains pour justifier son action. « La responsabilité des violations des droits humains ne peut être établie par une intervention militaire unilatérale en violation du droit international », a-t-elle insisté.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des forces spéciales américaines ont investi des points stratégiques de la capitale vénézuélienne, Caracas, et de plusieurs zones côtières du pays. À l’issue de cette opération, le président Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été capturés puis transférés où le couple fait l’objet d’un mandat d’arrêt américain pour trafic de drogue et autres crimes. Actuellement en détention, M. Maduro a comparu lundi devant un juge fédéral à Manhattan. Durant l’audience, le président déchu a, selon la presse, clamé son innocence et affirmé avoir été « enlevé » par Washington.

« Loin d’être une victoire pour les droits humains, cette intervention militaire, qui contrevient à la souveraineté vénézuélienne et à la Charte des Nations Unies, porte atteinte à l’architecture de la sécurité internationale, rendant chaque pays moins sûr », a-t-elle ajouté, faisant écho à de nombreux observateurs qui redoutent des interventions similaires dans d’autres pays.

Pour le bureau des droits de l’homme de l’ONU, l’enjeu dépasse en effet le seul cas vénézuélien. Mme Shamdasani a exhorté la communauté internationale à « s’unir et à parler d’une seule voix », rappelant que les événements du week-end constituent « une violation du droit international établi par les États membres ». Un argument évoqué la veille lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité par le Secrétaire général de l’ONU, qui a appelé au « plein respect » des principes consacrés dans la Charte onusienne, à savoir la souveraineté des États et la non-agression. 

« Il est clair que cette opération a porté atteinte à un principe fondamental du droit international, selon lequel les États ne doivent pas menacer ou recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État », a affirmé la porte-parole du HCDH. « La question ici est de savoir si les États membres respectent et défendent les lois et la Charte qu’ils ont eux-mêmes mises en place, et non pas à la carte, mais dans leur ensemble ».

Durant la réunion de lundi au Conseil, les États-Unis ont défendu une interprétation radicalement différente. Leur représentant, Mike Waltz, a qualifié l’opération de simple « mise en œuvre de la législation » américaine. Selon lui, Nicolás Maduro a été arrêté comme « un trafiquant », afin d’être jugé aux États-Unis « pour les crimes perpétrés contre notre population depuis quinze ans ». Washington assume ainsi une conception extraterritoriale de l’État de droit, en partie justifiée aussi par des considérations de sécurité.

Le HCDH s’inquiète par ailleurs des conséquences immédiates de l’intervention sur la situation intérieure du Vénézuéla. L’état d’urgence décrété par les autorités samedi suscite selon Mme Shamdasani « des inquiétudes », car il autorise des restrictions à la libre circulation, la saisie de biens jugés nécessaires à la défense nationale, ainsi que la suspension du droit de réunion et de manifestation.

Ces mesures s’inscrivent dans un contexte de resserrement autoritaire documenté de longue date dans le pays. Lors de sa dernière intervention devant le Conseil des droits de l’homme, le Haut-Commissaire aux droit de l’homme, Volker Türk, avait mis en garde contre une « répression qui s’approfondit », évoquant la militarisation croissante de la société vénézuélienne et les menaces visant journalistes et défenseurs des droits humains. « Le verrouillage de l’espace civique s’est intensifié, étouffant les libertés », avait-il déclaré, citant détentions arbitraires et disparitions forcées.

Au-delà du choc politique, la situation du pays demeure critique. Selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 7,9 millions de personnes – plus d’un quart de la population – ont besoin d’une aide humanitaire urgente, après des années de déclin économique, de répression et d’instabilité. 

« Ce qui s’est passé au niveau politique au Venezuela est très dramatique. Mais pour la grande majorité de la population, la situation humanitaire quotidienne n’a pas changé de manière radicale », a déclaré mardi Jens Laerke, porte-parole de l’OCHA, à Genève. « La situation telle qu’elle était immédiatement avant la crise perdure donc à ce jour, et c’est sur cette base que nous allons poursuivre notre travail humanitaire cette année ».

Sur les personnes identifiées comme ayant besoin d’aide, 900 000 présentent des besoins « très élevés », notamment en matière d’alimentation, de nutrition, d’éducation et de santé – « tout ce que l’État vénézuélien n’a pas été en mesure de fournir à ses citoyens depuis plusieurs années ».

Malgré une présence onusienne massive, mobilisant la quasi-totalité des agences de l’organisation, l’action humanitaire reste entravée par un manque chronique de financements. En 2025, seuls 17 % des plus de 600 millions de dollars requis pour le plan de réponse ont été réunis, faisant du Venezuela l’une des crises les moins soutenues au monde.

La situation demeure également tendue pour les millions de Vénézuéliens ayant fui le pays au cours de la dernière décennie. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de l’intervention américaine sur les flux migratoires, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) affirme surveiller étroitement les frontières.

« Bien sûr, nous suivons de près la situation et les mouvements transfrontaliers, et nous nous associons à d’autres agences des Nations Unies et partenaires humanitaires pour soutenir les efforts de secours d’urgence et protéger les personnes déplacées dans le besoin, selon les besoins », a déclaré la porte-parole de l’agence, Eujin Byun, dans la ville suisse.

En clair, l’ONU demeure fermement engagée aux côtés du peuple vénézuélien, malgré des financements insuffisants pour son plan d’intervention humanitaire.

Source : ONU Info
https://news.un.org/fr/…

Notre dossier ONU
Notre dossier Venezuela

Laisser un commentaire