UN Photo/Mark Garten. Réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la situation au Venezuela, après la capture, samedi 3 janvier, du président du pays par les États-Unis.

Par ONU Info

Source : ONU Info

L’arrestation éclair, samedi, du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines à Caracas, suivie de son transfert à New York, a mis en évidence une fracture au sein de l’ordre international : d’un côté, une conception extraterritoriale de l’État de droit, revendiquée par Washington ; de l’autre, les principes de souveraineté et de non-agression consacrés par la Charte de l’ONU.

Lundi matin, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, le Secrétaire général des Nations Unies a rappelé ces normes cardinales du droit internationale, mises à l’épreuve par l’intervention militaire américaine. « L’heure est grave, alors que nous nous réunissons », a déclaré António Guterres, dans une déclaration lue par sa Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo.

Au-delà des faits, dont les grandes lignes ont été largement rapportées durant le weekend, il a insisté sur ce qui demeure incertain : « l’avenir immédiat du Venezuela », mais aussi « le précédent » que cette action pourrait créer dans les relations entre États.

Pour rappel, samedi 3 janvier, entre 2 heures et 3 heures du matin, la capitale vénézuélienne s’est réveillée au son de puissantes explosions. En quelques heures, des forces spéciales américaines ont investi des points stratégiques de Caracas et de plusieurs zones côtières. À l’issue de cette opération, M. Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été capturés puis transférés à New York, où ils ont été placés en détention. Une scène d’extraction aussi fulgurante que spectaculaire, revendiquée par Washington comme une simple opération de justice visant à appréhender le couple présidentiel, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt américain pour trafic de drogue et autres crimes. 

Lors d’une conférence de presse samedi, le président Donald Trump a toutefois semblé aller plus loin : « Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse », a-t-il affirmé depuis Mar-a-Lago, sa résidence à Palm Beach, en Floride.

Lors de la réunion du Conseil, le Secrétaire général s’est dit « profondément préoccupé » par le fait que « les règles du droit international n’aient pas été respectées » lors de l’intervention américaine. Il a rappelé un principe cardinal : « La Charte consacre l’interdiction de la menace ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État », soulignant que le maintien de la paix dépend de l’engagement de tous les États membres à respecter l’ensemble de ses dispositions.

Au même moment, à moins de deux kilomètres de la salle du Conseil, le président vénézuélien déchu comparaissait devant un tribunal fédéral américain dans le sud de Manhattan, deux jours à peine après sa capture. Ce télescopage entre séquence judiciaire et action militaire a cristallisé le cœur du désaccord exprimé au Conseil : pour Washington, l’intervention relève de l’application de la loi ; pour ses détracteurs, elle constitue avant tout un recours à la force armée contre un État souverain.

Caracas a demandé au Conseil de sécurité de condamner sans équivoque le recours à la force. Son représentant permanent, Samuel Moncada, a qualifié le 3 janvier 2026 de « date d’une profonde gravité historique, non seulement pour le Venezuela mais aussi pour l’ensemble du système international ». Dénonçant des violations du droit international et des conventions de Genève, il a accusé les États-Unis d’avoir commis un acte d’agression, rappelant le principe de non-acquisition de territoire ou de ressources par la force.

Selon le délégué vénézuélien, ces attaques s’inscrivent dans les « pires pratiques du néocolonialisme », liées aux ressources naturelles du pays. Il a également affirmé que l’État vénézuélien continuait d’exercer son contrôle effectif sur le territoire, alors que la vice-présidente du pays, Delcy Rodríguez, prêtait lundi matin serment comme présidente.

Deux jours plus tôt, la présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, Annalena Baerbock, avait posé un cadre tout aussi clair. « La Charte des Nations Unies n’est pas facultative », a-t-elle averti dans une déclaration publiée le jour de la capture de M. Maduro. Elle demeure, selon elle, le « cadre de référence » de la communauté internationale, « en temps de calme comme en temps de crise ». Et d’énoncer l’enjeu central : « La primauté du droit doit prévaloir sur la loi du plus fort ».

Face à cette lecture, les États-Unis ont défendu, au Conseil, une interprétation radicalement différente. Leur représentant, Mike Waltz, a rejeté toute accusation néocoloniale. « Nous n’occupons pas de pays », a-t-il affirmé, qualifiant l’opération de simple « mise en œuvre de la législation ». Selon lui, Nicolás Maduro a été arrêté comme « un trafiquant », afin d’être jugé aux États-Unis « pour les crimes perpétrés contre notre population depuis quinze ans ». 

Washington assume ainsi une conception extraterritoriale de l’État de droit, justifiée aussi par des considérations de sécurité : « Le Venezuela ne peut devenir une base d’opérations du Hezbollah ou de l’Iran ».

Cette justification a été contestée par plusieurs intervenants. Pour Jeffrey Sachs, président du Réseau des solutions pour le développement durable, une plateforme universitaire internationale, « la question n’est pas le caractère du gouvernement vénézuélien », mais de savoir « si un État membre a le droit, par la force, la coercition ou la suffocation économique, de déterminer l’avenir politique du Venezuela ou de prendre le contrôle de ses affaires ».

La Russie a, elle aussi, dénoncé une application sélective du droit international. « Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de la sélectivité et de l’irresponsabilité de certains quant au respect du droit international », a déclaré son représentant, Vassily A. Nebenzia, appelant à une « évaluation impartiale » de l’attaque et mettant en garde contre le « deux poids, deux mesures ».

Dans un registre plus radical, Cuba a dénoncé une « agression impérialiste » visant, selon La Havane, à modifier par la force l’ordre constitutionnel du Venezuela. Son représentant permanent, Ernesto Soberón Guzmán, a accusé Washington de poursuivre un objectif de domination fondé sur la doctrine de la « paix par la force ». Il a également indiqué que 32 ressortissants cubains avaient été tués le 3 janvier, alors qu’ils effectuaient des missions pour le compte des forces armées révolutionnaires.

La France a tenté de tenir une ligne intermédiaire. Son représentant permanent adjoint, Jay Dharmadhikari, a exprimé la solidarité de Paris avec le peuple vénézuélien, rappelant que face à ses « aspirations démocratiques », Nicolás Maduro a « systématiquement répondu par la répression des voix dissidentes, des membres de l’opposition et de la société civile ».

Dans le même temps, Paris a critiqué l’opération militaire américaine, jugée contraire au principe de règlement pacifique des différends et à celui de non-recours à la force.

La Chine a, de son côté, appelé les États-Unis à privilégier le dialogue et les négociations. « Le recours indiscriminé à la force ne contribue qu’à aggraver les crises », a déclaré son représentant, Sun Lei. Rappelant que Washington avait déjà contourné le Conseil de sécurité par le passé – de l’Iraq à l’Iran – il a averti qu’« aucun pays ne peut s’octroyer le rôle de gendarme du monde », appelant à garantir la sécurité personnelle du président Maduro et de son épouse.

Au-delà des affrontements juridiques, la réunion a aussi fait émerger le portrait d’un État fragilisé de l’intérieur. La fondatrice de l’ONG vénézuélienne Transparencia Venezuela, Mercedes De Freitas, a décrit un système de prédation économique : selon son organisation, 80 % des bénéfices de l’exploitation de l’or seraient détournés vers des comptes privés de membres alliés au régime Maduro, seuls 20 % alimentant le budget national. Elle a accusé Nicolás Maduro de diriger des opérations illicites et plaidé pour un État « transparent et redevable », respectueux de la volonté démocratique et libérant les prisonniers politiques.

À l’origine de la réunion d’urgence du Conseil, la Colombie a appelé à la retenue dans la région. Sa représentante, Leonor Zalabata Torres, a rappelé que la Charte n’autorise le recours à la force que dans des circonstances exceptionnelles, comme la légitime défense. « La démocratie ne peut être pérennisée qu’en respectant la volonté des peuples », a-t-elle souligné, mettant en garde contre un possible afflux migratoire massif et annonçant des mesures préventives le long de la frontière.

En arrière-plan des affrontements diplomatiques, les Nations Unies ont rappelé la gravité de la situation humanitaire dans le pays. Lors de son point de presse quotidien, le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, a indiqué que près de 7,9 millions de personnes au Venezuela avaient besoin d’une aide urgente, soit plus d’un quart de la population. Il a souligné l’importance de la protection des civils du pays et de la continuité des opérations humanitaires, alors que le plan de réponse humanitaire demeure gravement sous-financé. L’an dernier, seuls 17 % des plus de 600 millions de dollars requis ont été réunis, classant le Venezuela au rang des crises les moins soutenues au monde.

À l’issue de la réunion, aucune résolution n’a émergé. Mais une ligne de fracture est apparue au grand jour : entre une lecture du monde fondée sur la force revendiquée comme instrument de justice, et une autre, défendue par le Secrétaire général, qui fait de la Charte des Nations Unies la boussole intangible des relations internationales. 

Source : ONU Info
https://news.un.org/fr/…

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